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LA NOUVELLE NAISSANCE DE ZACHARIE

Mi 5, 1-4 a ; Lc 1, 67-79

Lundi de la quatrième semaine d'Avent – B

(23 décembre 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

I

l y a un silence dont nous sommes très friands, c'est le silence de ne plus entendre le bruit de la ville, des voitures, des engins de chantier, de la musique du voisin, que sais-je encore ! C'est le si­lence que notre société recherche et aime. Et puis, il y a un autre silence plus difficile à accepter, c'est le silence par rapport à un événement qui arrive dans notre vie. Nous sommes dans une société où quand un événement éclate, il est nécessaire, obligatoire, salu­taire que dans les minutes qui suivent, non seulement toute la planète est au courant, mais que des spécia­listes soient capables en quelques heures, d'analyser l'événement dans sa profondeur et être capables de synthétiser. Ce bruit-là, nous l'aimons, nous aimons découvrir tous les rouages sous-jacents aux événe­ments qui traversent notre vie et le monde.

De temps en temps, il y a un silence pesant qui se fait sur les événements de notre monde. C'est ce silence que Zacharie vit quand sa bouche reste fermée le temps d'une grossesse, comme sa femme a le temps de la grossesse pour que son fils vienne à la vie, advienne dans ce monde. Nous avons aussi à vivre une autre grossesse qui est la découverte du plan de Dieu dans notre vie. Comme nous aimons que tout arrive tout de suite, nous avons envie de comprendre très rapidement ce que Dieu veut de nous, maintenant, là, tout de suite ! Zacharie est celui qui est cloué et dont le silence exprime qu'il ne sait pas ce qui lui arrive. Il va falloir, comme aussi l'enfant jour après jour se développe dans le sein de sa mère, il faut aussi pour nous, quelquefois, qu'un événement ne peut pas s'expliquer tout de suite, mais qu'il doit prendre chair dans notre esprit, mettre ses racines et se développer jour après jour, pour que nous puissions pousser un cri, le même cri que pousse un enfant à la naissance, quand il advient à la vie, Zacharie pousse aussi ce cri quand il advient à une autre naissance.

Quelle est la naissance de Zacharie ? C'est de découvrir une chose très importante. Parfois, dans une naissance, pas seulement familiale, mais aussi dans la naissance de notre foi, dan notre vie privée, ou même au niveau de l'Église, quand nous découvrons quelque chose en nous, le risque de cette nouvelle naissance, c'est de partir dans deux directions opposées. D'une part, c'est de considérer que ce qui m'arrive est uni­que, et que je suis le seul à le vivre, et que je ne m'inscris pas dans la lignée d'autres croyants, d'autres aventuriers, d'autres hommes et femmes. D'autre part, on peut être tellement au milieu de ce qui arrive, et découvrir que les autres le vivent aussi, on peut aussi se dire que la naissance, c'est de faire comme tout le monde ! Dans le cantique de Zacharie ce qui me paraît intéressant, c'est qu'il évite ces deux écueils. D'abord, il évite l'écueil de la nouveauté totale. Il rap­pelle que son fils naît dans une lignée, David, Abra­ham, et que comme un enfant naît dans une famille qui a sa propre histoire, nous en tant que croyant, nous avons accepté quand nous rentrons dans l'Église, de rentrer dans l'histoire de cette Église, ce que beau­coup de personnes n'acceptent pas actuellement, et dissocient de cette manière leur naissance comme enfants de Dieu avec l'histoire de la famille des autres enfants de Dieu qui est l'Église. Découvrir comme le fait Zacharie que son enfant s'inscrit dans une histoire d'autres personnages, d'autres chercheurs de Dieu.

Mais le risque aussi serait de penser que la naissance de Zacharie c'est de reproduire le même modèle est de devenir un nouveau David, un nouvel Abraham. Et Zacharie, dans la deuxième partie de son cri de naissance à la vie, montre que son enfant s'il fait partie d'une lignée précise qui et la lignée d'Israël, a aussi une œuvre qui lui est originale, il a un appel qui lui est particulier.

Frères et sœurs, je crois que ce cri que nous avons à pousser, parfois nous le pousserons après de nombreux jours, peut-être même des années de si­lence, nous pensons que Dieu est totalement absent de nous, alors qu'en fait, Dieu est là, il travaille dans une sorte d'avènement, de grossesse, d'une nouvelle nais­sance dont nous sentons quelquefois les tressaille­ments, mais dont nous ne savons pas toujours quand viendra notre libération. Le Seigneur est là en nous, Il travaille, et le jour où nous naîtrons, nous serons ap­pelés justement comme Zacharie à découvrir à la fois que nous sommes dans une lignée d'autres enfants de Dieu, que nous sommes avec eux, que nous avons à être ensemble, mais qu'en même temps, nous sommes uniques, et que ce que Dieu nous propose est unique.

 

 

AMEN