AU FIL DES HOMELIES

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DIEU VIENT MAINTENANT

Is 5, 1-7 ; Lc 3, 1-6

Jeudi de la première semaine de l'Avent – B

(1er décembre 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Réveillez-vous, voici qu'il vient aujourd'hui !

L

'an quinze du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode Tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque d'Abylène, sous le pontificat d'Anne et Caïphe la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie".

Frères et sœurs, j'ai envie de vous parler du temps, non pas le temps qu'il fait dehors mais le temps en tant que ce positionnement dans l'espace que nous avons nécessairement et que souvent nous réduisons à un passé, à un présent et à un futur. Je me suis permis de relire le début de l'évangile,vous imaginez s'il fallait que les gens se marient sous le portrait de Tibère, de Ponce Pilate, d'Hérode, de Philippe, de Lysanias de Anne et Caïphe, cela fait beaucoup de portraits. Chez nous, c'est plus simple, il y a le portrait du président de la république dans les mairies et cela suffit ! Ce que je veux dire, c'est que nous n'imaginons plus les conséquences de la christianisation de l'Europe et du monde sur les 1800 ans qui nous séparent de l'antiquité tardive. Il faut reconnaître aujourd'hui que même des gens qui ne sont pas chrétiens utilisent pour compter le temps, les repères chrétiens.

Dans cet évangile, le temps semble être éclaté. Il y a à la fois une référence à l'empereur romain, une référence pour un autre petit royaume, un autre territoire, encore un autre territoire, le temps est éclaté. Selon la manière dont vous vous positionnez, selon la manière dont vous vous sentez appartenir à tel ou tel parti, vous comptez le temps différemment. C'était encore le cas il n'y a pas très longtemps, même dans le régime chrétien, les rois de France continuaient aussi à compter à partir de leur première année de règne.

Dans la première lecture, ce chant de Dieu pour sa bien-aimée, la vigne, vous y avez entendu qu'à un moment donné il était question que le Dieu allait faire tomber les clôtures pour que les animaux puissent venir brouter au milieu de la vigne. Evidemment nous, nous y voyons tout de suite une dimension à caractère de saccage, de destruction, mais en entendant ce texte avec vous, je me disais que la destruction d'une barrière c'est aussi la possibilité que les choses ne se passent pas comme d'habitude. Israël, cette barrière qui disparaît, c'est que leur culture, leur manière de compter, leur manière d'appréhender le monde, ce n'est plus une manière unique. Dans le verset de l'évangile que je viens de vous relire, on a en actes et en résultats le fait qu'Israël est occupé par les armées romaines et que le monde dans lequel il vit n'est pas un monde monolithique avec le roi et la religion. Ils sont face à d'autres religions païennes, romaines, grecques, à d'autres philosophies qui donnent d'autres sens à l'existence humaine et à ce qui se passe après la mort.

Je continue sur le temps, parce que le monde dans lequel Jean-Baptiste arrive est éclaté et est très proche de notre monde d'aujourd'hui. Et toujours par rapport au temps, nous avons toujours quand nous disons que Dieu vient, nous avons toujours l'impression que c'est au bout d'une ligne et que Dieu vient dans le futur. Nous sommes angoissés face à ce qui va se passer demain, en 2000, et cela dépend si l'on compte comme les Incas, c'est bientôt la fin du monde, je vous en passe et des meilleures. Or, le rapport du chrétien au temps n'est pas simplement par rapport au futur et à une fin du monde. Le rapport du chrétien au temps se fait aussi d'une manière verticale dans la venue de Dieu à chaque instant de notre vie. L'irruption, ce n'est pas pour demain mais elle peut se faire à chaque moment de notre vie, à chaque instant de notre existence selon la manière dont nous nous positionnons par rapport aux événements que nous rencontrons, que nous subissons, nous barrons l'accès à la venue de Dieu ou au contraire, nous acceptons sa venue dans notre vie. C'est tellement important que l'évangéliste Luc, citant justement le passage d'Isaïe, cite le passage jusqu'au verset où Isaïe dit : "Toute chair verra le salut de Dieu".

Dans cette temporalité compliquée, parce qu'il y a un empereur à Rome mais il y a aussi un représentant qui s'appelle Ponce Pilate et des tétrarques, une chatte y perdait ses petits. Ce qui est important, c'est que dans une autre dimension du temps les choses sont beaucoup plus simples, puisque comme le dit Isaïe : "Les passages tortueux deviennent droits, les chemins raboteux seront nivelés, toute chair verra le salut de Dieu". mais cette simplicité de la venue de Dieu dans la vie des hommes ne se fait pas dans cette ligne où nous imaginons toujours ce temps de façon linéaire, ce n'est pas cela qui se simplifie, ce qui se simplifie, c'est la ligne verticale, la venue de Dieu directement dans le cœur des hommes.

Frères et sœurs, souvent, nous pensons que Dieu est aussi soumis à cette dimension temporelle et nous pensons que Dieu viendra toujours demain. Or, l'urgence de la prédication de Jean-Baptiste, c'est de nous dire que Dieu ne vient pas demain, il vient maintenant, à chaque instant. C'est pour cela que les chrétiens sont si préoccupés par l'eschatologie, la fin dernière qui n'est pas la fin de tout, quand la banquise aura fini de fondre, la fin, elle est à chaque instant. C'est ce que découvrent tous ces hommes dans la suite de l'évangile de ce jour, tous ces hommes qui quittent Jérusalem pour rencontrer Jean-Baptiste.

Que cette préparation au temps de Noël nous fasse découvrir que Noël n'est pas simplement une date anniversaire de la venue de Dieu dans notre monde, ce n'est déjà pas si mal quand pour la plupart de nos contemporains, c'est le père Noël et les cadeaux, au moins, ils savent ce que nous fêtons. C'est aussi une nativité à chaque instant dans notre vie, pourvu que, comme ces foules qui rencontraient Jean-Baptiste, nous découvrions une autre temporalité qui n'est pas pour demain mais pour le "maintenant".

Je sais que souvent, on a critiqué "Carpe diem", c'est-à-dire jouissez du temps présent parce qu'on a toujours dit surtout dans la morale chrétienne que c'était la porte ouverte à tout et à n'importe quoi, en fait, je ne le crois pas. Le chrétien, c'est celui qui dans sa morale et dans son comportement, est ouvert justement à la venue de Dieu dans l'immédiateté. Que cet évangile soit pour nous l'occasion de redécouvrir cette autre dimension de rapport avec Dieu, que nous puissions jouir du temps présent, c'est-à-dire même le temps de cette eucharistie où Dieu va se faire présent dans le pain et le vin.

 

AMEN

 

 

 

 
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