AU FIL DES HOMELIES

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QUELQU'UN VIENT !

Is 6, 1-13 ; Lc 3, 7-18

Jeudi de la première semaine d'Avent – B

(5 décembre 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'évangéliste Luc a une sorte de souci très pé­dagogique, c'est pourquoi, la prédication de Jean-Baptiste, après nous avoir décrit le per­sonnage dans l'évangile que nous avons lu voici y a deux jours, la prédication de Jean est tracée comme une sorte de petit résumé, comme on avait à la fin des chapitres de notre histoire de France, quelques lignes, pour dire exactement sur quoi devait porter l'ensei­gnement de Jean-Baptiste. C'est intéressant parce qu'on s'aperçoit que cette prédication, comme on dit en informatique, elle est inter-active, c'est-à-dire que ce n'est pas une parole magistrale qui est donnée d'emblée, c'est le Baptiste qui est là au bord du Jour­dain ou ailleurs, je ne sais pas et qui donne un certain nombre de points de repère et ensuite les gens répon­dent, réagissent. On constatera la même chose dans la prédication de Jésus. Au fond, ils n'ont jamais été comme les prédicateurs de l'Église catholique qui parlent tout le temps et les fidèles écoutent, là c'est l'inverse.

Jean-Baptiste commence par des menaces sur deux plans : faites attention, il va y avoir un grand bouleversement, et pourquoi cela va-t-il arriver ? parce que vous êtes des engeances de vipères, vous êtes des pécheurs. Il ne vise personne en particulier, mais enfin il atteint tout le monde. Donc, la parole de Jean-Baptiste, c'est de dire : attention, le moment du changement de vie est venu. Et il dit : c'est la colère qui vient, il faut produire des fruits de repentir et surtout, ne pas chercher de fausses assurances. De ce point de vue-là, on a presque l'impression que saint Jean-Baptiste avait déjà lu saint Paul, mais il y a une petite diatribe contre la Loi : ne vous réclamez pas du fait que vous êtes les fils d'Abraham, en réalité, vous n'avez aucune prérogative pour le jour du jugement. Vous êtes directement et brutalement affrontés à la venue du jugement de Dieu. C'est donc la première chose. Vraisemblablement c'est un excellent résumé de la prédication du Baptiste, je crois effectivement que ce que Jean-Baptiste a dit avant tout, c'est :convertissez-vous. A ce moment-là, c'est là que cela devient interactif, les gens disent : comment faire ? C'est peut-être la partie la moins originale du message de Jean-Baptiste, il dit : il faut faire ce que les pro­phètes avaient déjà dit avant moi. Vous avez une Loi, vous avez un certain nombre de repères, moraux, reli­gieux, allez-y ! Les exigences de Jean-Baptiste ne sont pas transcendantes, il ne dit pas qu'il faut mourir martyr, qu'il faut tout donner aux pauvres, mais il dit des choses très simples : que les soldats se contentent de leur solde, que les gens partagent leur tunique en allant au-devant de ceux qui sont dans la misère (à l'époque c'était plus facile qu'aujourd'hui parce que la tunique n'était pas nécessairement sur mesure). Ici, Jean-Baptiste rappelle simplement la voie prophéti­que. Cela veut dire une chose très profonde, il n'y a pas de conversion sans changement dans l'agir et la manière d'être. Je pense que c'est pour cela qu'il y a l'Avent, on ne se convertit pas, on ne s'ouvre pas à la venue de ce qui va venir si on ne change pas sa vie. Cela fait longtemps qu'on prêche ainsi, et de même que Jean-Baptiste prêchait dans le désert, nous prê­chons encore dans le désert. Mais, il faut continuer, il n'y a aucune raison d'arrêter.

La troisième partie, Jean-Baptiste revient et leur annonce un autre thème pour lever tous les ma­lentendus. Nous sommes dans une époque dans la­quelle il y a des multitudes de prédicateurs de tout acabit, il n'y a pas que Jean-Baptiste, on parle d'un égyptien qui a entraîné quatre mille hommes au dé­sert, et il y a eu un certain nombre de rabbis, ou d'au­torités plus ou moins patentées qui sont contemporai­nes pratiquement de la prédication de Jésus, donc, il n'est pas un phénomène absolument unique. Vu le ton et l'autorité avec lesquels il parle, on lui pose la ques­tion de confiance : "Est-ce que tu es le Christ ? Es-tu celui qui doit accomplir les attentes messianiques d'Israël ?" Et Jean répond "non". Il remplit vraiment son office, pour lui, sa parole est encore de l'ancienne Alliance, c'est la parole des prophètes, c'est la parole de l'annonce, c'est la parole de la prophétie : il dit qu'il va se passer quelque chose, mais en fait, il ne l'avait pas dit de la même façon. Il dit : maintenant, c'est quelqu'un qui va venir. Et le jour du Seigneur, ce sera le jour de la venue de quelqu'un, celui qui vous bapti­sera dans l'eau et de Saint Esprit. Jean-Baptiste mon­tre exactement la frontière entre les deux Alliances, quand Jean-Baptiste baptise seulement avec de l'eau, il appelle au baptême de la conversion, du change­ment d'existence qui permet à l'homme d'ouvrir son cœur à quelque chose d'autre. Là, il prend bien soin de préciser : celui qui viendra après, il aura aussi un geste baptismal, mais ce qui sera donné à ce moment-là, c'est l'Esprit, c'est la plénitude de la révélation. On ne peut pas dire plus clairement de la part du Baptiste, à la fois son rôle, et quel est le rôle de celui qui doit venir.

Ce sont des choses très simples mais que nous avons toujours besoin d'essayer de cadrer. En fait, le mouvement même de notre conversion est toujours le même, c'est le fait que nous savons qu'il y a un jour qui vient, pour nous habituellement, c'est le jour de notre mort, nous savons que pour nous préparer à cette venue il y a cet exercice quotidien de la conver­sion du changement dans notre attitude, dans nos comportements, et puis, il y a la chose la plus impor­tante, c'est que ce jour qui vient révèle quelqu'un, il révèle Dieu. Et cela, c'est tous les jours.

 

 

AMEN

 

 
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