AU FIL DES HOMELIES

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LE MAGNIFICAT

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56

Jeudi de la quatrième semaine d'Avent – A

(22 décembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Aïn-Karem : Le Magnificat en toutes langues

C

 

haque jour dans l'Église, nous chantons le Magnificat. Chaque jour, dans l'Église, nous reprenons sur nos lèvres le cantique que Dieu a mis sur les lèvres de la vierge Marie, au moment où elle fut saluée par sa cousine Elisabeth comme la Mère du Seigneur. Et c'est normal, c'est nécessaire.

L'existence même de l'Église tient à ce qu'elle peut reprendre pleinement à son compte toutes ces paroles du Magnificat et que, parce qu'elle est constituée dans le corps du Christ autour de la vierge Marie qui est la première des sauvés, qui est la première des croyants, il est indispensable que nous redisions, que nous chantions ce cantique d'actions de grâces. En effet, lorsque Marie chante ce cantique c'est vraiment la parole du prophète Sophonie que nous avons entendue tout à l'heure qui s'accomplissait en elle : "Dieu te renouvellera par son amour". Tout le sens de la vie de Marie c'est d'être renouvelée par l'amour de Dieu. Et renouvelée de façon si radicale que, dès le premier moment de son existence, de sa conception, elle a reçu une chair sans péché. Et toute sa vie a consisté à se laisser sans cesse renouveler, par cet amour de Dieu, jusqu'au moment où, acceptant par son "Oui" la Parole de l'ange, la Parole de Dieu, elle est devenue tout entière Parole du Seigneur en elle. Et, d'une certaine manière, le chant du Magnificat ne lui appartient pas. C'est vraiment Dieu qui parle en elle. De même que Jésus avait fait tressaillir de joie, dans le sein d'Elisabeth, Jean-Baptiste qui ne pouvait pas encore parler, Dieu s'empare de toute l'existence de la vierge Marie pour qu'elle devienne Magnificat.

C'est peut-être le moment le plus bouleversant de son existence où elle s'identifie tout entière, ou plutôt où Dieu l'identifie tout entière à la Parole que Jésus veut proférer, dès le sein de sa mère. Le Magnificat c'est évidemment la louange de la vierge Marie : "Mon âme exalte le Seigneur !", mais en même temps c'est la Parole de Dieu qui parle en son sein, qui parle en elle. Et c'est une parole qui lui est d'autant plus personnelle qu'elle ne lui appartient pas, elle vient du cœur même de Dieu. Le prophète Sophonie ajoutait : "Non seulement il te renouvellera par son amour, mais Il dansera de joie pour toi comme aux jours de fête !" Au fond, ce Magnificat c'est : "Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit, danse mon esprit en Dieu mon Sauveur !" C'est le Christ qui danse dans le sein de la vierge Marie. C'est une parole d'exultation pour la proclamation du salut. C'est la première grande annonce de l'évangile. C'est le Christ qui danse et qui fait danser Jean-Baptiste. C'est le début de cette ronde merveilleuse qui est la ronde du salut, la ronde de tous les enfants de Dieu.

Voila ce que signifie le Magnificat. C'est le moment où Dieu s'empare de toute l'existence de sa Mère, pour lui donner, j'allais dire pour la mettre au pas de cette danse du salut et pour qu'ensuite, tous les membres de l'Église, parce qu'ils font partie de ce corps qui est le Christ, parce que, d'une certaine manière, nous sommes aussi porteurs de Christ : "Nous portons en notre chair comme en des vases d'argile, la grâce de Dieu et la plénitude de l'Esprit qui a été répandu en nous." Depuis ce jour-là, pour que nous soyons vraiment l'Église, il faut que Dieu danse pour nous et en nous comme aux jours de fête, car chaque jour est le "Jour que fit le Seigneur", chaque jour est le "Jour du Seigneur qui vient".

Frères et sœurs, à travers Marie, nous est donnée l'attitude qu'il faut avoir pour entrer dans cette fête de Noël. Il faut laisser danser le Christ en nous, lui laisser cet espace, cette joie, ce bonheur de pouvoir exulter et de pouvoir nous faire exulter. Mais il ne faudrait pas se créer artificiellement des sentiments de joie. Il faut, au contraire, d'abord, laisser le Christ prendre en nous sa véritable place, sa véritable force. Il faut que ce soit Lui qui commence le pas de danse, comme Il l'a commencé dans le sein de la vierge Marie lorsqu'il a voulu y prendre chair, y prendre racine dans notre humanité. Et alors, alors seulement, parce que nous serons renouvelés par son Esprit, par son amour, nous pourrons, nous aussi, danser avec Lui.

 

AMEN

 
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