AU FIL DES HOMELIES

LE TÉMOIGNAGE DE JEAN-BAPTISTE

Is 8, 5-8 ; Jn 1, 19-28

Vendredi de la première semaine de l'Avent – C

(6 décembre 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e témoignage de Jean-Baptiste est constam­ment témoignage d'humilité, celui de quel­qu'un qui s'efface devant "Celui qui vient après" lui et qu'il avait pour mission de manifester au peuple. "Non, je ne suis pas le Christ ! Je ne suis pas le Prophète". Et pourtant Jean était "le plus grand des prophètes. Je ne suis pas Elie" dont on a dit qu'il viendrait au-devant du Messie. "Je suis seulement une voix". Et plus tard il dira : "Celui qui a l'Épouse, est l'Époux. Pour moi je ne suis que l'ami de l'Époux." J'ai introduit l'épouse auprès de l'Époux. "Je me tiens là, à la porte de la chambre nuptiale, j'entends la voix de l'Époux et cette voix me remplit de joie. Il faut qu'Il grandisse et que moi, je diminue !"

Voilà donc que Jean-Baptiste nous introduit dans un mystère d'effacement, d'humilité. Celui qui est le plus grand des prophètes, celui qui a eu le pri­vilège d'accomplir l'Ancien Testament en montrant au peuple le Christ, fruit de la promesse faite à Abraham, renouvelée à David, celui dont Jésus dira que "il n'y a pas eu plus grand que lui parmi les enfants des fem­mes", celui-là se contente d'être une voix qui, ayant accompli sa mission, s'efface et se retire. C'est l'invi­tation que nous donne Jean à avoir dans toute notre action, même la plus haute, même l'action apostoli­que, même quand nous sommes chargés d'introduire les autres auprès du Seigneur, même quand par grâce nous sommes l'occasion, le catalyseur de la conver­sion de nos frères, dans toutes ces circonstances Jean nous invite à nous effacer, laisser ce qui est décisif, important, avoir le devant de la scène, et nous-mêmes nous effacer, nous écarter, n'être plus qu'une transpa­rence au travers de laquelle ils peuvent aller à l'essen­tiel.

Aussi bien cette humilité de Jean-Baptiste, cet effacement de Jean-Baptiste n'est pas simplement un acte de vertu. C'est aussi un enseignement et non pas seulement un enseignement sur la manière dont nous devons nous comporter, ce n'est pas simplement un enseignement moral. C'est aussi une lumière sur le mystère de Dieu car si le mystère de Dieu est ouvert "aux petits et aux humbles" et s'il est incompréhensi­ble "aux puissants et aux orgueilleux", ce n'est pas simplement parce que Dieu voudrait favoriser les petits et punir ceux qui se prennent trop au sérieux, mais c'est parce que le mystère de Dieu est un mys­tère infiniment fragile et secret et petit, et qu'il faut se faire petit pour être capable d'entrer en communion avec ce mystère de Dieu.

Jean-Baptiste ne se contente pas de nier qu'il soit le Messie, un grand prophète. Il annonce aussi Jésus. Et comment l'annonce-t-il ? "Au milieu de vous se tient Quelqu'un que vous ne connaissez pas !" le Messie ne vient pas à grand fracas. Le Messie ne vient pas entouré ou précédé d'une cohorte qui sonne­rait des trompettes pour prévenir tout le monde de sa venue. Le Messie est au milieu de nous comme quel­qu'un que nous ne connaissons pas. Et ce qui était vrai de la venue de Jésus au temps de Jean-Baptiste est vrai encore de toute expérience spirituelle que nous faisons aujourd'hui. Dieu vient en nous comme quel­qu'un que nous ne connaissons pas. Dieu vient dans notre vie en secret et ceci recoupe ce très bel oracle d'Isaïe que nous avons entendu tout à l'heure dont la phrase-clé est la toute première : "Ce peuple n'a pas prêté attention aux eaux de Siloë qui coulent douce­ment. Alors viendra sur eux la tempête et le torrent qui débordera et qui écrasera tout". Ce torrent, cette tempête ce sont les forces humaines, les soldats, les troupes du roi d'Assur qui vont venir écraser Jérusa­lem. La source de Siloë ne bouillonne pas, mais surgit imperceptiblement à la surface de la terre. Il y a une nappe d'eau et, petit à petit, cette source apporte dou­cement quelques gouttes d'eau de plus. Il faut prêter une attention soutenue sinon, on n'a pas l'impression d'être en face d'une source mais seulement d'une pe­tite mare. C'est pour Isaïe le signe de la présence de Dieu car la présence de Dieu n'est pas bruyante, elle n'est pas envahissante. Dieu ne se fait pas remarquer. Il ne vient pas en brisant les portes ni en sonnant de la trompette. Dieu vient secrètement, silencieusement, comme les eaux de Siloë qui coulent doucement. Et Jésus est venu comme quelqu'un qui est parmi nous et que nous ne connaissons pas.

Il faut donc que nous sachions être assez pe­tits, assez silencieux, assez humbles, assez recueillis dans le fond de notre cœur, pour percevoir cette eau qui coule doucement, pour reconnaître Celui que nous ne connaissons pas, pour entendre la voix silencieuse de Celui qui parle dans le secret. L'humilité n'est pas seulement une vertu, c'est une condition nécessaire pour nous approcher de Dieu car Celui que d'une ma­nière un peu fanfaronne nous nous plaisons à appeler le Dieu tout-puissant, est en réalité le tout-petit. Dieu c'est Celui qui est le maître du silence et du secret.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2021 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public