AU FIL DES HOMELIES

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DIEU SE SERT DES HOMMES

Is 5, 1-7 ; Lc 3, 1-6

Mercredi de la première semaine d'Avent – B

(2 décembre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

a quinzième année du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur." L'évangile, la naissance de la Parole de Dieu, est toujours un processus étrange. C'est le fait que, au cœur même d'une chronologie qui mentionne à peine des références religieuses avec le pontificat d'Anne et de Caïphe, dans l'épaisseur du temps que nous vivons au jour le jour, la Parole de Dieu est adressée à Jean. Il y a là, dans ces simples mots, dans cette simple manière de s'exprimer, tout le paradoxe de l'Incarnation.

Dans le temps que nous vivons, ce temps qui est occupé par le principat de Tibère César et par les différentes autorités régnantes au cœur de ce monde, la Parole de Dieu est adressée à un homme, en un point de ce monde. La Parole de Dieu ne descend pas directement du ciel dans le cœur des hommes. Elle passe toujours par le biais d'une réalité humaine, dans un pays donné, sous un régime politique donné, dans des circonstances précises, à un homme précis. D'une certaine manière, l'évangile n'est pas descendu tout droit du Ciel. Il a voulu prendre ce chemin, le plus difficile, le plus obscur, le chemin de l'histoire des hommes.

Et alors, pour rencontrer les hommes, Dieu a parlé à travers les hommes. Pour nous rencontrer au­jourd'hui, Dieu passe à travers l'épaisseur de notre humanité. La vérité de Dieu atteint l'homme dans ce qu'il a de plus contingent, de plus historique, de plus fragile et de plus faible. C'est la faiblesse de l'homme qui est le lieu de manifestation de la vérité de Dieu. Et alors, quand la Parole surgit, c'est une Parole qui vient du fond des âges. Ce n'est même pas exactement une parole, c'est une voix qui crie. Quand Dieu donne sa parole à Jean-Baptiste, Il la lui donne avec la prophétie d'Isaïe, c'est-à-dire avec tout le terreau de l'attente et de l'espérance d'Israël. Jean-Baptiste est simplement "une voix qui crie", mais les paroles sont les paroles du fond des âges et de l'espérance d'Israël. C'est comme si Jean-Baptiste, le Précurseur et le héraut de la venue du Seigneur, n'avait qu'une chose à dire. Le peuple n'attend que sa venue. Le peuple attend que toute sa vie, toute son existence soit transformée en chemin de Dieu. D'une certaine manière, Jean-Baptiste n'a rien à dire de lui-même sinon de crier, à la face de son Seigneur, l'attente des siècles et des générations d'Israël.

Ainsi sommes-nous aujourd'hui même. Ce n'est plus le pontificat d'Anne et de Caïphe, ce n'est plus le principat de Tibère César, ce ne sont plus les tétrarques de Trachonitide ou d'Abilène, aujourd'hui, dans ce monde de maintenant, la Parole de Dieu nous est adressée. Et quand elle nous est donnée, à chacun d'entre nous, dans le présent vivant, dans "l'aujourd'hui de Dieu", elle nous est donnée à travers toute une attente, à travers tout un désir qui est aussi bien l'attente et le désir de notre propre histoire que l'attente et le désir de tous ceux qui nous ont précédés. C'est pour cela que chaque moment est si grand. Chaque instant présent est le lieu de cette rencontre. Il se passe, aujourd'hui, maintenant.

 

AMEN

 

 

 
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