AU FIL DES HOMELIES

L'ARCHE D'ALLIANCE

2 S 6, 12-22

(22 décembre 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Montmort : Tour de David et porte d'or 

A

près que Moïse eût reçu de Dieu la Loi, il construisit sur l'ordre de Dieu une arche, c'est-à-dire un coffret de bois précieux pour contenir les Tables de la Loi, la manne, c'est-à-dire pour contenir les traces de la présence de Dieu, et pour être le témoignage de cette présence, pour être le lieu de rencontre entre Dieu et son peuple, le signe de l'Alliance entre Dieu et son peuple.

Cette Arche d'Alliance s'est déplacée pendant quarante années à travers le désert, au milieu des enfants d'Israël. Guidés par la nuée qui s'élevait ou s'abaissait au-dessus de l'arche d'Alliance, les enfants d'Israël campaient ou levaient le camp sur l'ordre de la nuée manifestant la volonté de Dieu. Quand la nuée s'élevait, ils prenaient l'arche et ils partaient. Quand la nuée s'abaissait, ils posaient l'arche et campaient autour d'elle. Et ainsi pendant quarante ans, Dieu à travers le signe de l'arche était présent au milieu de son peuple, présent à travers les routes du désert, à travers l'épreuve du désert, à travers ce temps des fiançailles qu'était le temps du désert pour le peuple d'Israël, ses fiançailles avec Dieu. Et l'arche conduisait le peuple à travers le désert, vers la Promesse, vers la Terre Promise.

       Et un jour, Moïse étant mort sur le mont Nébo, et tous les Israélites sortis d'Égypte avec lui étant morts eux aussi, car à un moment ils avaient douté de la miséricorde de Dieu, c'est pourquoi ils ne pouvaient pas entrer dans la terre promise, mais seulement la léguer à leurs enfants, un jour Josué ayant succédé à Moïse à la tête du peuple, sur l'ordre de Dieu, fait entrer le peuple dans la terre promise. Et pour traverser le Jourdain qui barrait l'entrée Josué fait descendre dans le fleuve les prêtres porteurs de l'arche. Et dès que les pieds des prêtres eurent touché les eaux du Jourdain, celles-ci s'arrêtèrent et les prêtres purent passer à pied sec. Et s'installant au milieu du lit du fleuve, la présence de Dieu contenait le cours du fleuve pour que son peuple, le peuple de l'Alliance, puisse entrer et prendre possession de cette terre promise.

       Toujours à la tête du peuple, après avoir fait sept fois le tour des murailles de Jéricho, l'arche vit s'effondrer les forteresses et le peuple peut prendre la ville. Et ainsi de ville en ville, ils se sont installés dans la terre que Dieu leur avait promise. Et durant plusieurs siècles l'arche allait et venait au milieu des enfants d'Israël, de tribu en tribu s'arrêtant ici ou là, passant quelque temps dans un sanctuaire à Silo ou à Sichem, puis allant plus loin. Et les enfants d'Israël étaient en quelque sorte remplis par cette présence mouvante de Dieu qui allait et venait parmi eux, comme Il allait et venait aux premiers jour à la brise du soir dans le premier paradis. Dieu avait bien conduit son peuple dans une terre nouvelle qui était, en quelque sorte, un paradis nouveau, tout au moins l'ébauche de ce nouveau paradis.

       Mais les enfants d'Israël n'étaient pas suffisamment attentifs à cette présence de Dieu au milieu d'eux. Ils se servaient de l'arche comme d'une sorte de talisman. Ils imaginaient que la présence de l'arche leur assurait la victoire à tout coup sur leurs ennemis, même s'ils n'avaient pas purifié leur cœur, même s'ils n'avaient pas recherché la volonté de Dieu. Et un jour, cette arche fut prise, emportée par l'ennemi, par les philistins. Israël s'est trouvé dépossédé de la présence de Dieu, appauvri et seul. Et voilà que, un jour, Dieu éveillera le cœur de David, plusieurs siècles après. David, choisi par Dieu comme son Bien-aimé comme son nom l'indique, pour être le roi d'Israël, David conquerra la ville de Jérusalem, la ville de la tendresse de Dieu pour en faire la capitale de son royaume. Mais David ne voulait pas que cette capitale soit uniquement une capitale politique, il comprenait que ce n'était pas à ce niveau-là que se situait le mystère. Il fallait que cette ville soit la ville de Dieu. Et dans son cœur naquit ce désir et cette pensée de faire monter l'arche de Dieu dans la ville de Jérusalem, cette arche qu'on avait perdue, qu'on avait oubliée, dont les philistins s'étaient débarrassés parce qu'elle leur portait malheur, et qui avait atterri dans une obscure ferme, quelque part dans la campagne. David, tout à coup, se soucie de l'arche et il va en grande liesse chercher l'arche du Seigneur pour la faire monter au cœur de son royaume, au cœur de sa ville, au cœur de sa capitale, pour qu'elle soit véritablement, de nouveau, le centre d'Israël, le lieu de la présence de Dieu au milieu d'Israël.

