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 LE BAPTÊME DE FEU DANS L'ESPRIT SAINT

Is 6, 1-13 ; Lc 3, 1-6

Mercredi de la première semaine d'Avent – A

(2 décembre 1998)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, en préparant ce sermon, je me suis trompé de quelques versets, et je voulais vous parler d'un verset qui viendra après, cela vous prouve, entre parenthèses, que nous préparons les sermons, quoiqu'on en dise. Je croyais donc que la lecture de l'évangile allait donc jusqu'au moment où Jean-Baptiste dit : "Moi je vous baptise dans l'eau, mais le Messie vous baptise dans l'Esprit" dit saint Marc, et je croyais qu'on allait lire dans saint Luc, "Lui vous baptise dans l'Esprit saint et dans le feu". Je voulais donc vous parler du feu, du symbole du feu, en lien avec le baptême.

Je peux toujours me rattraper, car dans le texte d'Isaïe, il est question du feu, dans les braises ardentes qui vont purifier les lèvres du prophète, donc je ne suis pas tout à fait en-dehors du sujet quand même.

Qu'est-ce que cela veut dire que Jésus nous baptise dans l'Esprit saint ? Cela veut dire que nous sommes baptisés, c'est-à-dire plongés dans l'Esprit Saint, qui est le souffle de Dieu, plongés dans un souffle, ce n'est pas très commode, mais cela veut surtout dire que nous sommes plongés dans la pré­sence sanctifiante de Dieu.

L'eau dans laquelle Jean-Baptiste plongeait les gens n'était qu'un signe, un symbole de purifica­tion et de sanctification, de vie, mais le Messie, lui nous plongera non point dans un symbole, mais dans la réalité de sa sanctification, l'Esprit de Vie.

Mais, dit saint Luc, il nous plonge dans l'Es­prit saint et le feu. Dans le texte, nous voyons bien qu'il s'agit du feu du jugement dernier. Le prophète en effet, attendait du Messie qu'il vienne remettre de l'ordre dans le monde, qu'il vienne punir les méchants, et récompenser les justes, mais que cela soit à la fin du monde, que ce soit le jugement universel, et, il s'exercerait comme un feu qui purifie, dévore et dé­truit, et nous retrouvons dans le texte d'Isaïe, les brai­ses du feu du sanctuaire qui purifient les lèvres du prophète.

Le feu, c'est donc le symbole du jugement, le symbole de la purification, le symbole d'une certaine destruction qui consume, le feu apparaissant aussi lié à l'Esprit saint le jour de la Pentecôte, donc, les flammes de feu descendent sur les apôtres, et mani­festement, cette présence de l'Esprit saint nous invite à une autre dimension du symbolisme du feu. Les Pères de l'Église l'ont dit, le feu, c'est l'amour de Dieu, venu dans nos cœurs, qui va unir les disciples entre eux et faire l'Église à partir de ces disciples, par ce don de l'Esprit qui vient envahir leur cœur de charité. saint Paul ne dit-il pas que "l'amour a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné ?"

Parler du feu de l'amour, c'est une image as­sez courante, dans la littérature, que ce soit Racine, ou les romans qu'on achète sur le quai des gares, dans tous les cas, on retrouve souvent cette image.

Donc, le feu, c'est tout à la fois quelque chose qui détruit, mais aussi quelque chose qui réchauffe et donne une certaine plénitude, cette chaleur, cette in­tensité intérieure que précisément l'amour répand dans nos cœurs.

Si Jésus nous baptise dans le feu, s'il nous baptise dans la présence sanctifiante dans l'Esprit, c'est qu'il nous baptise dans cet amour qui nous ré­chauffe, mais aussi, cet amour qui consume, et qui d'une certaine manière va jusqu'à détruire plus que ce que nous voulons. Qu'est-ce que cela veut dire pour nous ? Jésus va être baptisé dans la mort, il nous le dit, il faut que je reçoive un baptême, et quelle ne fut pas son angoisse jusqu'à ce que ce baptême fut accompli ! Il parlait de toute évidence de sa Passion et de sa croix.

Jésus va être plongé dans la mort pour pou­voir nous plonger dans la vie de Dieu. C'est dire que Jésus a expérimenté cet amour divin, il l'a expéri­menté dans sa chair et dans son cœur d'homme, et cela jusqu'à ce don total de lui-même pour nous sur la croix.

D'une certaine manière, nous comprenons ainsi comment l'amour de Dieu, pour pouvoir nous sanctifier, pour pouvoir nous vivifier, pour pouvoir nous sauver, a dû en quelque sorte détruire le Christ par la mort, le faire passer par le tombeau, par l'ense­velissement, par ce que dans le Credo, nous appelons la descente aux enfers, il a fallu que le Christ nous aime jusqu'à l'anéantissement, comme le dit saint Paul, il a fallu que le Christ nous aime jusqu'à accep­ter cette sorte de déchirure profonde au fond de sa chair et au fond de son cœur pour que cet amour triomphe et nous vivifie.

C'est tout le mystère de la Pâque : c'est par la mort du Christ que nous avons la vie. C'est le même amour qui a conduit le Christ jusqu'à ce don total de lui-même, cette manière de se donner jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, et c'est ce même amour qui ensuite peut rejaillir en nous, en source éternelle de vie.

Cela a coûté très cher. Nous ne sommes pas sauvés à la légère : dans le baptême nous pouvons trouver une vie éternelle, une vie divine, une vie qui est sans limites, parce que Jésus a donné sa vie et a accepté de passer par la mort pour que ce don qu'il fait fructifier en nous et nous amène à devenir comme lui, fils du Père, et à devenir pleinement participants de la splendeur et de la gloire divine.

 

 

AMEN