AU FIL DES HOMELIES

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PRÉDICATION DE JEAN-BAPTISTE

Is 5, 1-7 ; Lc 3, 1-18

Mercredi de la première semaine de l'Avent – B

(5 décembre 1990)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous allons passer une part importante de ce mois de décembre en compagnie de Jean-Baptiste et la page d'évangile que nous ve­nons d'entendre recoupe d'assez près celle de saint Matthieu que nous lisions hier, à quelques différences notables cependant sur lesquelles je voudrais attirer votre attention.

Tout d'abord cette page de saint Luc com­mence d'une façon solennelle par la proclamation de tous les gouvernants de l'empire romain des différen­tes régions de la Palestine ainsi les noms de ceux qui exerçaient le souverain sacerdoce à Jérusalem en ce temps-là. "L'an XV du principat de Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée." Cet exorde parti­culièrement solennel est le commencement de l'évan­gile proprement dit. En effet, les deux chapitres qui précèdent et qu'on appelle souvent Protévangile ou évangile de l'enfance sont comme une sorte de pré­face, d'avant-propos ou d'introduction qui nous ra­content tout ce qui précède la proclamation de la bonne nouvelle, l'enfance de Jésus, l'Annonciation faite à Marie et la Nativité de Jean-Baptiste. Mais avec la prédication de Jean-Baptiste c'est véritable­ment l'évangile qui commence. La bonne nouvelle c'est Jean-Baptiste qui en est l'événement inaugural car à partir du moment où il prend la parole au désert tout le mystère de Jésus va se dérouler de façon inexorable. Jésus va venir pour se faire baptiser par Jean et commencera sa propre prédication. C'est pour cela que Luc précise le moment inaugural de cette prédication par rapport à tous les royaumes de la terre et de Palestine.

Une deuxième particularité de ce texte de saint Luc, c'est que la citation d'Isaïe qui est la même qu'en saint Matthieu est prolongée plus loin. Matthieu se contentait de dire : "Voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez les sentiers du Seigneur !" saint Luc continue jusqu'à ce verset terminal : "Toute chair verra le salut de Dieu !" C'est dire que, au-delà de ce travail de préparateur, de précurseur qui est celui de Jean-Baptiste, de combler les ravins et de raboter les sentiers tortueux afin de préparer un peuple digne du Messie, il voit déjà l'action même du Messie : "Toute chair verra le salut de Dieu !" Le salut que le Messie apporte est pour l'univers tout entier, c'est l'humanité tout entière, c'est même le cosmos tout entier qui voit de ses yeux le salut de Dieu apporté par Jésus. Et ainsi la vision que nous propose Jean-Baptiste englobe l'évangile tout entier, non seulement les préparatifs par Jean-Baptiste mais aussi l'accomplissement fait par Jésus.

La troisième particularité de ce texte de saint Luc c'est qu'il insiste sur le contenu de la prédication de Jean-Baptiste. Par les autres évangiles, nous sa­vons seulement que Jean prêchait la pénitence au dé­sert et qu'il demandait le repentir avec des formules viole ntes que nous retrouvons ici : "engeance de vi­père, etc … qui vous a appris à fuir la colère de Dieu ? Il vient tenant en main la pelle à vanner pour net­toyer son aire et jeter la bale au feu." Mais saint Luc est plus précis. Il nous donne trois interrogations po­sées à Jean le Baptiste et trois réponses de celui-ci.

Tour à tour la foule, puis les publicains, les collecteurs d'impôts non-fonctionnaires qui essayaient d'arrondir les sommes extorquées afin de se remplir les poches, et enfin les soldats demandent à Jean : "Que faut-il faire ?" ce qui est extraordinaire c'est que les réponses de Jean-Baptiste ne sont pas du tout conventionnelles ni classiques. Il ne répond pas comme un rabbin de son temps l'aurait fait. Il ne parle ni de la Loi, ni de l'accomplissement des préceptes, ni d'une scrupule use manière de remplir les comman­dements de la Loi. Il parle d'une manière déjà extrê­mement évangélique A la foule, il parle de partage. "Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n'en a pas ! Que celui qui a de quoi manger fasse de même !" On croirait entendre déjà Jésus et sa pré­dication de la miséricorde, de la charité fraternelle, du partage avec les pauvres. Aux publicains, Jean va demander de renoncer à toutes les exactions et les fautes fraternelles qu'ils commettent en pressurant leurs concitoyens, leurs propres frères. "N'exigez rien au-delà de ce qui est prescrit !" Autrement dit, quand vous demandez l'impôt, n'arrondissez pas les sommes afin de vous remplir les poches au passage. Et aux soldats, Jean va aussi demander de ne rien extorquer avec le privilège de la force qui leur appartient, de se contenter de leur solde et de pratiquer la douceur, de ne molester personne.

Douceur, honnêteté, partage, tous ces termes annoncent déjà les Béatitudes et la prédication du Christ. Je ne sais pas si saint Luc a voulu caractériser la prédication de Jean-Baptiste ou s'il a voulu montrer la continuité entre la mission de Jean et son accom­plissement par Jésus. Ce texte ouvre sur la venue du Christ en personne. Jean-Baptiste n'est pas simple­ment "un hors d'œuvre" en avant-propos" Jean-Bap­tiste est véritablement la porte d'entrée de l'évangile. C'est pourquoi il joue un rôle si important dans notre foi chrétienne. Il est vraiment celui qui a apporté la clé pour ouvrir la porte devant les pas du Messie, devant les pas de Jésus.

Il est nécessaire que de tout temps et pas seu­lement au moment où ces faits se sont passés, il est nécessaire qu'il y ait des hommes comme Jean-Bap­tiste, des précurseurs qui ouvrent la porte devant la venue de Jésus. Jésus vient, mais Il envoie au-devant de Lui des messagers pour préparer sa route, c'est-à-dire le cœur de ceux que le Christ veut rencontrer. Et souvent c'est cette fonction que nous avons à accom­plir, d'être les préparateurs, les précurseurs de la ve­nue du Christ. Beaucoup de nos frères ont besoin que leur cœur soit préparé à la rencontre de Jésus, cette rencontre qui ne dépend pas que de nous et qui se produira quand Dieu voudra et quand le cœur de nos frères sera prêt à cette rencontre, mais nous avons souvent, par notre fraternité, par notre miséricorde, notre proximité, notre douceur à préparer le cœur de nos frères pour que cette rencontre puisse avoir lieu. N'oublions pas ce rôle humble, modeste de précur­seur, rôle indispensable et qui manque souvent. C'est pour cela que nos frères ne peuvent pas rencontrer le Seigneur parce que personne ne les a aidés à se prépa­rer humblement à cette rencontre.

 

 

AMEN

 

 
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