AU FIL DES HOMELIES

Photos

LE TEMPS FAVORABLE

Is 5, 1-7

(1er décembre 1998)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

E

tait-ce pour Dieu le moment vraiment favorable? Il a bien fallu que Dieu décide à un moment donné d'intervenir, de procéder à une intervention dans cette histoire. Est-ce que Dieu est soumis aux conditions non pas météorologiques, mais sociales dans lesquelles il voulait envoyer son Fils, ou bien est-ce que cela tombe par hasard dans l'histoire, indépendamment de l'histoire elle-même ?

Le chant du Bien-Aimé, c'est le chant que Dieu se murmure à lui-même depuis si longtemps, depuis qu'il a créé cet homme et qu'il est contraint à attendre ce fruit qu'il voudrait recevoir de l'homme, ce chant du Bien-Aimé, mis dans les mots mêmes de l'homme et de Dieu pour lui-même, le chant de Dieu, de l'attente de Dieu, que Dieu attend de l'homme. Ce chant que Dieu se murmure, se rechante, un chant d'amour déçu, plein de colère, de violence, que le prophète va interpréter, va porter comme un cri de Dieu, et ce cri va ouvrir les portes, briser les haies, afin que cette vigne soit envahie par les ennemis.

       Dans la colère il y a deux choses : il y a cette violence, et puis il y a cet amour qui se retourne, qui devient destruction. Je crois qu'il faut garder dans la colère de Dieu cette violence, une puissance qu'il ne peut pas contenir, non pas qu'il ne puisse pas la contenir, mais nous sommes obligés pour atteindre le mystère même de Dieu de passer par des déductions très humaines, trop humaines pour essayer de comprendre comment Dieu a laissé passer des mots de violence dans la bouche du prophète, pour que nous entendions dans les mots de sa propre colère, de quoi faire frémir notre propre cœur.

       Il faut que par le mouvement divin, notre cœur entende le mouvement de Dieu, le mouvement de l'attente du cœur de Dieu. Il le faut pour nous obliger à sortir de cette torpeur, de ce sommeil, dont l'Avent veut nous réveiller, que nous entendions à nouveau cette colère. Détachons-la pour en entendre toute la force dans l'amour qu'il veut pour nous.

       Alors, je ne sais pas s'il y a un temps favorable ? Mais il y a un moment où Dieu a décidé de laisser apparaître son amour, pleinement. Toute cette force interprétée comme colère par le prophète, et qui devient de l'amour enfoui, plus discret encore, plus insistant. Un moment où Dieu va lâcher prise en disant : je vais laisser échapper cette colère qui monte, pour la retransformer en don, ce moment donné, il y a ce changement d'attitude où il décide d'intervenir réellement : il choisit une femme, c'est le premier choix de Dieu.

       Une femme, pour que cette idée de fécondité, présentée par le chant de la vigne, se refaçonne. Mais alors, ce sera simplement dans l'intimité des entrailles d'une femme, pour l'instant, avant que ce soit celle d'un peuple, et puis de l'humanité tout entière.

       Il faut se défendre de penser Dieu comme une sorte d'immuabilité, Dieu ne cesse de bouger, il est remué par un amour qu'il ne peut pas ne pas dire à l'homme : "ce n'est plus possible, je ne peux plus me taire."

       Il faut que cet amour se fasse entendre, qu'il se dise différemment, puisque l'homme ne l'entend pas. Et le prophète est le lieu de ce mouvement, de cette parole de violence. Les prophètes sont animés, et torturés par ce cœur de Dieu, qui est mis à l'épreuve pas la distraction, par la paresse, par la médiocrité de l'homme, et sa lâcheté.

       Je vous donnerai simplement un petit exemple  : lorsque nous écoutons un frère ou une sœur, il nous apparaît plus clairement qu'à lui ou à elle, ce qui lui manque pour aller à Dieu, ce pas-grand-chose, pour que cette personne s'ouvre davantage à la grâce, ce pas grand-chose qui est immense pour chacun de nous, qui parait peu de chose pour l'autre mais qui est grand pour nous, c'est ce qui provoque l'irritation de Dieu et qui va la transformer en une décision, un amour encore plus caché et plus profond et plus vrai de la part de Dieu. Et ainsi, la colère de Dieu subit comme une sorte de retournement, disant : "je ne peux plus te cacher ce que j'attends de toi, mais je vais te le dire différemment".

       Alors, que nous acceptions dans ce temps d'Avent d'entendre peut-être autrement l'attente que Dieu a de chacun de nous et que nous comprenions ou que nous prenions conscience du chemin qu'il nous reste à faire, et qui est sans doute un chemin immense, mais dont nous avons considéré qu'il était impossible ou au-delà de nos forces, mais pas au-delà de la grâce.

       Ce qu'il nous faut demander, c'est la grâce de courir avec lui, pour qu'il ne cesse comme le dit le psaume, de renouveler chaque matin tous ses bienfaits pour chacun d'entre nous.

       AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public