AU FIL DES HOMELIES

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LE PETIT RESTE

Is 4, 2-6

(1er décembre 1982)

Homélie du Frère Serge JAUNET

L

a prophétie d'Isaïe entendue au début de cette eucharistie, comme celle entendue aux Laudes de ce matin, nous parle de reste, d'un petit reste, de rescapés et d'un germe qui surgira, alors qu'on n'espère plus rien. Ce germe, c'est le Sauveur. Ce reste, c'est ce petit peuple diminué, après une histoire bien longue, bien difficile, toute remplie d'infidélités, de déportations, de retour sur sa terre, ce petit peuple d'Israël qui porte, au moment où Jésus va apparaître, en lui-même encore, un tout petit reste, quelques hommes, quelques femmes qu'on appelle des "anawim", des pauvres qui savent bien qu'ils ne sont plus rien, que s'ils ont quelque espoir en eux, cela ne peut être qu'une espérance dans Celui qui est leur Dieu, qui est leur créateur et leur maître. Ils ne mettent plus leur confiance en eux car ils savent que cette confiance en eux-mêmes ne peut que les décevoir. Ils en ont fait la dure expérience tout au long des ans et des siècles.

       Ce petit reste, c'est Marie, bien sûr, c'est Zacharie et Elisabeth, Anne, le vieux Siméon qui attendaient la consolation d'Israël, des vieillards et des jeunes, mais tous pauvres. Et c'est de ce petit reste, de ce petit reste de petits pauvres que pourra surgir ce germe, le Sauveur, comme lorsque nous nous promenons parfois dans la campagne, en plein hiver, alors qu'il fait très froid et humide et que sur une vieille souche d'arbre qui a été coupé, qui ne pouvait plus porter aucun fruit, surgit un petit germe, un surgeon, une petite branche, quelques feuilles. Et voilà l'espérance qui renaît dans nos cœurs.

       Frères et sœurs, s'il en a été ainsi pour le premier avènement du Seigneur, s'Il est venu chez ceux qui ont fait totale confiance en Lui, ont fait totale confiance dans le ciel parce qu'il n'y avait plus aucune espérance en eux, pour son second avènement et cet avènement qu'Il réalise en nous dans chaque jour de ce quotidien il en est de même. Alors n'ayons pas peur d'entendre la parole de Jean-Baptiste : "Voici que la cognée est déjà à la racine de l'arbre !" N'ayons pas peur de faire de cet Avent une opération vérité. Regardons-nous, avec les yeux mêmes de Dieu. Qu'est-ce que nous sommes ? Tout petits, tout pauvres, tout habités par tellement de mal et de péché. Cette Église elle est si pauvre aujourd'hui, et tous les sondages sont là, tous les interviews sont là pour nous le dire : un petit reste de croyants. Qui croit encore, par exemple, dans notre monde, à la résurrection de la chair ? C'est infime. Et pourtant !

      Et pourtant, il faut continuer à espérer, parce que nous savons que c'est de là, quand nous sommes réduits à rien, quand nous sommes si pauvres et que nous le constatons et que nous crions alors vers le ciel, c'est alors que peut se produire le miracle de Dieu, que peut "germer le Sauveur." Elle est belle cette coutume provençale des enfants qui enterrent des graines dans un petit peu de terre et qui, au matin de Noël, à la crèche porteront ces herbes, ces tiges de blé toutes fraîches, toutes tendres et toutes vertes. L'espérance sera celle du grain de blé porté en terre. N'en est-il pas ainsi avec le Seigneur ? Déjà, avant même avant sa mort et sa résurrection, c'est cette même loi, cette loi inscrite au cœur de Dieu qui régit tout "de la mort peut surgir la vie."

       J'aime ces paroles de Marie Noël : "Les âmes les meilleures, les plus nourricières sont faites de quelque grande bonté rayonnante et de mille petites misères obscures dont s'alimente parfois leur bonté, comme le blé qui vit de la pourriture du sol." Je crois que ces mots sont très beaux, mais qu'il nous faut encore aller plus loin que ce que nous dit le poète. Même si, en nous, il n'y avait aucune bonté, même si en nous il n'y avait rien de rayonnant, même si, en nous, il n'y avait que mille petites misères obscures, que nous connaissons trop bien chacun pour son compte, même là, il nous faut continuer à espérer, même de ces misères, même de cette pourriture de notre terreau, de notre humus qui nous constitue, même de là, peut surgir, peut se lever une puissance infinie, celle du Sauveur, celle de Jésus qui germe en nous, dans cette pauvreté du cœur.

       AMEN


 

 
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