       C'est le récit que nous avons lu tout à l'heure où David, dansant éperdument devant l'arche du Seigneur, dansant devant le Seigneur et pour le Seigneur, David faisait monter l'arche jusqu'à Jérusalem.

       Si nous avons lu ce texte et si je vous parle maintenant de l'arche d'Alliance c'est parce que toute la tradition chrétienne de l'Église a reconnu en Marie l'arche véritable. C'est Marie qui porte en son sein, non plus seulement les vestiges de la présence de Dieu, non plus seulement les tables de la Loi ou un peu de manne, en souvenir des merveilles de Dieu, mais elle porte Dieu Lui-même, Dieu fait homme, son Enfant, le Fils du Père. Elle porte en elle la manne véritable, le pain de vie, le pain vivant. Elle porte en elle la Loi véritable, le commandement nouveau, Celui qui nous apporte l'accomplissement de toute loi dans cet amour dont Il est la source et qu'Il répand dans nos cœurs. Elle porte en elle Dieu qui est venu rendre visite aux hommes. Et Marie, arche d'Alliance, non seulement nous fait entrer, par cette Incarnation en elle du Fils de Dieu non seulement nous fait entrer dans le paradis nouveau, non seulement nous fait entrer dans la terre promise, mais encore elle parcourt cette terre promise.

       C'est le sens de ce passage de l'évangile de la Visitation. Marie qui porte en elle l'Enfant de Dieu va, à travers le peuple, à travers le terre promise comme autrefois l'arche d'Alliance qui allait de tribu en tribu, elle va pour rendre visite à Elisabeth, à Qiryat-Yearim tout près de Jérusalem, tout près de l'endroit où David avait retrouvé l'arche pour la faire monter dans sa ville. Marie va apporter le Seigneur, la présence véritable du Seigneur à Elisabeth et Jean-Baptiste, comme autrefois l'arche allait et venait à travers le peuple pour lui apporter la présence de Dieu. Et quand Marie arrive devant Elisabeth, Jean-Baptiste comme un nouveau David, se met lui aussi à tressaillir et à danser de joie. Ainsi Jean-Baptiste devient véritablement prophète de la venue de Dieu parmi les hommes. Ce que David avait entrevu de loin, ce que les prophètes n'avaient cessé d'annoncer au cours des siècles, Jean-Baptiste le voit de ses yeux, il le sent avec son cœur, il en éprouve l'allégresse dans son corps en train de se former dans le sein de sa mère. Et déjà par cette danse dans le sein d'Elisabeth il est déjà le prophète, il est déjà l'annonciateur ultime de la venue de Jésus.

       Marie arche d'Alliance, Marie portant en elle le Fils de Dieu, c'est le mystère de Marie en ce temps de l'Avent. C'est un des aspects du mystère de Marie pour toujours. Marie est celle qui porte le Fils de Dieu, celle qui nous apporte le Fils de Dieu, celle qui nous donne à tout instant notre Sauveur. C'est elle qui nous rend visite, non pas seulement pour venir à nous, mais pour que, à travers elle, Dieu nous rende visite. Toute visite de Marie toute visitation de Marie est une visitation de Dieu, car Marie s'efface devant Celui qu'elle porte, comme sur les icônes où l'on voit, comme ici, Marie transparente, avec en son sein l'Enfant, le Fils de Dieu. Elle n'est qu'un miroir qui nous présente ce qu'elle porte en elle, c'est-à-dire la présence de Dieu.

       Et la liturgie nous annonce encore un autre mystère, au seuil duquel je vais m'arrêter : c'est que Marie n'est pas seulement l'arche qui apporte le Fils de Dieu et qui nous fait entrer dans la terre promise et qui parcourt la terre promise. Comme nous l'avons chanté, Marie est aussi la terre promise, elle est aussi le paradis nouveau. Marie, elle est l'Eglise, l'Église qui marche aujourd'hui vers son Seigneur et aussi l'Église arrivée auprès de son Seigneur, dans la plénitude de la joie, quand l'Église sera, à l'image de Marie, avec Marie, le paradis dans lequel se repose Notre Seigneur et notre Bien-Aimé.

       AMEN

 

 
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