AU FIL DES HOMELIES

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DANS L'ESPRIT ET LE FEU

Is 5,1-7 ; Lc, 3, 1-6

Mercredi de la première semaine d'Avent – B

(1er décembre 1999)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

A travers le feu …

 

F

rères et sœurs, comme l'évangile de lundi en saint Matthieu, celui d'aujourd'hui en saint Luc nous parle de la prédication de repentir et de pénitence de Jean-Baptiste. Ce que je voudrais remarquer seulement, c'est que toute la foule était en attente : c'est bien un évangile d'Avent. Cette attente vient de ce que tous se demandaient si Jean-Baptiste n'était pas le Christ. Et Jean-Baptiste va donner un critère de différence entre lui-même et le Christ : "Moi je vous baptise dans l'eau en vue du repentir, lui vous baptisera dans l'Esprit saint et dans le Feu". Dans saint Matthieu et dans saint Luc, il y a ceci : "Le Messie vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le Feu", l'évangile de saint Marc que nous lirons di­manche prochain se contente de dire : "Il baptisera dans l'Esprit Saint".

Si vous le voulez bien, réfléchissons un ins­tant sur cette image du feu. D'après le contexte, il est clair que Jean-Baptiste qui vient de traiter les phari­siens d'engeance de vipères, qui vient d'inviter à la transformation de leur vie les soldats, les publicains, les pécheurs en général, pour Jean-Baptiste, le feu c'est l'image du jugement. Pour lui, le Christ vient pour juger, pour séparer les bons et les mauvais, ceux qui acceptent de changer leur cœur, c'est le sens de la "métanoïa", la conversion que prêche Jean-Baptiste, et ceux qui ne l'acceptent pas. Jean-Baptiste comme souvent les prophètes voit l'avenir en raccourci et il confond les deux avènements du Christ, celui qui a eu lieu à Bethléem, et celui qui aura lieu à la fin des temps où effectivement le Christ viendra pour juger.

Cependant, l'image du feu a aussi d'autres si­gnifications. Le feu c'est ce qui purifie, et c'est pour­quoi il est l'image du jugement, mais le feu c'est aussi ce qui réchauffe, ce qui illumine. Ainsi, le jour de la Pentecôte, l'Esprit Saint viendra sous la forme de lan­gues de feu. Alors, dire que Jésus baptisera d'Esprit saint et de feu, cela ne veut pas dire seulement comme le pensait Jean-Baptiste, qu'il viendrait pour juger, mais aussi qu'il viendrait pour donner ce feu qu'est l'Esprit. Et le feu, précisément parce qu'il réchauffe est dans toutes les civilisations le symbole de l'amour. L'Esprit Saint, c'est "Celui qui répand dans nos cœurs l'Amour de Dieu", c'est saint Paul qui le dit. Et s'il vient sous forme de langues de feu, c'est parce que ce sont des langues qui vont illuminer notre esprit, mais l'illuminer par l'Amour de Dieu.

Et ceci nous manifeste une chose très impor­tante, c'est que les images, ce qu'on appelle les sym­boles, et le feu est un symbole majeur de toutes les civilisations, ont diverses significations, apparemment hétérogènes, voire contradictoires.

C'est précisément cela la richesse d'une pen­sée symbolique par rapport à une pensée rationnelle, Cela nous invite à des relations entre des choses que nous n'aurions pas cru connexes. Le feu nous manifeste par sa signification symbolique et complexe qu'il est à la fois l'Amour et le jugement. En soi, le jugement c'est plutôt un acte de force, de puissance, de violence, parfois de séparation alors que l'amour est communion. Peut-être que ce symbole qui dit plus qu'il n'a l'air et qui nous entraîne bien plus loin que nos pensées immédiates, peut-être que ce symbole du Feu nous invite à comprendre qu'entre le jugement et Dieu, et l'Amour de Dieu il y a une secrète relation, une secrète connivence. Peut-être que le jugement de Dieu n'est pas comme nous l'imaginons, comme l'ont imaginé toutes les religions et comme l'ont imaginé les prophètes dont Jean-Baptiste, n'est pas seulement un acte de la Toute Puissance de Dieu, ce jour terrible, ce jour de violence et de ténèbres comme disent les prophètes, ce jour du jugement, peut-être que le jugement de Dieu est un jugement d'Amour. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne soit pas pour autant un déchirement, qu'il n'aille pas jusqu'à la racine de notre être pour mettre à jour nos secrets les plus cachés, car l'amour de Dieu, fait irruption en nous d'une manière qui est à la fois surprenante, éblouissante, mais aussi torturante d'une certaine façon, car cet amour de Dieu qui découvre les secrets de notre cœur montre en particulier à quel point nous savons peu répondre à cet amour, à quel point notre cœur est loin d'être au niveau de cet amour de Dieu, qui est un amour inouï ! Ce sera révélé comme Dieu nous aime, c'est peut-être cela la chose la plus terrible que nous puissions découvrir, car nous découvrons à ce moment-là que nous sommes radicalement indignes de cet amour, que nous sommes par nos propres forces d'une certaine manière, inaptes à répondre, peut-être même à le recevoir et qu'il faut toute la surabondance de l'amour de Dieu pour arriver à rendre notre cœur perméable à cet amour, capable de se savoir aimé, et de répondre à cet amour.

Il y a beaucoup de gens qui ont du mal à ac­cepter d'être aimés. Ils voudraient bien faire, même s'ils se désespèrent de faire mal ; mais ils voudraient mener leur vie, la fabriquer, être aimés gratuitement comme Dieu nous aime, infiniment au-delà de ce que nous méritons, infiniment au-delà de ce que nous sommes, infiniment au-delà de ce que nous pouvons imaginer, être aimés comme Dieu nous aime cela demande une grande humilité. Il faut accepter de n'être pas digne et par conséquent de voir renverser notre façon de voir, d'accepter d'entrer dans la ma­nière de faire et de voir de Dieu qui n'agit pas comme nous, qui ne rend pas salaire pour œuvre, punition pour péché, mais Dieu qui nous appelle à tout autre chose, qui est le mystère de sa vie la plus intérieure dans laquelle il veut nous faire entrer pour peu que nous acceptions : être aimés au-delà de ce que nous sommes, d'être entraînés plus loin, infiniment plus loin que ce que nous pourrions désirer, rêver, à plus forte raison mériter, et par conséquent de n'être plus les maîtres de notre vie de n'être plus la mesure de notre vie mais de nous laisser prendre dans une autre mesure, c'est cela le jugement de Dieu.

Alors, que ce feu du Seigneur nous dévore, que ce feu du Seigneur nous consume, que ce feu du Seigneur nous purifie, nous juge et nous aime.

 

 

AMEN

 

 
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