AU FIL DES HOMELIES

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 LA GRANDEUR DE JEAN

Is 4, 2-6 ; Lc 3, 1-6

Mercredi de la première semaine d'Avent – B

(4 décembre 2002)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

P

 

endant ce temps de l'Avent, la personne de Jean-Baptiste va occuper une place de premier plan dans notre méditation, notre prière et d'abord dans les textes que la liturgie nous propose. Nous venons d'entendre la page la plus solennelle de tout l'évangile, celle où saint Luc situe, avec toutes les précisions nécessaires, l'évènement de Jésus-Christ dans l'histoire des hommes, le situant par rapport à l'empereur, Tibère, par rapport au pontificat d'Anne et de Caïphe et par rapport au règne des différents rois ou roitelets qui se partageaient cette région de Palestine à l'époque du Christ.

Or cette datation, cette insertion si précise, si méticuleuse de l'évènement, de l'apparition de Jésus-Christ dans l'histoire des hommes, c'est par l'intermédiaire de Jean-Baptiste que Luc nous la donne. En effet, la date exacte qui nous est donnée, c'est celle où l'Esprit de Dieu envoie Jean prêcher dans le désert. C'est bien cette prédication de Jean qui est l'exorde solennel, le début proprement dit de tout le mystère de Jésus. Nous avons quelquefois l'habitude de considérer Jean-Baptiste simplement comme une sorte de prédicateur sauvage, qui dans le désert a réuni quelques foules venues de Jérusalem ou des alentours. Un prédicateur d'ailleurs assez exotique, qu'on nous présente vêtu de poil de chameau, se nourrissant de sauterelles, et nous pensons que son rôle était simplement de donner quelque rÉlief, par avance, à la venue de Jésus, en annonçant cette venue et en ayant ainsi un ministère très temporaire de précurseur.

Certes, Jean-Baptiste, c'est son titre propre et son titre de gloire d'être le précurseur de Jésus, mais, en fait le mouvement qu'a déclenché Jean-Baptiste est beaucoup plus vaste et beaucoup plus grand que nous ne l'imaginons. Il ne s'agit pas simplement quelqu'un parmi beaucoup d'autres qui, ainsi pendant quelques mois ou quelques années a remué un petit nombre de foules et de partisans, il ne s'agit pas de cela. L'évènement de Jean-Baptiste a été considérable et il a marqué non seulement toutes les foules de Palestine de son temps, mais encore son retentissement est allé bien au-delà puisque nous savons par exemple par les Actes des apôtres, que jusqu'à Ephèse, donc en Grèce il y avait des disciples de Jean-Baptiste. Par conséquent, il ne s'agit pas là simplement d'un évènement local, temporaire mais de quelque chose de durable qui a marqué profondément les foules de son temps. Tant et si bien que, nous le lirons demain, Jean-Baptiste était pris par un certain nombre de ses disciples pour le Messie : "N'est-il pas le Christ ?" S'il y a eu ensuite quelques frictions entre ceux qui étaient restés fidèles à Jean-Baptiste et les disciples de Jésus, ce sera précisément à cause de cet extrême rayonnement de Jean-Baptiste, à cause de la grandeur de sa personne et de sa mission, au point qu'on aura pu effectivement les prendre pour des rivaux, se demandant lequel des deux était le Messie.

Et quand nous entendrons dans quelques jours Jean-Baptiste s'effacer devant le Christ, avec cette immense humilité : "Il faut qu'il grandisse et que moi je diminue", acceptant de n'être plus rien, parce que Celui qui vient de Dieu est venu prendre la place que Jean lui avait préparée, nous comprendrons mieux la vraie grandeur de Jean-Baptiste si effectivement nous avons pris la mesure de son ministère et de l'extension de son influence. Jean-Baptiste n'est pas simplement quelqu'un qui a préparé le chemin de Jésus, et puis tout naturellement lui a laissé la place. Jean-Baptiste avait un immense rayonnement et il est donc infiniment grand au plan spirituel d'avoir accepté d'être ainsi dépossédé de toute cette influence sur ses disciples, de les avoir lui-même remis entre les mains de Jésus comme il l'a fait pour André et Jean, d'avoir accepté de disparaître, de la scène d'abord par une désaffection progressive des foules, puis par son emprisonnement et enfin par son martyre.

Saint Jean-Baptiste est, je crois, le patron et le modèle de chacun d'entre nous, dans notre vie apostolique. Car nous avons tous à être apôtres du Christ, nous avons tous à annoncer le Christ, mais nous devons bien savoir que ce n'est pas nous que nous annonçons. Quel que soit éventuellement notre succès, quel que soit éventuellement le nombre de ceux qui semblent nous écouter ou se convertir par notre parole ou par notre exemple, nous ne sommes que des serviteurs du Christ et nous devons, comme Jean-Baptiste, nous effacer devant Lui car Lui seul touche les cœurs. Seul le Christ atteint la profondeur de l'homme. Tout le reste est seulement préparation, accompagnement de cette venue du Christ.

Que Jean-Baptiste donne à chacun d'entre nous, à la fois ce dynamisme, cette force de la prédication pour vraiment annoncer la venue du Seigneur et en même temps cette profonde humilité qui n'est que la véritable vue du réel tel qu'il est, c'est-à-dire que nous ne sommes véritablement rien, que seul le Christ est tout.

 

AMEN

 

 
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