AU FIL DES HOMELIES

ATTENTE JOYEUSE ET PLÉNITUDE

Lc 1, 39-45

Vigiles du quatrième dimanche de l'Avent – C

(22 décembre 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

S

i je ne me trompe pas, il y a quelques années Jeanne Moreau chantait : "Parlez-moi de moi, il n'y a que ça qui m'intéresse ! Parlez-moi de moi, il n'y a que ça qui me donne de l'émoi !" Alors ce soir j'aimerais vous parler un peu de moi, non pas que cela m'intéresse énormément, mais pour essayer de vous faire partager un sentiment que j'ai longtemps eu et que j'ai peut-être encore, au sujet de ce temps de l'Avent que nous vivons.

Depuis très longtemps, quand arrivait Noël avec ses lumières, ses fastes et son éblouissement, j'étais déçu. Après ce long temps de l'Avent où nous avions médité dans la demi-obscurité, dans les teintes pastel du désir et de la patience, Noël me décevait. C'est vrai que le temps de l'Avent nous est donné pour que s'accomplisse et se réalise en nous la promesse du Seigneur. Et il n'est pas étonnant que les premiers chrétiens aient vécu un temps de l'Avent très prolongé dans les premières années du christianisme car ils avaient compris que le chrétien est celui qui attend, c'est-à-dire qui veille et qui est vigilant pour le retour du Seigneur. Frères, cela n'a pas changé. Le chrétien est toujours celui qui attend. Le Christ peut revenir dans une seconde, une minute, un semaine, un an, mille ans, peu importe, Il revient ! C'est pourquoi le temps de l'Avent doit sans cesse être pour nous le rappel que le Seigneur vient justement accomplir en nous ce qu'Il a promis. Il vient accomplir en nous ce qu'Il a promis mais seulement si nous savons être, à l'image de Marie, Celle qui accueille la Parole pour l'engendrer.

Le temps de l'Avent, nous l'avons peut-être saisi aussi, c'est le temps où Marie attend d'enfanter. C'est le temps où doit se creuser le désir encore plus prégnant de voir le visage de Jésus. Et peut-être l'avez-vous remarqué, durant tout ce temps il y a eu chaque jour une antienne à Marie. Elle donc pour nous, ce soir, Celle qui nous indique comment nous devons vivre cette attente, comment va se réaliser en nous la plénitude de Noël. Avant que l'enfant naisse, il faut qu'il grandisse dans le sein maternel. Avant qu'il naisse à ce monde et que l'on puisse découvrir le visage de l'enfant, il faut qu'il ait pris le tissu humain de sa mère. Avant qu'il fasse la joie de ses parents par son sourire, son regard et ses babillages, il faut qu'il ait été le fruit du désir, du sourire promis. C'est ce temps de l'Avent qu'il nous est donné de vivre. Temps de l'Avent dans notre humanité où nous avons à être comme Marie "Celle qui accueille la Parole." Le chrétien, en méditant la Parole de Dieu, en l'écoutant, en en faisant "une nourriture que l'on mâche, que l'on fait sienne" comme le disent les spirituels, cette Pa­role doit engendrer en nous la plénitude de la venue de Dieu pour tous nos frères.

C'est pourquoi il s'agit de comprendre que, comme Marie, nous avons à être remplis de cette plé­nitude. Très souvent, peut-être l'avez-vous remarqué, les femmes enceintes ont bonne mine. Et bien les chrétiens, même si quelques-uns d'entre nous ont le visage décharné, doivent être réjouis et pleins de la plénitude de Dieu. Nous devons être comblés, comme l'est une mère, d'avoir au cœur de notre personne la source même de notre vie, de notre espérance. C'est pourquoi il ne faut pas tomber dans le travers de cer­tains chrétiens que j'ai entendu dire, ce qui m'a désolé : la foi, ça va, il n'y a pas de problème, mais l'es­pérance, je ne vois pas à quoi ça sert, pourquoi atten­dre quelqu'un que le Christ ait existé cela me suffit, qu'Il revienne, cela m'est égal !Vous comprenez que si notre foi n'avait pas son accomplissement dans ce que, justement nous croyons, dans ce que nous disons être la vraie vie et la source de toute plénitude, alors "notre foi serait vaine".

C'est pourquoi, avec Marie, reprenons cons­cience que c'est pour nous la constitution fondamen­tale du chrétien d'être celui qui, dans une vigile per­manente, est capable à la fois d'accueillir et d'être déjà la révélation de la promesse. Etre comme David en ce passage d'Ecriture où il n'a pas peur de "paraître vil et de s'abaisser aux yeux des hommes" pour l'amour de Dieu. N'avons-nous pas parfois peur de paraître vil et de nous abaisser pour l'amour de Dieu ? Mais je vous assure d'une chose, c'est que l'amour ne peut pas ren­dre vil. L'amour ne peut que faire grandir et c'est pourquoi "nous danserons de joie", nous tressaillirons d'allégresse aux yeux du monde, aux yeux de tous les hommes. Nous nous rendrons vils, s'il nous estime tels mais, parce que nous sommes capables de Dieu comme Marie fut capable d'accueillir Jésus, nous aurons à accepter de dire que l'Église encore aujour­d'hui ne cesse d'accueillir en son sein la plénitude de Dieu qui en nous s'achèvera lorsque nous paraîtrons face à face avec Dieu et qu'avec tous les saints et tous ceux qui auront cru en Lui, nous danserons l'immense ronde de la vie, de la joie, de l'exultation, un chant d'allégresse et d'amour qui nous fera reconnaître que le Seigneur a toujours été tout pour nous.

 

 

AMEN

 

 
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