AU FIL DES HOMELIES

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L'ANNONCE À JOSEPH

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25 ; Mt 1, 18-24

Mercredi de la quatrième semaine d'Avent – B

(24 décembre 1987)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e texte de saint Matthieu que nous venons d'entendre et qui pourrait s'appeler l'annonce faite à Joseph révèle la finesse tactique de Dieu lorsqu'il s'agit de faire comprendre aux hommes le fond même de son mystère.

Jésus est descendant de David par Joseph, c'est-à-dire qu'il est l'héritier de celui qui, dans sa chair, je veux parler de Joseph, était vraiment descen­dant de David. Marie est simplement fiancée à Joseph au moment où elle se trouve enceinte par l'action du Saint Esprit. Il faut précisément la démarche spéciale de l'ange pour arriver à convaincre Joseph de ne pas répudier Marie mais au contraire de l'accueillir, litté­ralement de "la prendre dans sa maison." Cette ex­pression est extrêmement importante car elle signifie qu'à partir du moment où Joseph a pris Marie dans sa maison, elle est effectivement membre de la maison de David. C'est pourquoi Joseph peut l'emmener avec lui à Bethléem pour le recensement.

Qu'est-ce à dire ? le Messie devait être "Fils de David". Cela, tous les prophètes l'avaient annoncé y compris Isaïe : "Voici que la vierge concevra et en­fantera un fils". Cet oracle adressé à un roi descen­dant de David, le roi Achaz, n'en est qu'un exemple. Ainsi on comprend que saint Matthieu, en disciple appliqué et consciencieux, prenne soin de noter les générations qui s'enchaînent pour montrer effective­ment, réellement, la filiation davidique de Jésus. Mais en même temps, il s'agissait de manifester au monde, et d'abord à ceux-là mêmes qui étaient le plus immé­diatement concernés, Joseph et Marie, que le Messie qui venait vraiment de la descendance de David, qui était vraiment héritier des promesses faites à David et à sa lignée, ce Messie, même s'il descendait de David ne pouvait pas provenir de David. Il fallait manifester qu'en réalité le messie venait bien de David mais qu'Il en venait comme un don et comme une grâce.

C'est dire que la venue de Messie que Dieu donnait au monde n'était pas simplement le résultat d'une attente ou d'une espérance d'Israël, n'était pas simplement le résultat d'un contrat passé avec la fa­mille de David, mais que d'une manière bien plus réelle que possible, le Messie venait d'ailleurs : Il venait du cœur même de Dieu. C'est pourquoi le Mes­sie vient vraiment de David puisque, en accueillant Marie dans sa famille, "dans sa maison", Joseph montre toute la grandeur et la dignité de la famille de David qui est capable d'accueillir la promesse, mais en même temps ce Messie vient d'ailleurs, car Il ne naît pas de la chair même de Joseph. Il est conçu de l'Esprit Saint.

C'est précisément le sens profond du texte que nous venons d'entendre. A la fois, toute la promesse de Dieu faite à David est honorée. Vraiment Jésus est fils de David. Par Joseph qui a accueilli Marie "dans sa maison", Jésus est vraiment l'héritier de toutes les promesses et de toute la lignée de David, il est vrai­ment le roi d'Israël. Mais en même temps le salut ne surgit pas exclusivement de la fabrication humaine des générations de David et de tous ses descendants. Le Messie vient d'ailleurs. Il est donné par grâce. C'est le signe même de l'enfantement virginal. Quand la Vierge conçoit et qu'elle enfante un Fils, elle conçoit de sorte qu'aucune réalité humaine ne puisse produire un tel effet. C'est vraiment de la main de Dieu, de l'Esprit de Dieu qu'est donné ce Messie, qu'est donnée la personne de ce Fils, qu'est donnée la personne de ce descendant de David.

Et la grandeur de Joseph dans tout cela, c'et de manifester la dignité de la famille de David. Cette dignité, cette grandeur ne vient pas seulement du fait d'avoir subsister dans une lignée charnelle pendant près de dix siècles. La grandeur de la famille de Da­vid est tout entière concentrée dans cet acte de foi de Joseph qui croit vraiment que le descendant qui lui est ainsi confié vient de Dieu. De la part de Joseph, c'est au nom de tous les héritiers de David l'acte de foi que la promesse de Dieu s'est surpassée dans sa réalisa­tion, que le Messie attendu n'est pas simplement le couronnement d'espoirs humains, mais véritablement l'accomplissement du dessein de Dieu.

Nous sommes maintenant, avec Joseph et Ma­rie, en marche vers Bethléem, vers la cité du Roi Da­vid. Cette cité, c'est le mystère même de l'Église, c'est le mystère même de notre propre existence. Le salut ne vient pas de nous, il vient de Dieu, par nous. L'Église est toujours symbolisée par Marie, celle qui donne le salut à l'humanité qui attend et qui espère l'accomplissement des promesses, mais qui est inca­pable par elle-même de les susciter ou de les provo­quer. Puissions-nous, en nous préparant à ce mystère de la naissance du Sauveur, puissions-nous reconnaî­tre cette double dimension de la fidélité de Dieu qui ne néglige jamais aucune de ses promesses et qui nous fait nous-mêmes "sacerdoce royal", héritiers de David. Mais en même temps, ne méconnaissons ja­mais le don de la grâce, la vierge qui enfante et qui nous donne le salut de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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