AU FIL DES HOMELIES

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UNE SAINTETÉ JOYEUSE

Is 2, 1-5 ; Mt 3, 1-12

Mardi de la première semaine d'Avent – B

(1er décembre 1987)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l y a dans la figure de saint Jean-Baptiste quelque chose d'un peu grossier, d'un peu rude. De fait, nous lisons toujours cet évangile en plein hiver, et lorsqu'on parle de manteau de poils de chameau ou de pagne et de sauterelles, cela nous fait un peu reculer de froid, sinon de dégoût et de quelque chose qui ne nous accroche pas trop sur le plan de l'ascèse. C'est vrai qu'il y a en Jean-Baptiste une vision de la sainteté un peu rude, pas très délicate, un peu trop virile, qui nous paraît une peu loin des finesses ou des nuances que nous avons l'habitude d'entendre, plus tard, au sujet de ceux qui ont accompagné Jésus ou même des mystiques.

Pourtant, c'est oublier deux choses. La pre­mière c'est que la première chose que nous savons de Jean-Baptiste, ce n'est pas son manteau de poils de chameau, mais c'est sa joie, puisqu'il va tressaillir d'allégresse, alors qu'il est encore dans le sein de sa mère, et qu'il rencontre le Verbe. La seconde chose, c'est une volonté de repousser la sainteté dans le do­maine de l'impossible. Nous cherchons toujours les grands moyens pour nous dire en nous-mêmes : la sainteté n'est pas pour moi, elle est pour d'autres. Et lorsque nous voyons Jean-Baptiste, nous continuons à nous dire que cette sainteté appartient à certains et non pas à nous. C'est oublier, comme Jésus le dire à Lui-même, que Jean-Baptiste est plus petit que nous, c'est-à-dire que nous sommes, nous, du Royaume à venir, plus grands que Jean-Baptiste.

Comment faut-il le comprendre si ce n'est qu'il y a, dans Jean-Baptiste, une sainteté comme au début d'une symphonie. Elle est toute pétrie de sa propre joie, de sa propre volonté humaine, de son propre don, de sa propre ascèse, toute pétrie de toute l'histoire d'Israël, d'une histoire tracée par les patriar­ches et les prophètes, sur un ton, une mélodie particu­lière, propre à tous ceux qui l'ont précédé. Puis, le Fils de l'Homme va venir, en l'occurrence Jésus, qui vien­dra "manger et boire avec les pécheurs" sur cette terre, et la fête se consumera. Il y aura ainsi une pé­nétration de ce Fils de Dieu, de ce Verbe, semence de Dieu, à travers ce monde, qui rendra comme possible toute sainteté, pour tous ceux qui s'orientent, s'ouvrent à la présence du Verbe et à l'action efficace de Jésus.

Ainsi Jean-Baptiste nous montre du doigt non pas sa sainteté, mais "Celui qui doit venir" et doit "porter le péché du monde". C'est ainsi que les reta­bles le présentent souvent, pointant son doigt sur l'Agneau d'où coule le sang, sur le Christ crucifié, non pas pour nous dire : "Ce que je suis est un exemple pour vous", mais "Ce que je suis est un chemin ulti­mement préparé, afin que, par moi et à travers moi, vous voyiez Celui qui doit venir".

Que les poils de chameau ou les sauterelles de Jean-Baptiste ne nous fassent pas reculer sur notre volonté de nous repentir ou de marcher sur le chemin de conversion, mais restons vigilants dans cette invi­tation de passer, à travers Jean-Baptiste, car c'est bien là sa sainteté, c'est que nous passons à travers elle pour aller encore plus loin, pour goûter, pour savou­rer, pour communier, pour épouser totalement "Celui qui doit venir" et Celui qui est venu, et qui s'appelle le Verbe de Dieu. Ainsi, par ce doigt pointé de Jean-Baptiste qui nous montre le Christ, comme nous montrant à travers sa sainteté un peu rude le chemin à parcourir, avançons, comme en joie, vers Celui qui est notre Époux.

 

AMEN

 

 

 
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