AU FIL DES HOMELIES

LE CHEMIN DE LA CRÈCHE À LA CROIX

Is 11, 10-16 ; Jn 1, 19-28

Vendredi de la première semaine de l'Avent

(5 décembre 2003)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Silvacane : chemin de galets

 

V

oix de celui qui crie dans le désert, préparez le chemin du Seigneur". Dans la première lecture comme dans l'évangile de Jean que nous venons de proclamer, il est question du chemin.

Ainsi, le livre d'Isaïe, dans ce grand oracle de rassemblement d'Israël, de tous les dispersés, de tous ceux qui sont bannis, il est fait cet oracle que le Seigneur va dresser un signal et qu'à ce signal les nations se rassemblent autour de celui qui est la racine de Jessé, que tous ceux qui sont bannis trouvent la voie pour accéder à celui qui est leur sauveur, que tous ceux qui étaient éloignés trouvent enfin un sens et un but, ils peuvent aller sur le chemin du salut et de la gloire.

Lorsque nous nous préparons à célébrer la nativité, à célébrer cette naissance du Fils de Dieu dans notre monde, l'oracle bien sûr se réalise parce que Jésus est bien de la racine de Jessé, Il a cette filiation qui le fait remonter dans l'histoire des hommes, à travers l'histoire du salut, à la présence de Dieu dans cette histoire, à travers les événements du peuple choisi. Et tout ce peuple attend aujourd'hui la venue du Messie, interrogeant d'ailleurs ce qui pourrait être le visage même du Messie : "Es-tu celui que nous attendons ? Es-tu le Christ ? es-tu Elie? Finalement, qui es-tu ? Où devons-nous aller ?"

C'est donc une histoire de chemin. Ainsi, lorsque le prophète Isaïe parle de ce chemin que les hommes vont trouver pour aller vers le Seigneur, vers celui qui est attendu, Isaïe rapportant cet oracle qui lui est donné, dit : "Un signal se dressera pour les nations". Il y a comme une sorte de négatif et de positif de la même image. Le positif pourrait apparaître comme cette image si ravissante d'un bébé, d'un enfant qui naît dans la crèche, et que nous allons bientôt célébrer. Mais il y a un négatif à cette image, c'est que Jésus lui-même dans l'acte propre de son Incarnation est un signal, dans sa vie elle-même Il devient aussi un signal dressé sur le chemin hommes, et ce signal, c'est celui de sa croix.

C'est pourquoi, à juste titre, souvent les icônes orientales représentent la naissance du Sauveur déposé dans une crèche. Mais quelle crèche ? Celle-là même qui a la forme d'un tombeau. Cela nous rappelle une chose essentielle, c'est que Incarnation et Passion sont liées, et que c'est en ce lieu même de son corps et de sa vie parmi les hommes, que Dieu offre le Salut, que Dieu donne un sens à la vie, que Dieu rappelle les dispersés d'Israël, autrement dit, nous tous, le nouvel Israël, son Église.

Oui, l'un et l'autre se répondent, car en somme, Dieu se fait petit parmi les hommes pour être parmi eux ni le grand, ni le glorieux, ni le tout-puissant Seigneur qui écrase, mais bien celui dont on peut toucher, voir et entendre toute cette vie qui vibre en Lui, toute cette vie de Dieu faite si proche de nous. Mais, Jésus est d'autant plus petit, il est d'autant plus bébé ou enfant, quand Il fait face à la détresse du monde, quand Il fait face à la souffrance et à la mort. Il est petit sur la croix. Ainsi se dessine alors pour nous, le signal du prophète Isaïe qui dit bien que ce signal sera "dressé à la face de toutes les nations", pour que nous trouvions notre chemin.

Oui, célébrer Noël c'est commencer à célébrer l'aventure de Dieu parmi les hommes, et cette aventure de Dieu parmi les hommes n'est pas l'aventure d'un Dieu qui vient nous écraser de sa présence omnipotente, mais bien celle d'une présence du plus petit, de la naissance jusqu'à la mort. Alors, invités avec Jean-Baptiste à préparer les chemins du Seigneur, reconnaissons qu'aujourd'hui le Salut de Dieu s'opère pour nous-mêmes dans ce qu'il y a de plus fragile et de plus petit dans nos vies, et que le Salut de Dieu s'opère dans le cœur de nos frères parce que eux aussi, sont à l'image du Christ. Nous n'avons pas à arriver avec toutes nos prétentions, notre savoir et notre orgueil, mais bien reconnaître que nous sommes humbles et petits, face au mystère qui se dessine dans le cœur de chacun de nos frères. Ainsi, nous trouvons bien le chemin. Le chemin de la crèche est aussi le chemin de la croix et toutes nos souffrances, toutes nos morts et toutes nos fragilités nous disent peut-être notre petitesse, mais c'est aussi le signal dressé que c'est le lieu où Dieu nous sauve.

 

AMEN

 

 
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