AU FIL DES HOMELIES

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SENS DE LA VOCATION PROPHÉTIQUE

Is 6, 1-13 ; Lc 3, 1-6

Mercredi de la première semaine de l’Avent – A

(1er décembre 2004)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

A

travers les deux récits de vocation que nous venons d’entendre, celui d’Isaïe et celui de Jean-Baptiste dans l’évangile de Luc, nous avons un assez bel exemple de ce que signifie la prophétie dans la tradition juive. Vous le savez, la prophétie ne se montre jamais comme une sorte de commencement absolu. Le fondement, la racine de la Parole de Dieu, c’est ce qui a été révélé à Moïse. La base même de l’existence juive, la base même de l’existence du peuple élu comme tel, c’est le surgissement de la Parole au désert, au Sinaï, la montagne précisément où Dieu s’est manifesté, le lieu même où a surgi la plénitude, dans la tradition juive, de la révélation qui deviendra la Torah.

Par conséquent, toute parole qui vient après est une parole prophétique, c’est-à-dire une parole qui s’inscrit dans cette parole originelle. La parole d’Isaïe, celle de Jérémie, d’Amos, et celle de Jean-Baptiste, est une parole prophétique parce qu’elle n’est pas originaire. Elle n’est pas la parole qui dit le commencement ni l’identité fondamentale du juif ou du peuple juif. On s’attachera à noter toujours que la vocation prophétique est déterminée dans le temps. Pour Isaïe, c’est l’année de la mort du roi Ozias. Pour Luc, c’est l’énumération des tétrarques, de l’empereur, et du souverain pontificat d’Anne et de Caïphe. Cela veut donc bien dire dans la cohérence de la compréhension de la tradition de l’Écriture, que ces prophètes, à un moment déterminé de l’histoire, sont comme soulevés par la puissance de la Parole de Dieu, par la puissance de cette parole qui a fait se lever Moïse et qui là, vient comme rebondir dans le fil de l’histoire à travers la vocation d’Isaïe ou à travers la vocation du Baptiste.

C’est aussi pour cette raison que la plupart des récits de vocation comportent aussi des éléments qui, souvent, rappellent le Sinaï. Dans les deux cas précis qui nous occupent aujourd’hui, on retrouve bien ces deux éléments. Le fait que la Parole du Seigneur soit retransmise à Isaïe par les Séraphins, c’est-à-dire les anges brûlants, et qui brûlent les lèvres avec les tisons enflammés du prophète Isaïe, et d’autre part, et c’est une allusion manifeste au don de la Loi sur le Sinaï, mais à la différence c’est qu’au Sinaï, c’est toute la montagne qui était embrasée, tandis que pour Isaïe, c’est simplement dans le temple et il reçoit les tisons enflammés sur les lèvres. Moïse a reçu la Parole de Dieu dans la plénitude, dans une montagne qui est totalement enfermée dans la nuée et embrasée, tandis qu’Isaïe n’aura pas la même importance que Moïse, parce que lui aura reçu le feu de la Parole de Dieu, mais uniquement sur ses lèvres. Donc, sa parole de feu aussi, se définira par rapport à la Parole de Moïse, mais comme un rebond, comme un ressaut. Et de la même façon, c’est pour cela qu’on a noté pour la vocation de la Parole chez Jean-Baptiste, le thème du désert. Quand Jean-Baptiste annonce la parole, elle ne vient pas de la ville, elle ne vient pas du peuple, elle ne vient pas de la campagne habitée qui ressemblerait à la terre conquise, à la terre promise, mais la Parole vient précisément du désert, c’est-à-dire du lieu d’où a surgi la première Parole.

C’est ainsi que dans toute la tradition juive, on a toujours compris le prophétisme. Le prophétisme n’est jamais une parole originaire au sens où elle aurait le même rôle fondateur que les paroles de Moïse, le Pentateuque, les cinq grands livres qui constituent l’identité même du peuple et de chacun des individus, mais cette parole, c’est comme le rebond de la Parole de Dieu à Moïse dans l’histoire à travers un ministère particulier.

Je crois que nous avons encore quelque profit à tirer de cela pour nous aujourd’hui. Nous sommes d’une manière ou d’une autre toujours des Isaïe ou des Jean-Baptiste. C’est-à-dire que notre propre parole a aussi un lieu de surgissement c’est notre baptême, elle n’est pas originaire au sens où ce n’est pas la parole plénière, divine qui s’est incarnée en Jésus-Christ, c’est la manière dont cette Parole de Dieu en Jésus-Christ continue à rebondir, à passer de génération en génération dans le fil de l’histoire, dans le fil de l’histoire de l’Église et dans le fil de notre propre histoire. Telle est, je pense, une lecture possible du sens de l’Avent que nous vivons maintenant. C’est le moment où cette Parole de Dieu, comme dans la vie d’Isaïe, comme dans la vie de Jean-Baptiste, vient pour ainsi dire rebondir dans la puissance même du Verbe de Dieu, la Parole en personne, dans notre propre vie, pour que nous devenions à notre tour des hérauts et des annonciateurs du Salut.

AMEN

 

 

 
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