AU FIL DES HOMELIES

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EN MARCHE !

Is 6, 1-13

(5 décembre 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

Un pas après l'autre ! 

T

out d'abord, je voudrais vous partager mon étonnement. Dans l'évangile que nous venons d'entendre, on cite l'oracle du prophète Isaïe : "Une voix crie dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers." Et si je regarde l'oracle correspondant au chapitre quarante du livre d'Isaïe, le chapitre qui ouvre le livre de la consolation d'Israël, puisqu'il commence par ces mots : "Consolez, consolez mon peuple", on voit quelque chose qui ne veut pas dire la même chose puisqu'il est écrit : "Une voix crie : dans le désert préparez le chemin du Seigneur". D'un côté on entend une voix qui crie dans le désert, de l'autre côté, une voix crie : dans le désert préparez un chemin pour le Seigneur. Cela ne veut pas dire la même chose. Le livre d'Isaïe dans ce chapitre quarante nous parle du retour des juifs déportés à Babylone, et donc, une voix crie que dans le désert va se faire un passage pour une sorte de nouvel Exode pour le peuple qui est prisonnier à Babylone. En quelque sorte, c'est dans un désert que le Seigneur va préparer une voie, va préparer une autoroute, pour que le peuple puisse sortir de la captivité. Autre chose, cette voix qui crie dans le désert, qui nous vient de la traduction de la Septante, que saint Luc a retenu pour son évangile, c'est assez différent. Cela veut dire que le peuple qui était parti depuis Babylone peut-être, dans ce désert est rejoint par cette voix, la voix du Baptiste. Le désert à nouveau est ce lieu de l'Alliance, et l'on entend une voix dans le désert. Les déportés sont partis, mais voilà que le Seigneur va rejoindre son peuple dans le désert, à travers la prédication de Jean-Baptiste.

       "Une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur". Comment prépare-t-on le chemin du Seigneur ? Je crois qu'on le prépare en marchant, en avançant. Rien de pire dans le désert que de s'arrêter. Le désert est un lieu hostile. Je pense à cette traduction de Chouraqui, qui a parfois des traductions un peu originales, mais quand il traduit les Béatitudes : "Heureux les doux, heureux les pacificateurs, heureux les affamés et assoiffés de justice", lui il dit : "En marche les doux, en marche les artisans de paix, en marche les affamés de justice, en marche ..." Et donc cet Avent, si nous voulons vraiment rentrer dans cette préparation de la venue du Seigneur, il s'agit de marcher, il s'agit d'avancer. Il s'agit d'abord peut-être de se mettre en route, et si nous sommes déjà bien avancés, il s'agit de se dire que nous ne sommes pas arrivés. Je crois que ce sentiment devrait habiter tous les chrétiens. Nous ne sommes pas arrivés à un point, nous sommes encore en marche, et si le terme de notre vie approche, et si nous arrivons au jour de notre terme, au jour de la rencontre, on pourra se dire encore : en avant ! en marche ! "Voici maintenant, je commence", dit l'Écriture. La vie chrétienne loin de nous poser, loin de nous arrêter, de nous maintenir dans un état, est au contraire ce temps du désir, de l'apprentissage du désir, et l'Avent, chaque année, est ce moment où nous nous remettons en marche, ce moment où nous creusons en nous le désir, ce moment où l'on sent que Dieu est en creux et qu'il nous faut aller le rejoindre, que Dieu est comme une espèce d'appel d'air qui nous attire.

       Je crois qu'il faut profiter de cet Avent pour nous mettre en marche si nous étions arrêtés, pour nous dire qu'il faut aller encore plus loin, si on estime qu'on est arrivé, et peut-être d'aller encore plus loin si le désir nous appelle.

       AMEN

 

 
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