AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA RELIGION DU CŒUR

Is 11, 10-16 ; Lc 3, 7-18

Jeudi de la première semaine de l'Avent – A

(6 décembre 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, la personne de Jean-Baptiste a un rôle extrêmement important dans ce temps de l'Avent, puisque c'est par lui que Jésus a été manifesté comme Messie au baptême, c'est par lui qu'on est passé de l'annonce de l'Ancien Testament à l'annonce du Nouveau. Le passage que nous venons d'entendre et qui résume la prédication de Jean-Baptiste comporte trois parties qui s'enchaînent étroitement.

La première est l'annonce du jugement. Jean-Baptiste comme tous les prophètes annonce au peuple que Dieu va juger, que Dieu va séparer l'engeance de vipères qui n'accomplit pas sa volonté, et ceux qui se tournent dans l'attente de son salut : "Produisez des fruits dignes de repentir". La prédication de Jean est une prédication de conversion, c'est-à-dire de retournement du cœur, il faut passer, comme l'annonçaient déjà les prophètes, d'une religion tout extérieure faite de pratiques à une religion du cœur qui va vraiment jusqu'à l'aide et la guérison de nos frères.

Ceci, ce n'est pas Jean-Baptiste qui l'a inventé, une fois déjà le prophète Isaïe proclamait cette transformation du cœur quand il disait : "Vous désirez être proches de Dieu. Vous dites pourquoi avons-nous jeûné sans que tu le voies ? C'est qu'au jour où vous jeûnez vous traitez des affaires, vous opprimez vos ouvriers, vous jeûnez pour vous livrer aux querelles et aux disputes, pour frapper du poing méchamment votre frère. Ne jeûnez plus aujourd'hui si vous voulez faire entendre votre voix là-haut". Faisant passer de la simple observance d'un rituel qui comporte des sacrifices, les fêtes, les jeûnes à la vraie religion qui est celle du cœur qui consiste à ne pas frapper son frère, à ne pas opprimer ses ouvriers, à ne pas laisser l'argent que nous devons à nos ouvriers dans nos mains, alors qu'ils l'attendent pour vivre.

Ce jugement que Jean-Baptiste annonce il va bien les présenter dans les mêmes termes que nous venons de voir chez Isaïe. C'est la deuxième partie de notre texte évangélique. "Les foules l'interrogeaient en lui disant : que nous faut-il donc faire ?" Ils s'attendaient sans doute à ce que Jean leur dise : allez au temple, offrez des sacrifices. Que répond Jean-Baptiste ? "Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même". C'est donc la charité pour les autres qui est le vrai commandement, déjà pour Jean-Baptiste, déjà pour Isaïe, il n'y a pas d'observance légale, il ne s'agit pas de pratiques extérieures, mais il s'agit de la conversion du cœur à l'amour de autres.

C'est pourquoi aux publicains, c'est-à-dire aux collecteurs d'impôt, Jean-Baptiste va dire : "N'exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit". Ne pressurez pas ceux qui viennent à vous pour payer leur impôt en remplissant vos poches du surplus. De même avec les soldats : "Ne molestez personne, n'extorquez rien, contentez-vous de votre solde". Tous ces conseils de Jean-Baptiste sont des conseils marqués au coin du respect de l'autre, de l'ouverture du cœur à nos frères, du refus de nous enrichir à leurs dépens. C'est donc bien la même prédication que celle d'Isaïe et des autres prophètes, une religion du cœur à défaut de laquelle le jugement de Dieu va s'abattre sur nous.

Le troisième thème complémentaire de la prédication de Jean-Baptiste c'est la venue du Messie. "Le peuple était dans l'attente et tous se demandaient dans leur cœur au sujet de Jean s'il n'était pas le Christ (Christ est la transcription grecque du mot Messie) ?" Jean va dire : "Pour moi je vous baptise dans l'eau, mais vient quelqu'un qui est plus grand que moi et lui vous baptisera dans l'Esprit et le feu". Dans l'Esprit c'est-à-dire dans la présence de Dieu, dans la vie divine qui nous envahira et nous transformera de l'intérieur, et Jean-Baptiste annonce dans le feu, car il pense toujours que le jugement est imminent. Plus tard, quand le Christ va venir, il apparaîtra que cette première venue n'est pas encore celle du jugement, que Jésus vient pour la miséricorde, le pardon, la conversion et que c'est seulement dans un avenir plus lointain que toutes choses seront jugées selon la loi d'amour que Dieu proclame, que Jean-Baptiste à la suite des prophètes annonce déjà et que Jésus déploiera pleinement. Voilà donc comment Jean-Baptiste est tout à la fois celui qui introduit le Christ et qui en même temps achève la prédication des prophètes, faisant ainsi la jonction des deux testaments, Pour signifier cette jonction, Jésus dira : "Jean-Baptiste est le plus grand des enfants des hommes". Il est le plus grand des prophètes, c'est lui qui couronne toute cette attente de l'Ancien Testament, et Jésus ajoutera : "Cependant, le plus petit dans le Royaume de Dieu est encore plus grand que Jean-Baptiste".

La Nouvelle Alliance qui a été apportée par Jésus, est non seulement l'accomplissement des prophéties mais leur dépassement inouï car ce n'est pas seulement un envoyé de Dieu, un Messie qui nous est proposé, c'est le Fils de Dieu lui-même qui vient partager avec nous sa vie divine, c'est-à-dire cette vie d'amour à laquelle Il veut ouvrir notre cœur pour que nous nous convertissions vraiment.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public