AU FIL DES HOMELIES

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TRIPLE SOLIDARITÉ

Gn 3, 9-24

(30 novembre 1999)

Homélie du Frère Michel MORIN 

 

Rome : Basilique Saint Pierre
Adam et Ève chassés du Paradis 

L

es textes de ce jour nous invitent à reconnaître une triple solidarité. La première qui est signifiée par le texte de la Genèse, c'est notre solidarité dans la responsabilité du péché. "Le serpent dit à la femme", la femme le dit à l'homme "et tous les deux, ils mangèrent". Ne cherchons pas à savoir de façon rationaliste qui est le plus responsable, si c'est le premier ou le second. Ceci n'a aucun sens dans la Genèse. Mais reconnaissons simplement que, homme ou femme, les deux ensemble sont responsables de l'acte originel du péché. C'est la première solidarité. Nous sommes tous responsables du péché parce que les uns et les autres, qui que nous soyons, nous commençons toujours par poser cet acte dans notre liberté, dans notre volonté plus ou moins éclairée.

       La deuxième solidarité, c'est la conséquence de cette responsabilité partagée du mal, c'est la peine. Et la peine est ici signifiée de deux façons. D'abord la peine d'ordre physique, puis la peine d'ordre moral. D'ordre physique, c'est ce que Dieu dit à la femme : "Tu enfanteras dans la douleur !" et à l'homme : "Tu travailleras dans la peine". Il ne s'agit pas ici de savoir s'il faut accoucher sans douleur ou non, cela n'a aucun sens. C'est une fausse question. Il s'agit simplement de comprendre que cette peine porte sur ce qui est essentiel et caractéristique de l'homme et de la femme, en tout cas dans la culture sémite. La femme est mère, épouse. Et bien c'est sur cette figure-là que porte la peine, mais c'est une figure symbolique. Cela veut dire que, elle aussi, portera dans sa vie de femme et de mère la conséquence du mal et du péché. De même l'homme, qui est ici signifié comme le travailleur, portera, dans cette caractéristique, la peine, la conséquence la souffrance du péché. Donc là encore une solidarité d'égalité dans la peine physique, le mal subi, comme dans la responsabilité, le mal voulu.

       Puis, deuxième aspect de la conséquence au plan moral, signifié ici par deux termes l'un attribué à la femme : "Ta convoitise te poussera vers ton mari", l'autre attribué à l'homme : "ton mari dominera sur toi." Là encore ne cherchons pas à savoir si la convoitise est péché plus grand que la domination sur l'autre car cela encore n'a pas de sens. Mais simplement ces deux termes signifient qu'il y a cassure, rupture, opposition, jalousie entre deux parties de cette chair unique et indivisible que Dieu avait voulue, la femme et l'homme. Eux aussi portent, l'un et l'autre, dans leur relation, la conséquence du péché, la tentation du péché qui est simplement celle, et c'est toujours cela le péché, de regarder l'autre non pas comme moi-même mais justement comme un autre, c'est-à-dire quelqu'un de lointain, quelqu'un qui est souvent considéré comme un objet c'est-à-dire de l'ordre du moyen.

       La troisième solidarité nous est signifiée par l'évangile. C'est le Christ qui est mis hors de la vigne. Et là Il se trouve dans la même situation que l'homme et la femme, que l'humanité qui avait été mise hors du Paradis. Lui qui n'a pas de responsabilité dans le mal, en a connu toute la peine dans sa mort, dans sa souffrance, dans sa Passion. Et là même ou cette peine nous atteint, cette peine l'a atteint. Et là où nous ne cessons de nous détruire et de nous perdre, là même, Lui, Il ne cesse de nous sauver et de nous rendre à la vie, de nous faire retrouver cette communion première, antérieure au péché, et même plus belle encore.

       C'est cela l'œuvre merveilleuse du Seigneur. Qu'elle soit, aujourd'hui admirable à nos yeux !

       AMEN


 

 
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