AU FIL DES HOMELIES

L'ARCHE D'ALLIANCE

2 S 6, 12-22 ; Lc 1, 26-38

Vigiles du quatrième dimanche de l'Avent – B

(20 décembre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

ans cette dernière étape de notre préparation au mystère de Noël, nous sommes invités ce soir à méditer sur le mystère de Marie à tra­vers une image, une figure assez étrange, celle de l'Arche d'Alliance. L'Arche d'Alliance, c'est un meu­ble, c'est un meuble étrange. C'est une sorte de coffret en bois précieux avec, sur chaque côté, des anneaux dans lesquels on passe des barres pour le transporter. Au-dessus un couvercle sur lequel sont fixées deux figures, dans une tradition où pourtant il ne fallait figurer aucun vivant, deux chérubins aux ailes dé­ployées. A l'intérieur se trouvent les tables du Témoi­gnage.

On nous dit que Marie est "l'arche de l'Al­liance Nouvelle". Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? A première approximation, c'est assez simple. La Loi, Parole de l'Alliance ancienne était contenue dans le coffret, gardée dans le saint des Saints au Temple de Jérusalem. La Loi nouvelle, le Verbe de Dieu, la Parole éternelle de Dieu, l'Alliance nouvelle est gardée, neuf mois durant, dans le sein de la vierge Marie. C'est vrai. Pourtant je voudrais méditer avec vous le fait que cette Loi de l'ancienne Alliance, cette Parole gravée sur la pierre était enfouie dans un coffret. Or, quand on veut comprendre le mystère de la Parole, en Israël, il faut faire, au moins, référence à trois choses.

La première chose, la plus évidente, la plus claire, la plus simple, c'est précisément les dix Paroles inscrites sur les Tables de la Loi. Dix paroles gravées sur la pierre. Dix paroles tellement précieuses, parce qu'elles ont été données à Moïse sur le Mont Sinaï et que, d'une certaine manière, elles sont comme la co­lonne vertébrale de la foi d'Israël. Pourtant, s'il n'y avait que ces dix Paroles, Israël serait une sorte de religion du Livre, du livre mort, de la trace qui n'est qu'un souvenir ou de la pierre gravée qui n'est qu'un document. Précisément, le mystère de la Parole, en Israël, le mystère de ce surgissement de toute parole c'est qu'il n'y a pas simplement que des traces gravées sur la pierre, et qu'à plusieurs reprises dans l'Ancien Testament, on prend bien soin de nous montrer que la Parole est cachée mais qu'en réalité elle fait référence à deux autres choses.

La première c'est le nom même du Seigneur, ce nom qui a été révélé à Moïse et qui, lui, n'est pas écrit, n'est pas gravé sur les Tables de la Loi. Le nom reste le secret du cœur d'Israël. Le nom n'est gardé que dans la mémoire d'Israël, que dans la mémoire vivant d'Israël en présence de son Dieu. C'est pour­quoi le nom de Dieu ne peut être prononcé qu'une fois par an, lorsque le grand-prêtre s'avance dans le sanc­tuaire et qu'à ce moment-là, il proclame le nom du Seigneur Dieu d'Israël, pour demander pardon à Dieu de tous les péchés du peuple. Premier correspondant extérieur aux Paroles qui sont contenues dans l'Arche d'Alliance.

Mais il y a un deuxième élément. C'est préci­sément le couvercle, ce que la tradition biblique ap­pelle le "propitiatoire" un mot dont on ne sait pas très bien l'origine mais qui désigne le dessus du coffret avec les deux anges. Or dans la Loi, il est dit que c'est de l'espace au-dessus du couvercle, entre les deux anges, que Dieu donne sa Parole vivante C'est le mystère de la vie de la Parole. La Parole est cachée à l'intérieur, mais elle est vivante, comme si elle sortait dans la présence des anges, dans la présence du grand-prêtre. Et cette Parole, quand elle se fait vie pour Israël, est essentiellement miséricorde et pardon. Au fond, c'est étrange, mais tout se passe comme si, dans le mystère même de la Parole de Dieu, adressée à Israël, la Parole, au cœur même d'Israël, avait quel­que chose de trinitaire. La Parole gravée dans la pierre, le nom imprononçable et le lieu de la mani­festation, le moment où la Parole se fait Parole vive pour atteindre le cœur du peuple. Bien sûr, ce n'est pas encore une révélation du mystère trinitaire de Dieu, et pourtant, comme c'est étonnant de voir cette triple articulation du mystère de Dieu qui parle et qui révèle à son peuple, Israël, l'intime de sa présence : un Dieu qui appelle par les dix Paroles, un Dieu qui demeure au cœur de son peuple, au cœur de sa création, par le mystère de son nom, un Dieu qui manifeste sa présence vivante entre les deux chérubins, comme d'un espace qui est pour le peuple, miséricorde et pardon.

C'est cela le mystère de l'Arche d'Alliance. Il ne faudrait pas simplement la réduire à une sorte de coffret dans lequel on aurait gardé religieusement les reliques d'un passé. Au contraire, l'Alliance est comme le garant que toute parole qui va être dite en Israël, parole de louange comme lorsque David exulte et danse devant l'Arche, parole de prophétie lorsque chacun des prophètes est allé recevoir sa vocation dans le saint des Saints et que les chérubins leur ont brûlé les lèvres, toute parole de la Loi qui est le dé­veloppement et le déploiement des dix Paroles enfer­mées dans le coffret, toute parole de consolation, toute parole d'espérance, toute parole de la révélation de l'Ancienne Alliance a sa garantie dans cette triple articulation du nom, des dix Paroles et de l'espace vivant d'où Dieu parle.

Or il est arrivé qu'un jour ce mystère si étrange de la Parole vive entre dans notre condition humaine, que la Parole qui, jusque-là était adressée à Israël dans le mystère même de cette présence du saint des Saints, cette Parole s'est faite chair dans le sein de la vierge Marie. Alors on a retrouvé le même mystère. C'est le dévoilement du nom, le nom de Jé­sus, "Emmanuel, Dieu-avec-nous, Il sera grand, Il sera Fils du Très-Haut". C'est aussi le mystère du propitiatoire, cet endroit qui enveloppe l'Arche entre les ailes des chérubins et d'où Dieu parle pour annon­cer la miséricorde et le pardon à son peuple "La Nuée du Très-Haut te couvrira de son ombre". C'est le mystère de cette Parole vivante de Dieu qui est gravée dans la chair de Marie.

Il y a une continuité absolue entre l'Arche d'Alliance et la vierge Marie. Ce qui fait d'ailleurs la continuité, ce n'est pas simplement la similitude des images, c'est l'unique souci de Dieu d'habiter au milieu de son peuple. Pour nous, Marie restera toujours l'Arche d'Alliance. Elle est la première, "la première en humanité" qui a accueilli vraiment, dans sa personne et dans sa chair, le mystère de la manifestation divine. C'est pour cela que, par elle et avec elle, nous prions le Seigneur Tout-puissant. C'est pour cela que, par elle et avec elle, nous nous approchons du mystère de Dieu, et c'est pour cela que, par elle et avec elle, la nuée a envahi le monde entier et que, désormais, cette création est couverte de l'Esprit saint et que, progressivement, jour après jour, elle s'ouvre, même si à certains moments c'est obscur, même si à certains moments on ne le comprend pas, cette création s'ouvre au mystère de la révélation d'un Dieu qui veut nous dire qui Il est.

 

AMEN

 

 

 
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