AU FIL DES HOMELIES

NOTRE DIEU EST UN DIEU VOYAGEUR

Lc 1, 39-45

Vigiles du quatrième dimanche de l'Avent- C

(19 décembre 1982)

Homélie du Frère Michel MORIN


Colline d'Aïn-Karem


N

ous le savions depuis longtemps : Dieu n'est pas sédentaire ni casanier. Il est nomade. Notre Dieu est un Dieu voyageur. Nous le savions depuis ce moment où il a appelé Abraham et lui a dit qu'il le conduirait dans une terre que Lui-même lui montrerait, donc Il a précédé Abraham depuis la Chaldée jusqu'en Palestine. Dieu est un Dieu voyageur et Il a sûrement dû prendre plaisir ce jour lorsque son arche, l'arche de sa présence a été emmenée, depuis la maison d'Obed-Edom non loin de Jérusalem jusqu'au cœur de la cité du roi David. C'était un voyage triomphal. Il y avait les danses, les tambourins, les danseuses, le roi, la musique et le repas, repas de couronnes de pain, de dattes et de gâteaux de raisins. Mais ce voyage était relativement court.

Celui qu'il fit depuis la Galilée jusque sur les hauteurs du pays de Judée était plus long. Avec la vierge Marie qui le portait, ce fut un voyage extrêmement discret, sans trompettes ni chants, sans tambourins ni danses. La Vierge est partie en hâte, c'est-à-dire quasiment seule et elle a parcouru rapidement la centaine de kilomètres qui la séparait de la maison d'Élisabeth. Et je me plais à penser qu'elle est arrivée chez Élisabeth, très tôt le matin, peut-être même durant la nuit et qu'elle s'est assise sur la marche de la maison, car il est dit au livre de la Sagesse que "le Juste qui cherche la sagesse la trouvera assise avant l'aurore à la porte de sa maison." Et ce matin-là, Elisabeth a trouvé Marie portant dans son corps la Sagesse incarnée, assise depuis l'aurore à la porte de sa maison et elle a vu cette lumière qui se lève sur le Juste, cette lumière que nous chantions tout à l'heure dans le psaume.

Alors, la Vierge est entrée dans la maison d'Élisabeth et elles se sont saluées d'allégresse, elles se sont saluées dans la reconnaissance, dans la foi, dans l'espérance et dans la joie. Et puis, probablement, puisque c'était une fête pour elles, comme au temps du roi David, elles ont partagé la couronne de pain, le panier de dattes et le gâteau de raisins.

Mais le chemin du Seigneur n'était pas fini. Et même tous ces chemins qu'il a parcouru avec son peuple, sur cette terre d'Orient, c'était bien peu de choses par rapport au chemin qu'il allait désormais prendre, le chemin du Salut dans le cœur des hommes. Chemin beaucoup plus long, beaucoup plus tortueux, beaucoup plus obscur, beaucoup plus difficile car le cœur de l'homme est encore plus compliqué et beaucoup plus difficile à parcourir que le désert du Sinaï ou les collines de Palestine.

Et aujourd'hui, et bien, je crois que le Seigneur voyage encore. Il voyage, non plus de façon triomphale comme au temps de David, mais de façon discrète et cependant en hâte, comme au temps de la vierge Marie. C'est l'Église qui porte en son sein la Sagesse incarnée. C'est l'Église qui porte dans son cœur la présence de Dieu. Et elle doit se hâter sur les collines du monde, à travers les pays géographiques comme à travers le pays du cœur de l'homme, elle doit se hâter, puis, quelle que soit l'heure où elle arrive, s'asseoir à la porte de la maison de l'homme et attendre que ceux-ci, s'ils sont justes, veuillent bien ouvrir leur porte pour accueillir dans leur cœur et dans leur maison la Sagesse qui est là, assise auprès d'eux, bien avant l'aurore, bien avant qu'ils se soient réveillés de la nuit de leurs ténèbres ou de leurs péchés.

Il est dit au livre des Proverbes que "On ne peut pas contenir dans son sein le feu sans que celui-ci enflamme ses vêtements". Nous chantions tout à l'heure cette vierge Marie en qui demeure une flamme ardente. Le roi David a dansé d'allégresse à cause de la présence de Dieu. La vierge Marie a laissé brûler dans son cœur et dans sa chair cette présence de Dieu et elle a donné le feu de cette allégresse et de ce Salut à sa parente Élisabeth.

Et aujourd'hui l'Église porte en elle, porte dans son sein, ce feu de l'amour de Dieu. Est-ce que ses vêtements brûlent ? Est-ce que ce feu est suffisamment fort, pour que ses vêtements brûlent et pour qu'elle parte, en hâte, rejoindre le monde de l'obscurité ? Nous chantions tout à l'heure le psaume 95 : "Chantez pour le Seigneur le cantique nouveau, chantez pour le Seigneur toute la terre, chantez pour le Seigneur et bénissez son nom, annoncez de jour en jour la nouvelle de son salut. Proclamez sa gloire auprès des païens, chantez ses merveilles parmi tous les peuples." Puisque nous allons célébrer Noël, célébrons Noël dans le cœur de l'Église, dans la joie, dans la musique, dans les chants, dans la foi et l'espérance, mais laissons brûler nos vêtements et notre cœur pour qu'une grande lumière paraisse sur le peuple de ce pays qui marche dans les ténèbres afin qu'il croie lui aussi dans l'accomplissement de la Parole qui lui a été donnée.

 

AMEN

 
Copyright © 2020 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public