AU FIL DES HOMELIES

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LA RETRAITE DE L'AVENT

Is 5, 1-7 ; Mt 3, 1-12

Mardi de la première semaine de l'Avent – C

(5 décembre 2006)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

U

ne voix crie dans le désert préparez les chemins du Seigneur". Déjà hier, dans la version de l'évangile de Marc, nous avons entendu cet oracle du prophète Isaïe. Certains exégètes pensent que l'oracle, c'est exactement : "Une voix crie : dans le désert, préparez les chemins du Seigneur". Alors que les versions que nous avons c'est : "Une voix crie dans le désert : préparez les chemins du Seigneur". Il y a bien sûr une nuance.

Le texte nous resitue dans le fait que pour Matthieu en tout cas, c'est ce que qui est dit dans le premier verset : "Jean-Baptiste prêche dans le désert". Sans trancher absolument sur toutes les versions, il me semble que toutes peuvent se conjoindre peut-être pour nous dire quelque chose de précis sur cette figure de Jean-Baptiste, et du lieu même où il parle : le désert.

Il est évident que dans la première version qui serait : "Une voix crie : dans le désert préparez le chemin du Seigneur", cela nous ouvre au fait qu'il ne faut pas aller au désert de manière physique, car nous le trouvons à notre porte. Ce désert est parfois notre monde moderne, et la manière dont il vit, dont il agit et beaucoup de questions se posent d'ailleurs sur l'avenir de notre monde comme de notre société. Et sans reparler comme Jean-Paul II de "culture de mort", on a l'impression en réalité qu'il y a de moins en moins d'endroits où la vie semble jaillir, et que ce monde qui est le nôtre est en train de se désertifier au moins spirituellement, voire même tout simplement humainement. C'est dans ce monde qu'on crée qui est le nôtre, qu'il faut faire entendre cela, préparer un chemin du Seigneur dans le monde d'aujourd'hui, dans ce monde désertique.

Mais si nous entendons la deuxième version : "Une voix crie dans le désert : préparez un chemin pour le Seigneur", cela nous amène aussi à une émotion et une image aussi très forte du peuple d'Israël, car c'est dans le désert que le peuple en traçant ce chemin de l'Exode fait l'expérience d'un Dieu qui marche avec lui. En effet, non seulement Dieu sauve Israël de l'esclavage d'Égypte mais il ne se contente pas d'un acte salutaire qui s'arrêterait là, et avec Israël pendant quarante ans, Dieu va marcher dans ce désert, l'accompagnant, le nourrissant de la manne, faisant jaillir l'eau du rocher, le nourrissant de cailles. C'est l'expérience dans le quotidien que Dieu est là et qu'il prend soin de son peuple. Très souvent, nous croyons que notre vie est comme désertique, sèche, comme on l'entend dans l'évangile, un arbre qui ne porte pas de fruits. Et c'est certainement à ce moment-là que sans que nous ne en rendions compte, nous avons à discerner que le Seigneur est à nos côtés, et qu'Il nous accompagne. Nous croyons au Dieu de l'Exode, en ce Dieu qui ne se manifeste pas simplement dans des signes extraordinaires mais dans l'ordinaire même de notre vie, de notre marche au jour le jour.

C'est finalement le désert qui a toujours été le signe des promesses les plus belles, notamment dans celles du Cantique des Cantiques : "Mais qui est celle-ci qui monte appuyée sur le bras de son bien-aimé, qui monte du désert ?" Les Pères de l'Église l'interprèteront comme l'Église qui sort du désert. On dit aussi dans les prophètes, le désert refleurira. Nous avons aussi chanté dans le psaume que les torrents jaillissent du désert, car effectivement dans le désert de Judée, parfois, après des fortes pluies, d'un seul coup, de grands torrents traversent ce qui semblait être sec.

C'est l'histoire de la grâce de Dieu dans notre vie qui jaillit comme un torrent là où l'on pensait qu'il ne pouvait plus y avoir d'eau. De cette grâce du Seigneur qui d'un seul coup fait refleurir ce qui semblait dans notre vie ne plus pouvoir porter de fruits. Ou encore l'expérience de cette femme appuyée sur le bras de son bien-aimé qui nous fait comprendre que dans le silence, dans le retrait de la prière, dans le désert tel que les moines aiment à le percevoir, on voit l'Église s'avancer belle et resplendissante. Ou encore dans le silence, dans le calme et la paix du désert, on peut entendre une voix qui crie : "Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur".

Peut-être qu'ainsi cette retraite de l'Avent, cette retraite peut être plus silencieuse va nous faire percevoir aussi une voix, le cri d'un Enfant qui se fait entendre dans la nuit de Noël.

 

 

AMEN

 

 
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