AU FIL DES HOMELIES

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LA RENCONTRE DE DEUX MONDES

Is 2, 1-5 ; Mt 3, 1-12

Lundi de la première semaine d'Avent – B

( 2 décembre 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

uste une petite réflexion en ce début du temps de l'Avent fondée sur deux personnes : d'une part saint Jean-Baptiste, et d'autre part le Christ. Ce qui est assez intéressant de constater dans cet évan­gile, qui nous raconte la vie de Jean-Baptiste dans le désert, et la vie publique du Christ, c'est de voir qu'autant ce sont les foules qui viennent visiter Jean, autant c'est le Christ qui vient visiter les foules.

Autant ce sont les foules qui viennent visiter saint Jean-Baptiste, effectivement, les gens viennent de la Judée entière, font des kilomètres pour arriver dans le désert et voir un homme très particulier dans son mode de vie et dans sa manière de s'exprimer, dans ses invectives. On ainsi l'impression que c'est le monde d'en bas, pécheur, limité, faible, qui vient vi­siter le monde d'en haut, parfait, superbe de sa per­sonne, impressionnant dans sa parole, sa façon de vivre, (mode de vie, je ne sais pas vous, mais moi, je n'arriverais pas à me contenter de quelques petites sauterelles comme repas, ni d'un manteau en poil de chameau).

Ainsi donc, un dialogue entre deux mondes, le monde d'en haut, et le monde d'en bas qui n'est pas impossible, mais qui repose sur une relation de l'ordre de a fascination qui ne me paraît d'ailleurs pas très sain. Et de l'autre côté, les foules visitées par le Christ. Cette fois-ci ce n'est plus le monde d'en bas qui vient visiter le monde d'en haut, c'est le monde d'en haut qui vient, qui prend chair, qui rentre dans le monde d'en bas et qui se donne tout entier à voir, à être touché, à être entendu par le monde d'en bas, Autant dans la première figure, tout n'est pas donné à tout le monde de pouvoir partir à la conquête du ciel, autant dans le deuxième cas il est donné à tout le monde d'être visité par Dieu. Ce qui est beau dans l'évangile, c'est de voir que Dieu visite tout autant la pécheresse, que le bourgeois riche qui invite Jésus à sa table, que saint Jean-Baptiste personne exception­nelle. Je dirais que le thème de la visite de Dieu au­près d'un pécheur nous y sommes habitués, peut-être trop habitués. C'est une figure qui nous rappelle que dans notre péché dans notre faiblesse nous pouvons avoir une certaine facilité à attendre quelque chose effectivement de Dieu. Mais si on regarde la personne de saint Jean-Baptiste, c'est beaucoup plus difficile, quand vous êtes divinisé par vos proches, vos contemporains, d'accepter de recevoir la visite du Christ. C'est cela qui et la véritable force de saint Jean-Baptiste. Non pas ses qualités d'ascèse dans le désert, mais d'être soumis à cette tentation d'être vu de la part de ses contemporains, d'être appelé le Messie, et d'accepter de reconnaître en Celui qui vient le visi­ter, le Fils de Dieu.

Peut-être que dans notre société contempo­raine, c'est notre problème. Le problème de l'homme qui se croit lui-même son origine et sa fin, que ce soit dans l'ordre de la morale, ou que ce soit dans l'ordre de la bio-éthique, où aucune visite extérieure ne sem­ble possible. Ou alors quand cette visite est possible, elle est de l'ordre de l'adoration. Nous acceptons cer­tes, une visite, nous acceptons d'être considérés comme un modèle par d'autres civilisations, d'autres cultures, mais généralement c'est pour être apprécié et non pas pour être remis en cause. Ici, saint Jean-Bap­tiste, alors qu'il a tout, toutes ses cartes en poche pour être le maître d'une nouvelle religion, d'un nouveau mode de vie, saint Jean-Baptiste est celui qui accepte de se laisser visiter et de se laisser déposséder.

Frères et sœurs, en ce début du temps de l'Avent, je crois que le Seigneur ne nous demande pas tant de partir à la conquête de l'au-delà, que d'ouvrir notre cœur qui est si souvent fermé et serré par ce que nous pensons être la vérité, ce que nous pensons être de l'ordre de la justice, laissons-nous toucher par cette Parole, par cette visite de Dieu dans notre cœur. C'est le sens même de l'Avent : recevoir Dieu dans notre cœur.

 

 

AMEN

 

 
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