AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME

Is 4, 2-6 ; Mc 1, 1-8

Lundi de la première semaine d'Avent - A

(1er décembre 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

elui qui venait derrière Jean-Baptiste est passé devant lui. Ce n'est donc plus vers le baptême de repentir de Jean-Baptiste que nous tournons notre cœur, mais vers le baptême dans l'eau et dans l'Esprit Saint que nous avons reçu du Sauveur Lui-même. Jean-Baptiste n'était pas digne de délier les courroies de la chaussure du Christ, le Christ nous a déliés de toute prison, de tous liens du péché. C'est donc non plus vers le prophète qu'il faut se tourner mais vers Celui qui le prophète a annoncé. Nous ne sommes pas baptisés uniquement dans un baptême de repentir selon la Loi qui révèle le péché, mais dans un baptême de grâce, cette grâce qui révèle l'amour de Dieu, et la grâce c'est le Christ Lui-même.

Il est heureux qu'au début de ce temps de l'Avent, cet évangile nous invite à reprendre une conscience plus vive, j'allais dire plus chrétienne, de notre baptême. C'est un petit peu chaque jour, pour nous aussi, "le commencement de l'évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu". Ce n'est plus un prophète qui vient préparer le chemin, c'est le Christ Lui-même qui est le chemin. Et c'est donc désormais dans la vie même du Christ que nous avons à marcher, c'est Lui qui trace le sentier de la vie de Dieu, non pas sur la terre ou dans le désert de Judée, mais dans notre pro­pre cœur et dans son désert de péché.

C'est d'ailleurs cela que le prophète Isaïe an­nonçait et qui s'est réalisé dans le Christ lorsque Lui-même est venu comme "un germe" déposé en nous, le germe de la vie divine reçu au baptême. "Voici que le germe du Seigneur est apparu. Il est devenu parure de gloire". Et lorsque nous avons été baptisés, "nous avons revêtu le Christ", c'est-à-dire la gloire de Dieu nous a envahis, nous sommes devenus porteurs du Christ. Nous sommes devenus le lieu le temple où la gloire de Dieu s'est manifestée et où elle se tient comme une parure de beauté. "Le fruit de la terre deviendra fierté et ornement". Le fruit de la terre c'est le Christ, le plus beau fruit, celui qui est tombé comme un don gratuit de la croix, celui qui a fleuri du tombeau et qui, maintenant, est notre fierté, notre ornement, c'est-à-dire Celui qui est le tout de notre vie, Celui qui nous conduit vers la face de Dieu où nous pourrons resplendir de la beauté même de son visage. Car nous sommes, comme l'annonce Isaïe "survivants d'Israël" puisque Dieu nous a inscrits sur le Livre de vie dans la Jérusalem nouvelle et qu'Il nous a lavés de tous nos péchés, et qu'il nous a puri­fiés dans le sang répandu, et qu'Il nous vivifie au souffle du jugement, au souffle de l'incendie, de ce feu qui nous a été donné au jour de notre baptême dans l'eau et dans l'Esprit Saint.

Oui, je vous invite en ces premiers jours de l'Avent, à reprendre avec réalisme ce fait que nous sommes des baptisés. Nous avons été plongés dans la venue du Christ. Sa venue ce n'est pas uniquement sa naissance, c'est tout le mystère de son Incarnation, c'est-à-dire le mystère de notre Rédemption. Et nous avons été plongés, non pas par image, non pas par symbolisme, non pas par allégorie, mais en réalité, dans le plus concret de notre vie, dans ce qu'il y a de plus réaliste dans le salut, la mort et la résurrection du Christ. C'est en cela qu'Il vient, c'est là qu'est la nou­veauté permanente pour notre propre vie. Et au début de l'épître aux Romains saint Paul nous le rappelle : "C'est un même être que nous sommes désormais avec Lui, car nous sommes devenus par une mort semblable à Lui, nous sommes devenus comme Lui et nous le serons encore plus par une résurrection sem­blable". Et la conséquence de cela, c'est qu'il ne nous faut plus vivre dans le péché parce que nous avons été affranchis du péché, c'est qu'il nous faut désormais vivre avec le Christ et nous considérer, comme le suggère Paul, "comme morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ."

C'est vrai, nous attendons le Christ, mais no­tre attente n'est pas une attente humaine comme de quelqu'un qui ne serait pas là ou qui ne serait plus là. Ce n'est pas l'attente humaine de quelqu'un qui vien­drait de l'extérieur de chez nous, des lointains de la terre. Nous attendons le Christ comme quelqu'un qui est là, comme quelqu'un qui est au surgissement même de notre vie, comme quelqu'un qui est à l'ori­gine de notre vie, de notre être, de tous nos mouve­ments. Au fond, ce n'est pas vers l'horizon de la terre ou du ciel qu'il faut maintenant se tourner, mais vers la profondeur de cette terre qui est devenue le Ciel et qui est notre propre chair, lorsque le Christ est venu s'y incarner et qu'Il ne l'a jamais quittée puisqu'Il y reste présent et agissant, justement par la grâce pas­cale du baptême que nous avons reçu.

Alors puisqu'Il est venu Lui-même délier les liens de notre péché et de notre mort, puisqu'Il est venu Lui-même malgré nos péchés, notre mort pour nous donner son pardon et sa vie, c'est donc vers Lui qu'il faut se tourner, comme vers quelqu'un qui est présent, profondément présent, intimement présent, mais vis-à-vis duquel nous sommes si souvent ab­sents. Au fond, la liturgie dit que Dieu vient, mais c'est pour nous signifier que nous avons à venir vers Lui.

 

AMEN

 

 

 
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