AU FIL DES HOMELIES

Photos

JEAN BAPTISTE... UNE VOIX

Is 8, 5-8 ; Jn 1, 19-28

Samedi de la première semaine d'Avent – A

(6 décembre 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

J

ean-Baptiste avec lequel nous cheminons tout au long de ce temps de l'Avent, Jean-Baptiste rend témoignage, il confesse : "Je ne suis pas le Christ!" Il s'efface devant Celui qu'il est venu annon­cer. Qu'est-ce donc que Jean-Baptiste ? Il le dit lui-même : "Une voix, une voix qui crie dans le désert !"

Dans un autre passage du même évangile de Saint Jean, Jean-Baptiste rend un témoignage analo­gue auprès de ses disciples cette fois : "Vous êtes té­moins que j'ai dit : Je ne suis pas le Christ !" Et il ajoutera : "C'est l'Époux qui a l'Épouse. Je suis celui qui entend la voix de l'Époux."

Voila donc deux voix distinctes. La voix qu'est Jean-Baptiste, "voix qui crie dans le désert" et puis la voix de l'Époux que Jean-Baptiste, "l'ami de l'Epoux" entend quand l'Époux est dans la chambre nuptiale, avec l'Épouse, c'est-à-dire quand le Christ communie en profondeur avec l'Église son Épouse, et que Jean-Baptiste est seulement celui qui a introduit à cette communion.

La voix de Jean-Baptiste est donc une voix qui retentit dans le désert, à l'extérieur, dans le monde, auprès de ceux qui ne connaissent pas l'Époux, mais cette voix puissante, cette voix qui remplit l'univers, car le témoignage de Jean-Baptiste a été éclatant, cette voix puissante est seulement faite pour amener à une autre voix, la voix de l'Époux, une voix beaucoup plus imperceptible et cependant infi­niment plus précieuse, la voix de l'Époux qui parle dans le secret de la chambre nuptiale avec son Épouse.

Aussi bien, que dit Jean-Baptiste à ces envoyés des prêtres de Jérusalem venus pour l'interroger ? "Je ne suis pas le Messie. Je suis la voix qui crie dans le désert ". Et qu'en est-il du Messie ? "Il y a au milieu de vous Quelqu'un que vous ne connaissez pas !" C'est ainsi que Jean-Baptiste témoigne de ce Messie qu'il est venu annoncer : "Quelqu'un que vous ne connaissez pas". Si Jean-Baptiste crie à pleine voix dans le désert, c'est pour amener à la rencontre de quelqu'un que nous ne connaissons pas, de quelqu'un qui est en quelque sorte cache, incognito, au milieu de la foule, Quelqu'un qui ne se discerne pas au premier coup d'œil, Quelqu'un dont la voix ne retentit pas avec la même force que celle de Jean-Baptiste puisque cette voix est une voix silencieuse.

Ailleurs, dans l'évangile, Jésus Lui-même dira à propos de sa venue : "Si on vous dit Il est ici ou Il est là, ne les croyez pas ! La venue du Royaume de Dieu, et le Royaume de Dieu c'est Jésus Lui-même, la venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer !" La venue du Christ est une venue imperceptible, elle est comme ces eaux de la source de Siloë, cette source qui alimente Jérusalem et dont Isaïe nous parlait tout à l'heure, cette source qui n'a rien de commun avec le torrent débordant du fleuve d'Egypte, avec le grand bruit des empires qui s'entrechoquent, qu'il s'agisse des empires d'autrefois ou de ceux d'aujourd'hui. Les eaux de la source de Siloë coulent doucement et sont l'image de la présence de Dieu. La présence de Dieu ne se laisse pas observer, car sa venue est aussi silencieuse que cette source qui ne jaillit pas mais qui se contente de sourdre du sol. "Il y a parmi vous Quelqu'un que vous ne connaissez pas !"

Et Jean-Baptiste nous dit que cette voix de l'Époux que nous ne connaissons pas, cette voix que nous ne savons pas entendre parce qu'elle est trop imperceptible, cette voix, c'est pourtant ce qui le rem­plit de joie : "Je suis rempli de joie à la voix de l'Epoux ! C'est là ma joie, elle est parfaite !" Et que faut-il faire pour entendre cette voix de l'Époux ? Il faut faire comme Jean-Baptiste. Après l'avoir an­noncé, se taire. Jean-Baptiste dit : "Il faut qu'Il gran­disse et que moi je diminue !" Il faut que nous sa­chions diminuer pour que puisse grandir le Christ dans notre vie, dans notre expérience. On n'entend pas la présence du Christ quand on parle soi-même à grands renforts de verbiage. On ne peut entendre la présence du Christ que si l'on a suffisamment dimi­nué, diminué l'importance de la place que nous oc­cupons, diminué l'intensité de l'émission de notre voix pour pouvoir percevoir ce qui ne se donne que dans le secret et dans le silence.

Que ce temps de l'Avent soit pour nous un temps où nous rentrons plus intérieurement en nous-même pour percevoir, dans le secret et dans le silence, cette présence de Dieu qui ne se révèle qu'à ceux qui veulent bien entendre.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public