AU FIL DES HOMELIES

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L'ESPRIT, LIEN DES DEUX ALLIANCES

Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 5-25

Lundi de la quatrième semaine d'Avent – A

(19 décembre 1983)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Dans le silence d'un village : AÎn-Karem

C

 

e passage de l'évangile de Luc répond à une question, une question peut-être un peu difficile mais très instructive. Il y a un unique plan de Dieu, depuis la vocation d'Abraham, même avant, depuis la création, depuis la fondation du monde jusqu'à l'accomplissement de toute chose dans la gloire, quand Dieu sera tout en tous. Et cependant, dans cette unique histoire, dans cet unique dessein de Dieu, il y a deux grands moments. Il y a le moment des alliances préparatoires, Abraham, Moise, Noé, David les prophètes. Puis, il y a l'Alliance nouvelle et éternelle. Comment ces deux grands moments, d'une part la préparation, d'autre part la venue du Verbe dans la chair et le salut proposé à tous les hommes par sa mort et sa résurrection, comment ces deux moments se rattachent-ils l'un à l'autre ?

En commençant son évangile, Luc veut nous montrer quelle est la charnière qui unit ces deux réalités, quel est le lien mystérieux entre l'ancien et le nouveau Testament. Ce lien, est l'action de l'unique Esprit. L'Esprit a soufflé depuis la création en tourbillonnant sur les eaux. Ensuite, sans cesse, il a essayé de prendre racine dans l'humanité. Dieu a soufflé sur l'homme au jour de la création. Et quand, par le péché, tout le plan de Dieu a été brisé, l'Esprit n'a cessé de planer et de rôder et de prendre racine, à un moment ou l'autre dans l'histoire du monde, à travers le peuple d'Israël, à travers tous ceux que Dieu a choisis, à travers ses prophètes. C'est l'Esprit prophétique qui a commencé à prendre racine dans le monde. Et il a soufflé. Il a soufflé par la bouche des prophètes.

Et voici que ce jour-là, au moment où Zacharie entrait dans le Temple, l'Esprit soufflait très fort. Il soufflait si fort qu'il annonçait qu'il y allait avoir dans la famille de Zacharie, dans cette famille sacerdotale, une naissance mystérieuse où un homme allait marcher "dans la force, dans l'esprit d'Elie", dans la plénitude de l'esprit prophétique, pour pouvoir proclamer au monde que le Messie était venu et pouvoir le désigner comme "l'Agneau de Dieu" à la face d'Israël. Or, au moment même où l'Esprit souffle si fort, voici qu'Il rencontre l'incrédulité. C'est l'incrédulité de Zacharie. "Comment cela pourrait-il se faire puisque ma femme est stérile ?" Et alors, dans son souffle, cet Esprit balaie tous les obstacles qui sont devant Lui, Il les pousse, Il les bouleverse, et c'est le sens du mutisme de Zacharie. L'Esprit fait taire tout ce qui, dans l'homme, serait une sorte de vain bavardage, une certaine manière de discuter avec Dieu pour essayer de savoir si Dieu pourrait faire ceci ou accomplir cela.

Ainsi la première oeuvre de l'Esprit, c'est de créer une zone de silence et de paix, dans laquelle Il va agir. Et ce même Esprit, parce qu'Il doit réaliser, parce qu'Il est Celui qui doit réaliser l'articulation des deux alliances, à ce moment-là, continue son travail. Et parce qu'Il accomplit sa mission divine, Il investit la chair d'Elisabeth, qui pourtant était stérile, et Il la rend féconde. C'est le même Esprit qui fait taire Zacharie et qui rend féconde Elisabeth. Dans ce silence de Zacharie qui ne peut plus parler au moment où il accomplit les plus hautes fonctions du Temple, dans ce silence commencent à s'accomplir les promesses de la nouvelle Alliance. C'est dans ce silence que Dieu tisse, dans le sein d'Elisabeth, la chair du Précurseur. Et c'est peut-être pour cela que cette pauvre Elisabeth se cache pendant cinq mois. Elle n'ose pas se montrer, car, en fait, l'œuvre de Dieu est trop grande. Dieu travaille dans sa chair, dans son corps. Il fait renaître la stérilité, Il la fait refleurir et donne une postérité. Mais cela est trop grand pour qu'on puisse en parler.

Ce sera seulement lorsque Jean-Baptiste naîtra que Zacharie, qui était entré dans le Temple pour offrir l'encens, et cela se passait une fois dans la vie d'un prêtre, d'entrer dans le Saint des Saints pour offrir l'encens, il était tiré au sort mais une seule fois dans sa vie et c'était un moment d'une particulière gravité, et ce rite avait un sens de supplication et de demande de pardon, les dernières paroles qu'il avait adressées à Dieu c'était une imploration pour le péché du peuple, et sans le savoir déjà pour son propre péché puisqu'il allait douter, et lorsqu'il entre dans le silence que crée l'Esprit pour qu'Il puisse travailler à son aise, sans le bavardage des hommes, voici qu'au moment où Jean-Baptiste naîtra, Zacharie accomplira la plénitude de la fonction sacerdotale, il chantera le Benedictus. "Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël" c'est-à-dire qu'il accomplira la bénédiction sur le peuple à cause de Jean-Baptiste et à cause du soleil levant qui vient nous visiter.

Frères et sœurs, en attendant le Messie, nous devons l'attendre dans un certain silence de notre cœur, laisser travailler l'Esprit, lui laisser le temps, la place d'œuvrer dans le silence, d'aller saisir notre stérilité et de la rendre féconde. Et, en même temps que nous attendons le Messie, nous sommes quelque part à mi-chemin entre la demande de pardon et la bénédiction. Puissions-nous vivre cette semaine, ces quelques jours qui nous séparent de Noël dans cette double démarche, à la fois une imploration pour notre péché, comme Zacharie qui s'avance dans le sanctuaire pour la demande du pardon des péchés du peuple, et en même temps, en voyant déjà se lever sur nous et dans notre cœur l'aurore de la bénédiction pour le salut que Dieu nous aura donné.

 

AMEN

 
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