AU FIL DES HOMELIES

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L'ALLÉGORIE DE LA VIGNE

Is 5, 1-7 ; Mt 3, 1-12

Mardi de la première semaine d'Avent – C

(5 décembre 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, c'est à de nombreuses reprises dans l'Écriture que l'image de la vigne est uti­lisée par Dieu pour parler de son peuple choisi. Nous connaissons le psaume 79 dans lequel Israël est comparé à une vigne qui a été saccagée par les bêtes sauvages et qui crie vers son pasteur pour qu'il se tourne vers elle, et le texte que nous lisions tout à l'heure nous dit que ce peuple d'Israël était le plant choisi, celui que le Bien-Aimé, avec beaucoup d'amour, avait entouré d'une clôture, où il avait bâti une tour, creusé un pressoir. Mais cette image de la vigne est sans cesse, dans ces textes, utilisée pour manifester l'infidélité d'Israël, malgré l'amour dont le Seigneur a entouré sa vigne, elle n'a pas produit les fruits qu'Il attendait, mais elle a produit à la place des raisins sauvages qui ne donnent pas de vin, mais seu­lement du verjus.

Cette image, Jésus la reprendra dans la célèbre parabole des vignerons homicides, où Il compare à nouveau Israël à cette vigne plantée par Dieu avec tant d'amour, mais dont les vignerons n'ont pas voulu donner le fruit à Dieu, et quand Dieu le maître de la vigne a envoyé ses serviteurs pour percevoir le fruits de la vigne, ils les ont battus, rudoyés, ils les ont même tués. Et Jésus annonce que Dieu, en fin de compte enverra son propre Fils les fruits qu'Il at­tendait de ce peuple élu, et Il sera jeté hors de la vigne comme Jésus hors de Jérusalem pour y être mis à mort.

Et pourtant, cette image de la vigne est reprise par Jésus Lui-même à nouveau au cours de son der­nier entretien avec ses disciples, tel que nous le rap­porte l'évangile de Jean, et cette fois-ci, Il parle des sarments desséchés qui sont jetés et brûlés, mais Il parle aussi de cette vigne comme pouvant revivre et porter à nouveau du fruit. Car cette vigne, ce n'est plus seulement Israël, mais c'est Jésus Lui-même : "Je suis la Vigne véritable, c'est moi le cep. Mon Père est le vigneron, c'est Lui qui a planté cette vigne, c'est Lui qui me plante au milieu de l'univers, non plus pour que je sois une vigne décevante, mais pour qu'en moi, vous portiez du fruit". Ainsi la vigne, c'est tout à la fois le Christ, le cep, et nous tous les sarments, la vigne c'est l'Église, l'Israël nouveau qui ne va plus décevoir Dieu comme l'a fait le peuple élu, mais qui va répondre à cette attente de Dieu "en portant du fruit et un fruit qui demeure", nous dit Jésus en saint Jean. Ce fruit, c'est le fruit de la grâce, le fruit des prévenances de Dieu, mais c'est aussi le fruit de nos coopérations avec Dieu. Et nous comprenons pour­quoi au début de l'évangile et au début de ce temps de l'Avent, retentit ce cri : "convertissez-vous, repentez-vous !" Ce cri adressé non seulement à Jérusalem, non seulement à Israël, mais à travers Israël à l'humanité tout entière et à chacun d'entre nous, ne soyons pas décevants pour Dieu qui nous a entourés de tant de prévenances et de tant d'amour. Ne soyons pas comme cette vigne qui au lieu de produire des raisins ne produit que des fruits sauvages, qui au lieu de don­ner du vin, ne donne que du verjus. Ne soyons pas tels, mais "convertissez-vous", c'est le cri de Jean-Baptiste, ce sera aussi la première prédication du Christ après son baptême, "convertissez-vous". C'est-à-dire, retournez votre cœur, vous étiez tournés vers les idoles, vers les images que vous vous forgez pour adorer votre propre intérêt, vous étiez tournés vers les idoles, retournez-vous complètement vers le Seigneur, vers Dieu, le seul qui vous aime, et qui est capable de vous aider à produire du fruit. C'est donc tout à la fois les prévenances de Dieu depuis toujours, c'est la grâce de Dieu toujours à l'œuvre, et c'est notre participation à cette oeuvre de Dieu par la conversion de notre cœur. Il nous est demandé de nous tourner vers Dieu, de nous ouvrir à sa grâce, d'accueillir en nous ses prévenances et ses dons pour qu'ils puissent en nous, fructifier, porter des résultats, donner à Dieu ce qu'Il attend de nous.

Si le Christ est la vraie vigne, si nous sommes les sarments, il faut que nous soyons constamment en lien avec le Christ. C'est dans la mesure où les sarments sont greffés sur la vigne, c'est dans la mesure où les sarments tiennent au cep que la sève peut passer du cep, du Christ en chacun d'entre nous. Si nous nous dérobons à cette unité avec le Christ, nous ne pourrons jamais porter du fruit, nous ne pour­rons être que des rameaux desséchés qui seront tout juste bons à être jetés au feu, comme l'ont été beau­coup des membres de cet Israël ancien qui ont déçu l'attente de Dieu. Mais nous ne sommes pas meilleurs que nos Pères, nous sommes capables nous aussi de décevoir Dieu nous sommes capables nous aussi de ne pas donner de fruits, alors en ce temps de l'Avent, retournons notre cœur, convertissons notre cœur, comme dans la liturgie ancienne on le faisait au mo­ment du baptême, où après s'être tournés vers l'Occi­dent, vers le couchant, vers le lieu des ténèbres et du péché, les catéchumènes se retournaient complète­ment vers le soleil levant, vers l'Orient, c'est-à-dire vers le Christ qui vient vers eux afin d'avancer dans la lumière et de pouvoir entrer dans la piscine baptis­male pour que la vigne y soit arrosée et puisse ainsi donner du fruit.

 

 

AMEN

 

 
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