AU FIL DES HOMELIES

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LE DON DU NOM

Is 63, 15 – 64, 3 ; Lc 1, 57-66

Jeudi de la troisième semaine de l'Avent – A

(23 décembre 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Notre-Dame du Sablon - Bruxelles : Zacharie est muet

 

F

rères et sœurs, vous connaissez l'histoire. Élisabeth et Zacharie sont deux juifs très âgés, et dans ce monde-là, ne pas avoir d'enfant, c'est la pire chose qui puisse vous arriver. Un jour, Zacharie qui est prêtre au temple de Jérusalem, au moment où il va offrir l'encens, reçoit une vision et l'ange lui dit : "Tu vas avoir un enfant". Il n'y croit pas, il fait des objections, et l'ange lui dit : "Tu ne parleras plus, tu seras muet". Evidemment, quand on résiste à Dieu, on peut s'exposer à des bricoles ! Zacharie revient, et Élisabeth qui était la stérile, se retrouve enceinte. L'ange avait dit à Zacharie : tu l'appelleras Jean.

Au moment de la naissance, c'est l'évangile que nous venons d'entendre, il se passe une chose extraordinaire. Je crois qu'on peut parler de deux naissances de Jean-Baptiste. Il y a la naissance qui pour nous est évidente, la naissance biologique. Jean-Baptiste est mis au monde par sa mère. Chacun d'entre nous avons eu cette naissance biologique dont nous ne gardons pas beaucoup de souvenir, mais qui a été le moment même comme on dit de notre "venue au monde", c'est-à-dire l'ouverture de notre être à la vie dans la société avec els autres hommes, avec notre famille, avec tout ce qui va constituer le tissu de la vie.

Mais précisément, la naissance biologique ne suffit pas. Et ce que nous raconte ce texte est une histoire très belle : quand un enfant naît, la seule présence de son corps est indispensable. Mais pour qu'il devienne vraiment quelqu'un il faut lui donner son nom. Donc, il y a deux naissances. La naissance du sein de la mère et la naissance par laquelle (dans la mentalité juive on était très sensible à cela), on donne le nom, car à cette époque-là il n'y avait qu'un nom.

Je crois que pour chacun d'entre nous, c'est une chose à méditer. On ne se rend pas toujours compte à quel point le seul fait d'évoquer un prénom, quand c'est un être cher, nous ouvre toute sa présence. Que ce soit durant la vie, que ce soit après la mort, ce prénom porte quelque chose de sacré. Il porte une mission, une identité, une tâche. Pas seulement des souvenirs, mais beaucoup plus que des souvenirs, mais le fait que cette personne, celle-là qui s'appelle "un tel", "une telle", cette personne reste présente à travers son prénom en nous, dans notre cœur, quoiqu'il arrive. Vous le savez, c'est toujours ainsi qu'on commence une conversation téléphonique : c'est toi, un tel, une telle. On n'y pense plus, cela nous paraît tellement banal et simple. Mais en réalité, on veut dire à quelqu'un : toi à qui je parle, tu es tout ce qui sous ce prénom, rassemble tout ce que nous avons partagé. Ici, cela se passe avant même que l'enfant puisse en être conscient, il est nouveau-né. Cela se passe avant même qu'on ait pu construire la vie de cet enfant par le travail, par tout ce qui forme une personnalité. Mais tout est déjà là, c'est Jean. C'est le fait que cet enfant au moment de sa naissance reçoit à travers son père qui est obligé d'écrire sur la tablette parce qu'il est encore muet, et à travers sa mère qui résiste à tout l'entourage qui voudrait qu'on l'appelle comme son père, c'était la tradition, ils disent : non, sa destinée, elle est donnée par Dieu.

Vous comprenez pourquoi chacun d'entre nous nous portons si précieusement le prénom, notre nom de baptême. Là, il s'appellera Jean, mais pour chacun d'entre nous, ce prénom que nous avons reçu au baptême, c'est notre destinée. C'est tout ce que Dieu veut faire en nous, pour nous et par nous. C'est cela qui est gravé dans notre cœur. C'est cela la raison de la prière pour nos défunts, de la prière les uns pour les autres. C'est cela la raison même de notre communion parce que nous sommes ensemble par ce nom de baptême qui nous a constitués dans notre identité.

Pour Jésus, c'est la même chose. Quand il est né à Bethléem, et huit jours plus tard, quand il a été circoncis, on lui a donné son nom. Et ce que nous allons fêter à Noël, c'est à la fois le nom de Jésus-Christ, ce nom qui veut dire : "Dieu sauve", et c'est en même temps notre nom à chacun d'entre nous, chacun d'entre nous est né à la fois par le don de la vie des parents et par le don du nom que nous avons reçu.

Essayons de mieux réaliser à quel point nous ne sommes pas simplement ce que nous sommes parce que nous avons une grosse carte de visite, pas simplement parce que nous savons faire des tas de choses ou que nous avons des diplômes, mais simplement parce que nous portons ce nom qui veut dire le secret de l'amour de Dieu, tel que nous le vivons ou tel que nous l'avons vécu tout au long de notre vie, par l'amour de Dieu qui nous a conduits par la main jusqu'à la joie de son Royaume.

 

 

AMEN

 

 
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