AU FIL DES HOMELIES

MARIE, MÈRE DE DIEU

2 S 6, 12-22 ; Lc 1-26-38

Vigiles du quatrième dimanche de l'Avent – B

(20 décembre 1981)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saint Jean de Malte : Crèche 2008-2009

A

 

près avoir tourné nos regards vers le retour du Christ à la fin des temps, nous nous sommes en quelque sorte au cours de cet Avent, glissés dans l'attente du monde, dans l'attente de la venue de Celui qui est le désiré des nations. Cette attente, nous l'avons vécue avec les patriarches et les prophètes, avec Jean-Baptiste. Aujourd'hui, c'est plus particulièrement avec la vierge Marie que nous vivons cette attente du Christ. Et le mystère qui est célébré en ce quatrième dimanche de l'Avent, est un mystère particulièrement intime, particulièrement intérieur parmi les mystères de la vierge Marie. Nous avons l'habitude de célébrer les mystères de Marie qui l'ont préparée à son rôle de mère de Dieu, qu'il s'agisse de sa conception immaculée, de sa nativité ou de sa présentation au Temple ou encore de l'Annonciation et de la Naissance de Jésus que nous célébrerons en la nuit de Noël et plus encore le premier janvier en la fête de Marie, mère de Dieu. Ou encore nous célébrons les mystères qui, pour Marie, découlent de cette maternité divine, qu'il s'agisse de son intercession aux Noces de Cana, de sa Compassion au pied de la croix ou de son Assomption bienheureuse auprès de son Fils ressuscité.

Aujourd'hui, le mystère qui nous est proposé est un mystère plus secret, plus caché. C'est celui de Marie portant dans son sein, dans sa chair le Fils de Dieu, non encore révélé au monde, non encore manifesté à la lumière de la terre, le Fils de Dieu enfoui au fond de la chair de Marie, ces neuf mois pendant lesquels Marie a connu, avec le Verbe de Dieu, cette intimité inimaginable qui est celle de la mère avec l'enfant qu'elle porte en elle, cette intimité qui n'est pas seulement physique ou biologique, mais qui est déjà un échange d'âme à âme, de cœur à cœur, puisque aussi bien les pressentiments de notre foi sont confirmés par les découvertes ou les opinions médicales des savants de nos jours, qui nous disent qu'il y a déjà entre l'enfant et la mère qui le porte en son sein, des échanges d'ordre psychologique. Et dans le cas de Marie et de Jésus, comme d'ailleurs dans le cas de toute mère avec son enfant, nous dirons non seulement psychologique mais vraiment spirituel. La mère ne se contente pas de nourrir de son sang l'enfant qu'elle porte en son sein, mais elle nourrit aussi de son âme, de son cœur, de ce qu'il y a de plus profond dans son être. Et se noue à ce niveau que personne ne peut atteindre, pas même celle qui le vit, se noue à ce niveau un échange, une communion, une intimité qui dépasse tout ce que l'on peut dire, tout ce que l'on peut expliquer. Et quand il s'agit non seulement d'une maman portant son enfant, mais de Marie, portant son enfant qui est le Fils de Dieu, qui est Dieu en personne, qui est le Verbe, alors nous sommes muets devant l'immensité de ce mystère.

Bien sûr Marie n'a jamais pu traduire en paroles ce que fut cette expérience spirituelle, c'est bien impensable, bien impossible. Et même les confidences qu'elle a pu faire à tel ou tel apôtre, comme par exemple à saint Luc dont il s'est ensuite servi pour écrire cet évangile de l'enfance, même ces confidences-là demeurent infiniment loin de ce qu'elle a vécu et qu'elle n'aurait pas pu même conceptualiser. Mais pensons à cette femme qui, pendant ces longs mois, a porté Dieu en elle. Dieu, chair de sa chair, Dieu, sang de son sang, Dieu, à tout instant recevant la vie de sa propre vie, Dieu qu'elle sentait tressaillir, grandir, se développer, devenir plus pleinement ce qu'il devait être comme enfant d'homme. Dieu ainsi opérait cette union inimaginable entre sa nature divine et la nature humaine, tout cela dans le creuset de son propre sein. Mystère de silence, mystère d'une joie profonde que personne ne pourra jamais découvrir ni dire, d'une joie qui fait partie de ces mystères qui nous seront révélés dans l'éternité quand toutes choses deviendront transparentes dans la lumière éblouissante de Dieu, quand toutes les facettes de ce plan de Dieu nous deviendront évidentes.

A ce moment-là, sans doute, dans la lumière de la gloire de Dieu, nous connaîtrons tout, même cela. Mais pour l'instant, quel abîme de splendeur, quel abîme de simplicité, en même temps, quel abîme de douceur, quel tressaillement de crainte et d'allégresse, de joie et en même temps de pauvreté. Car Marie savait à quel point elle était le théâtre de quelque chose qui la dépassait infiniment de toute part. Comment aurait-elle pu se croire capable de donner quoi que ce soit à Celui qui l'avait créée, à Celui qui avait créé tous les mondes et elle petite créature perdue au milieu de l'immensité de cet univers créé ? Oui, son créateur était dans son sein et elle lui donnait elle-même de sa propre chair, de son propre être, de sa propre vie.

Frères et sœurs en ce quatrième dimanche de l'Avent, je crois que nous devons rester dans l'adoration devant cette incarnation, Dieu en train de se faire. Nous avons l'habitude de la contempler dans le Christ né comme un enfant, grandissant comme un homme, dans le Christ en qui l'union des deux natures est accomplie. Je dirais que là, nous la saisissons au moment où elle se fait, au moment où elle se façonne, où s'interpénètrent la divinité et l'humanité de Jésus en un seul être fait de deux natures, mystérieusement unies, indissolublement unies, dans une communion parfaite, absolue et tout cela dans le cœur, dans le sein de Marie. Que nous soyons remplis d'admiration, de joie, de bénédiction pour Dieu devant ce don qui a été fait à l'humanité qu'une fille des hommes puisse connaître pareil mystère en son propre être.

 

AMEN

 

 
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