AU FIL DES HOMELIES

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DIEU PURIFIE

Is 6, 1-13

(5 décembre 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Dinant : La vocation du prophète Isaïe 

I

l y a dans le texte d'Isaïe un vrai paradoxe quant à la façon de présenter la purification. Le rituel de l'époque précisait qu'avant de s'approcher de Dieu, il fallait procéder à un certain nombre de gestes préalables pour se rendre digne de la présence de Dieu, des sacrifices qu'on allait faire en l'honneur de Dieu. Car il était bien clair que si "le Seigneur est saint" "Kaddosch !" s'il est différent, s'il est si lointain, si ce Kaddosch ! Kaddosch ! que chantent les anges signifie que Dieu est différent et tout autre que nous, l'homme se reconnaît comme trop petit et indigne d'être en présence de Dieu. Il lui faut donc, par un certain nombre de rites établis d'avance, se rendre capable de se mettre en présence de cette gloire. Et l'on ne peut toucher, recevoir ou être admis en cette présence que si l'on a accompli ces rites préalables.

       Or ce qui est curieux dans ce texte, c'est que le Seigneur Lui-même qui est Saint, le Tout autre, insaisissable et intouchable qui, touchant l'homme, va lui permettre d'être digne de sa présence. Ce n'est plus un rite extérieur comme un rite de parvis préalable à toute chose qui va aider l'homme à s'élever en lui-même pour se rendre digne de cette présence, mais le Seigneur Lui-même descendant, par l'intermédiaire de l'ange qui brûle les lèvres du prophète avec une braise prise sur l'autel, qui va purifier Isaïe et le rendre capable de voir Celui qui est la Sainteté.

        C'est pour cela qu'Isaïe prend peur. Non pas que ce prophète, notable qu'il était dans le Temple et qui a dû vivre cette expérience fondamentale de la présence de Dieu, se soit effrayé de son propre péché, mais il savait par tradition que celui "qui voit la face de Dieu meurt" car il n'avait pas accompli ou ne pouvait pas accomplir, vu qu'il n'était pas le grand-prêtre, les rites indispensables pour être admis en cette présence de Dieu. Or cette même présence qui terrifie car elle donne la mort si on l'approche sans préalable cette même présence descend, purifie l'homme et permet de se laisser voir et toucher.

        C'est pour cela qu'Isaïe répond à la demande de Dieu : "Me voici ! Envoie-moi !" La présence même de Dieu donne accès à cette audace de prophète, de missionnaire. Ce n'est pas Isaïe qui par un certain nombre d'activités personnelles s'est rendu digne ou s'est convaincu intérieurement de la mission qu'il pouvait avoir reçu du Seigneur, mais c'est le Seigneur qui le rejoint au fond de lui-même, dans son propre cœur, renversant son cœur et le rendant digne en purifiant ses lèvres. Alors Isaïe a vu sa gloire et dans cette gloire se déploie cette humanité de missionnaire et de prophète, c'est pourquoi il répond tout simplement : "Me voici ! Envoie-moi !"

       Cette vocation du prophète Isaïe met dans les oubliettes les autres vocations de Moïse ou de Jérémie qui eux, hésitaient à répondre au Seigneur. L'un et l'autre avaient trouvé mille raisons pour ne pas répondre au Seigneur. L'audace ne vient pas de l'homme Isaïe mais de cette expérience encore plus fondamentale que celle de Moïse ou Jérémie au début de leur vocation. C'est la gloire du Seigneur qui entre, pénètre, s'insinue dans la vie même de l'homme au point qu'il ne se pose plus la question de son insignifiance ou de son indignité par rapport à Dieu, mais il se trouve dans cette présence et rempli d'elle au point qu'il ne peut qu'y répondre.

       Ceci nous met sur la voie de Jean-Baptiste que nous commençons à suivre. Il est celui qui nous prépare à cette rencontre de la présence. Et ce baptême que proclame Jean et qui n'est pour l'instant qu'un baptême de repentir, un baptême de conversion, nous prépare au baptême que le Christ va inaugurer par son propre baptême au Jourdain, pour en faire un baptême qui donne la vie, un baptême qui révèle vraiment la présence de Dieu. Sachons donc que nous sommes rejoints, que ce ne sont pas nos actes seuls qui nous permettrons de nous élever, mais l'ouverture à cette présence de Dieu qui purifiera notre être profond et qui, dans cet être nouvellement purifié, répondra : "Seigneur, me voici!"

 

       AMEN

 

 
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