AU FIL DES HOMELIES

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L'IMPRÉVISIBLE

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17 + 22-25 ; Mt 1, 18-24

Jeudi de la quatrième semaine d'Avent – C

(24 décembre 2009)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Auzon : l'étonnement de Joseph

 

F

rères et sœurs, comme le dit le proverbe bien connu : "c'est au pied du mur qu'on voit le maçon". On pourrait dire : c'est au pied des événements que nous traversons que nous découvrons qui nous sommes. A ces quelques heures qui nous séparent de la fête de Noël, de la messe de minuit, la liturgie nous a invité à explorer deux facettes précédant la nativité. D'une part l'Annonciation à Marie, et d'autre part l'Annonciation à Joseph.

On peut dire qu'avec ces deux récits, l'évangile nous donne quelques pistes pour découvrir comment la plupart du temps, nous, hommes et femmes, nous réagissons face à tel ou tel événement. Qu'est-ce que je veux dire ? Je veux dire qu'au-delà de cet ange qui vient s'agenouiller devant la vierge Marie, comme le rappelle si bien le tableau qui est au fond de cette église, il y a plusieurs manière de réagir face à la surprise et face à l'événement. Il y a ceux qui vont intégrer l'événement non choisi, au point de se l'approprier. C'est ce que fait Ève tout au début du livre de la Genèse plus exactement au chapitre quatrième, verset 1 : "J'ai acquis de Dieu un fils, Caïn". Dans l'extraordinaire de la situation, cette situation est ramenée à ma propre personne, mes propres forces, mes propres capacités. C'est moi.

Et frères et sœurs, et je crois que je ne vais pas vous annoncer quelque chose de nouveau en vous rappelant que lorsque les choses vont bien et que tout se passe très bien, généralement, c'est grâce à notre intelligence, notre savoir faire, nos capacités. On sait dominer la situation. Donc, premier moyen face à une situation : la dominer et la circonscrire.

Et puis, il y a une autre manière de voir les choses, et c'est ce qui se passe avec l'Annonciation à Joseph : face à une situation que je n'ai pas choisie, puisque Joseph n'est pas à l'initiative de ce qui vient de se passer entre Dieu et Marie, je peux choisir d'exclure. Je peux dire : çà je n'en veux pas, cela ne m'appartient pas. D'ailleurs qui aurait reproché à ce brave Joseph d'exclure Marie du plan prévu de la vie conjugale normale et de la flopée de petits enfants riant et courant dans les rues de Nazareth. Personne ne lui aurait jeté la pierre, c'est plutôt à Marie qu'on aurait jeté la pierre.

A ces quelques heures de Noël, je trouve extrêmement intéressant de faire un peu un black-out, parce que nous, nous connaissons la fin de l'histoire forcément, et de regarder les choses avec un œil neuf et peut-être de méditer sur la manière dont nous-même nous accueillons certains événements de notre vie, événements que nous n'avons pas toujours choisi. Est-ce que nous essayons de les contrôler, au point d'en oublier peut-être le caractère surprenant, le caractère divin, ou ce que vous voulez, ? Ou alors, est-ce que face à ce que nous n'avons pas choisi, nous décidons plutôt de les faire ressortir de notre vie, de les exclure en quelque sorte ? Nous pouvons nous dire : ce n'est pas comme ça que ma vie est prévue, et donc, je refuse, non merci, je n'en veux pas.

Je trouve que la réflexion est d'importance. Pourquoi ? parce que cela nous ramène tout simplement à la manière dont Dieu régit le monde et l'histoire. Il est archi faux de dire que les choses sont écrites par avance. Nous n'avons pas à signer en bas d'une page toute une histoire que Dieu aurait déjà écrite dans son coeur. Mais alors, que fait Dieu ? Bien sûr, Dieu dans un premier temps, si vous me passez l'anthropomorphisme, Dieu a été tenté aussi d'exclure le péché de son plan, et c'est le déluge. Le déluge, c'est : rien ne va plus, et Dieu décide de remettre de l'ordre dans le monde pour que plan qu'il avait prévu puisse se dérouler comme il faut. Et c'est pour cela que je trouve très intéressant de mettre en vis-à-vis le déluge et Noël, car que se passe-t-il après le déluge ? Dieu dit : "Jamais plus je n'effacerai les hommes de la surface de la terre". Face à une situation que je n'ai pas voulu, je ne répondrai plus jamais par l'exclusion mais par le fait que je vais assumer la situation que je n'ai pas désiré.

C'est ce que fait Dieu quand il s'incarne. L'Incarnation, c'est le plaisir qu'il prend à boire, à manger, à rire, à marcher sur les routes de Galilée, à assumer la condition humaine jusque dans ce qui n'est pas prévu ou dans ce que nous n'aimons pas. En fait, le pan de Dieu consiste à assumer entièrement ce qui n'était pas prévu au départ et de le transformer et de le mettre dans l'économie du salut.

Frères et sœurs, c'est ce à quoi nous sommes invités à Noël. Bien sûr, il y a le petit enfant Jésus dans la crèche, et toutes choses extrêmement belles que nous aimons nous rappeler et qui sont de l'ordre de l'enfance. Mais ce que nous fêtons à Noël, c'est de nous remémorer certains événements que nous n'avons pas voulu, et devant lesquels nous avons à faire face. Nous le savons d'ailleurs, si la naissance comporte un aspect extrêmement réjouissant, nous savons hélas, qu'il y a un certain nombre d'enfants qui n'ont pas été désirés dans le cœur de leur mère ou même dans le cœur du père. Nous savons trop bien parce que dans notre société combien de femmes se retrouvent effectivement seules avec un enfant parce que tout simplement ( je ne jette la pierre à personne), le père n'a pas réussi à assumer ce qui n'était peut-être pas prévu.

C'est à cela que Dieu nous invite, à ces quelques heures de Noël, simplement de méditer sur notre vie, sur ces événements qui hélas, trop douloureusement reviennent au moment de la période de Noël, où nous sommes censés être tous très heureux, et disant : Seigneur, je te remets ces événements dont je ne sais pas quoi faire, et je te demande de m'aider à les intégrer dans ma vie, et par conséquent dans ta vie, et dans le monde que tu nous as donné.

 

AMEN

 

 

 
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