AU FIL DES HOMELIES

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NOUVEL ÉLIE

Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 57-66

Jeudi de la quatrième semaine d'Avent – C

(22 décembre 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e messager de l'Alliance annoncé par le prophète Malachie, ce messager de l'Alliance, nouvel Elie que la tradition chrétienne primitive a reconnu dans Jean-Baptiste, ce messager avait une fonction bien précise: Ramener les cœurs des pères vers les fils et les cœurs des fils vers leurs pères." Recréer, au sein d'Israël, au sein des générations qui scandent le rythme de l'histoire d'Israël, recréer une unité, un consensus, un véritable esprit de famille qui est l'Esprit de Dieu. Redonner, dans ce rythme des générations, la présence vivante de la parole de la Loi, des commandements, de l'amour des pères pour les fils et des fils pour les pères, reconstituer, dans toute sa vérité, Israël, par-delà toutes les blessures qu'il avait pu connaître dans son histoire et dans les diverses humiliations qu'il avait dû subir.

Or, au moment où naît ce messager, ce Nou­vel Elie, on a plutôt l'impression qu'il s'agit d'une rupture. Normalement, comme le disent les voisins, il devrait s'appeler du nom de son père Zacharie. Nor­malement ce cœur de fils devrait être tourné vers son père et porter son nom. Jean-Baptiste est tout prêt pour s'engager dans la fonction sacerdotale qui consiste à perpétuer le sacrifice de l'encens au Tem­ple, au moment de la prière. Et pourtant, aucun des membres de la famille n'est d'accord pour lui donner le nom des ancêtres. Il ne s'appellera pas Zacharie, "il s'appellera Jean !" - "Dieu a fait grâce ! Dieu a donné sa faveur !"

Maintenant, nous entrons dans un temps qui n'est plus celui du mémorial mais, celui de l'action directe. Maintenant, nous entrons dans un temps où Israël ne se contentera pas de "se souvenir" (Zacharie signifie "Dieu s'est souvenu"), où Israël ne se conten­tera pas de se souvenir des merveilles de Dieu, (même s'il continue à le faire) mais Israël ne se souviendra des merveilles de Dieu, ne fera mémoire, ne célébrera le mémorial des merveilles de Dieu, que pour se ren­dre compte d'une évidence qui lui crève les yeux : "Maintenant, Dieu a fait grâce !" Ce qui réconcilie le cœur des pères et le cœur des fils, ce n'est pas sim­plement la succession des générations, unifiées par la mémoire ou par le mémorial, ce sera désormais l'agir effectif de Dieu, sa grâce et sa miséricorde et son amour donnés réellement à Israël.

Et c'est ici que Jean commencera véritable­ment l'œuvre qui lui est demandée : "Tourner le cœur des pères vers les fils, tourner le cœur des fils vers les pères." Qu'est-ce que cela signifie sinon ensemble reconnaître, dans la foi, l'agir de Dieu, du Dieu qui a fait grâce, du Dieu qui est venu, du Dieu que Jean-Baptiste pourra montrer à Israël rassemblé autour de lui : "Voici l'Agneau de Dieu ! Voici Celui qui enlève les péchés du monde ! Voici Celui qui a fait grâce !"

Nous aussi, chacun d'entre nous aujourd'hui, pour préparer Noël, reçoit d'une certaine manière le nom de Jean. Nous aussi, nous sommes des signes vivants de la faveur de Dieu et de la grâce de Dieu, même si nous n'en sommes pas toujours dignes, même si, à cause de notre péché et de notre faiblesse, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de la grâce qui nous est faite. Cependant, cette œuvre de ré­conciliation et de communion que le Christ a mani­festée au cœur d'Israël pour toutes les nations, voici que désormais nous en sommes constitués témoins. Et nous qui allons recevoir le corps et le sang de Jésus livré pour nous, souvenons-nous du nom de Jean que Jean-Baptiste avait porté, que d'une certaine manière nous-mêmes nous portons parce que nous avons reçu aussi les signes de cette grâce de Dieu. Et souvenons-nous de la réalité par laquelle Dieu nous a fait grâce, la mort et la résurrection de ce Jésus, dont nous allons fêter la naissance dans quelques jours.

 

AMEN

 

 

 
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