AU FIL DES HOMELIES

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LA RECHERCHE DE SENS

Is 2, 1-5 ; Mt 3, 1-12

(28 novembre 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

De quel désert parlons-nous ?

F

rères et sœurs, "Une voix crie dans le désert", le l'évangéliste associe un verset du prophète Isaïe à Jean-Baptiste qui est dans le désert plus exactement, Matthieu cite Isaïe 40 : "Une voix crie. Dans le désert frayez un chemin". Vous allez me dire que je chipote, pas du tout, car cela va nous faire réfléchir sur l'évangile au cœur de ce monde. Il se trouve que ce verset a été lu de deux manières différentes.

Dans la tradition hébraïque, il y a un point : "Une voix crie. Dans le désert frayez un chemin". C'est ce que l'on trouve dans le texte d'Isaïe, de Matthieu, mais cela ne se trouve plus dans le texte de Jean l'évangéliste qui cite à partir du texte grec : "Une voix crie dans le désert". Au départ pour Jean l'évangéliste, c'était un moyen de voir à travers cette voix dans le désert qui est dans le texte d'Isaïe, la voix de Jean le Baptiste, comme précurseur. C'est devenu dans notre société encore une autre signification : "Une voix crie dans le désert" autrement dit, on s'époumone et cela ne sert à rien. Le désert, c'est bien connu, il n'y a rien, il n'y a personne, cela ne sert à rien d'y aller parce que ce n'est pas là que se trouve la vie, ce n'est pas là que se trouve l'avenir.

Or, avec Jean-Baptiste, c'est l'inverse qui se passe, les foules viennent de la ville au cœur du désert. Jean-Baptiste ne vient pas à Jérusalem, ce sont les gens qui prennent la peine de descendre cette route de Jéricho, de Jérusalem vers le désert pour y rencontrer Jean-Baptiste. Le dernier texte que nous avons écouté samedi dernier nous proposait les derniers versets du livre de l'Apocalypse. Notre grande question, c'est : que faut-il donner à Dieu, comment faut-il être pour le recevoir ? la seule chose qui nous est demandée, c'est d'être des hommes et des femmes assoiffés. Notre préparation à la venue de Dieu ne consiste pas à accumuler des capacités, des qualités, pour accueillir Dieu, mais la seule chose qui nous était demandée à la fin de l'Apocalypse pour accueillir Dieu qui vient, c'était simplement d'être des assoiffés. La seule chose qui nous est demandée pour accueillir Dieu, c'est d'être comme un désert, un lieu où il n'y a rien, un lieu qui est en attente et plein de promesses.

Frères et sœurs, nous nous plaignons très souvent que notre culture contemporaine, que notre société française est comme un désert, et que nous prêchons dans le désert, qu'il n'y a rien qui se passe et nous nous lamentons. Mais heureusement que nous avons à prêcher dans le désert pour frayer un chemin pour le Seigneur, parce que c'est là que nous devons aller. Un sociologue contemporain a essayé de réfléchir sur la révolution du temps, et il dit ceci : "L'âme du religieux aujourd'hui, ce n'est plus la réception, mais la quête". C'est vrai que pendant des siècles notre société a été formatée, elle était terre chrétienne mais encore faut-il savoir ce que l'on met derrière cette expression. Il n'y avait que l'Église et le christianisme et l'Église faisait en sorte d'annoncer un évangile, une parole de Dieu à une société qui recevait cet enseignement. "Or, la légitimité a basculé de l'offre de sens vers la demande de sens". Il n'y a pas si longtemps, seule l'Église proposait un sens à la société, tout simplement parce qu'il n'y avait pas la mondialisation ni la laïcisation. C'est évident que pour la plupart des français la seule entité qui pouvait produire et proposer un sens c'était bel et bien l'Église.

Aujourd'hui, la révolution, c'est qu'il ne faut plus penser que l'Église est la seule à pouvoir donner un sens, mais que la société française est assoiffée de demande de sens. Aujourd'hui nous nous plaignons parce que cela ne se fait pas dans les cadres qui sont les nôtres, que les gens ne connaissent pas le Notre Père, et qu'ils ne savent comment se tenir dans une église, mais en même temps la demande de sens est là. Si nous n'allons pas dans ce désert du monde qui est assoiffé de demande de sens, d'autres iront, et nous pourrons toujours nous plaindre que la société est déchristianisée et que si elle est passée à d'autres religions ou à d'autres philosophies, c'est tout simplement parce que nous aurons manqué le rendez-vous du désert.

Cette petite question au début qui pouvait avoir l'air d'être simplement une question de philologie, de savoir où il convient de mettre le point, mais si on y réfléchit par rapport à notre société contemporaine, cela dépasse largement un problème de ponctuation. Oui, une voix crie dans le désert, mais ce désert est assoiffé comme cet homme à la fin de l'Apocalypse quand le Christ dit qu'il n'appelle que les gens qui sont assoiffés. Si Jean-Baptiste prêche dans les déserts et que les foules se déplacent vers les déserts, le Christ par la suite prêchera aussi dans un autre désert qui ne sera plus un désert géographique mais le désert de la ville de Jérusalem. Car qu'est-ce que le désert de Jérusalem ? C'est une société qui est en crise au niveau religieux et politique et les Judéens cherchent un sens à tout ce qui se passe dans leur société juive du premier siècle de notre ère. Nos contemporains et nous-même nous avons peut-être beaucoup de défauts, mais elle est aussi en recherche de sens et c'est à nous chrétiens, à aller dans les déserts pour annoncer cette Bonne Nouvelle.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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