AU FIL DES HOMELIES

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LE MAGNIFICAT

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56

Lundi de la quatrième semaine d'Avent – B

(21 décembre 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e Seigneur a dispersé les hommes au cœur superbe Il a renversé les puissants de leur trône, Il a renvoyé les riches les mains vides, Il a élevé les humbles, Il a comble de biens ceux qui avaient faim."

Ces paroles du cantique de Marie nous dé­voilent ce paradoxe de l'action de Dieu. Dieu est venu pour faire grandir ce qui est humble, petit, et pour abaisser ce qui est puissant, pour vaincre ce qui est riche et le déposséder. Ces paroles du Magnificat annoncent déjà l'essentiel des Béatitudes : "Heureux les pauvres, ils seront comblés ! Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés !" Ce paradoxe de l'action de Dieu consiste en ce que pour Dieu, les assurances, les certitudes, les forces humaines ne comptent pas, mais que, au contraire, Il est capable, par son amour, de donner force et puissance à ceux qui n'en ont pas. Dieu se rit des efforts de l'homme pour se grandir par ses propres moyens, car il n'y a de vraie grandeur que celle qui est donnée par Dieu, que celle qui surgit du cœur de Dieu et qui se répand dans le cœur de l'homme. Seule cette grandeur-là est à l'épreuve de la vérité, le reste n'est qu'illusion, apparence et ne tient pas.

Aussi bien, il ne s'agit pas pour Dieu de réta­blir un certain équilibre ou une certaine justice, il ne s'agit pas de venger ceux qui auraient besoin de l'être ou de se venger de ceux qui se seraient élevés contre Lui, il s'agit pour Dieu de manifester l'ordre véritable des choses et des êtres, l'ordre profond qui n'apparaît pas au premier abord. Au premier abord, c'est l'illu­sion que l'homme se fait de lui-même qui est appa­rente, et la vérité profonde, intérieure de l'être n'appa­raît pas. Nous vivons toujours sur de fausses valeurs, sur de fausses vérités et sur un certain nombre de mensonges qui sont notre propre assurance en nous-mêmes, alors qu'il n'y a de vérité et de force réelle qu'en Dieu.

Marie découvre, émerveillée, quelle est la loi de l'action de Dieu, et par là-même, quelle est la loi de l'action de Dieu dans l'histoire des hommes, plus par­ticulièrement dans cette histoire vue avec le regard de Dieu qui est l'histoire sainte. Car tout au long de cette histoire sainte Dieu n'a cessé d'agir ainsi, d'élever ce qui est petit et humble, et d'abaisser ce qui est grand. C'est ainsi que Dieu a choisi Jacob qui était plus fra­gile et plus faible que son frère Esaü, c'est ainsi que Dieu a élevé Joseph aux dépens des nobles et des grands de la cour de Pharaon, c'est ainsi que Dieu a sauvé Joseph des mains de ses frères plus âgés que lui qui voulaient le persécuter, c'est ainsi que Dieu a re­jeté Saül et choisi David, le dernier de la famille alors que ses frères aînés semblaient plus qualifiés que lui pour être roi en Israël. Et à cette occasion Dieu a d'ailleurs précisé à Samuel quelle était la raison de son choix : "L'homme regarde à l'apparence, mais Dieu regarde le cœur." Toute l'histoire d'Israël ne fait qu'illustrer cette action de Dieu, car Israël est un peu­ple dérisoirement petit au milieu des forces de l'Assy­rie ou de l'Egypte qui se joignent l'une à l'autre pour écraser tout ce qui se trouve entre elles, ou qui s'af­frontent l'une à l'autre. Et normalement Israël ne de­vrait rien être entre ces grands de la terre qui ne fe­raient qu'une bouchée d'un si petit peuple. Et pourtant, c'est ce peuple-là que Dieu a choisi, c'est ce peuple-là entre les mains de qui Dieu a remis l'avenir de l'hu­manité tout entière, la promesse, c'est le peuple élu.

Et Marie expérimente ce paradoxe de l'action de Dieu dans sa propre vie. Elle qui n'est que l'humble servante de Dieu, elle qui n'est qu'une pauvre fille d'Israël parmi tant d'autres, elle qui fait partie de ceux qu'on appelle "les pauvres du Seigneur" c'est-à-dire ces hommes et ces femmes qui attendaient dans le silence et l'humilité la venue de Dieu, elle a été choi­sie pour être la mère de Dieu. C'est ce qu'elle vient d'apprendre peu avant de chanter ce Magnificat, ce qu'elle vient d'apprendre de la bouche de l'ange Ga­briel cette mission unique et extraordinaire d'apporter le lumière et la joie aux hommes. Alors Marie, qui n'est rien, comprend que, par la grâce de Dieu, elle devient capable de tout.

Et cela, elle nous l'adresse à tous par son Ma­gnificat. Nous aussi, nous ne sommes rien, nous ne sommes que peu de chose, ou si nous croyons être quelque chose c'est pure illusion de notre part, mais nous pouvons devenir tout, si nous laissons Dieu nous prendre en sa main, si nous laissons Dieu agir à tra­vers notre être, si nous laissons Dieu dévoiler ce qu'Il veut Lui-même mettre dans notre cœur. Car ce n'est pas que notre cœur serait meilleur que nos apparen­ces, mais notre cœur, c'est Dieu qui le construit, c'est Dieu qui l'édifie par sa grâce, alors que nous ne som­mes capables que d'édifier nos façades. Alors rentrons dans notre cœur pour y découvrir l'action de Dieu. Humblement revenons à notre pauvreté, notre pau­vreté intérieure car c'est là seulement que peut se dé­ployer la grandeur et la gloire du Seigneur.

 

AMEN

 

 

 
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