AU FIL DES HOMELIES

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SARA LA STÉRILE ET MARIE LA VIERGE

Gn 18, 1-14 

(19 décembre 1994)

Homélie du Frère Jean BUDILLON 

Mambré : le puits 

L

a lecture de la Genèse nous montre la première annonciation, une annonce faite pour Sara, elle était faite à Abraham mais Sara a entendu et elle se met à rire. On ne peut pas bien savoir ce qu'était ce rire, c'est très équivoque. Est-ce un rire de doute ou un rire sarcastique en pensant qu'on se moque d'elle ? Est-ce un rire de joie ? C'est peut-être cela tout ensemble.

Et Sara prononce une phrase prophétique, Sara est la première prophétesse de l'Ancien Testament. Dans cette phrase, on sent comme un retentissement obscur mais pas tout à fait conscient de ce qui est en train de se réaliser dans sa vie et dans la vie de son peuple. Elle dit : "Est-ce que je vais connaître le plaisir en mariage ?" Par ce mot plaisir, très rare dans la Bible, qui est d'ailleurs le féminin d'Eden, Sara prophétiquement est en train de dire : Est-ce qu'aujourd'hui, est-ce aujourd'hui que l'Eden va renaître ? Est-ce que cela peut être par moi ? La tradition juive dira que, ce jour-là, Eve s'est mise à revivre dans la personne de Sara.

       Sara a eu du mal à croire à tout ce que Dieu annonçait à Abraham. Mais au fond d'elle-même elle sentait déjà cette joie de l'Eden qui renaissait, c'est-à-dire que la promesse faite à Eve au lendemain du péché allait pouvoir se réaliser par elle. Pas tout de suite, bien sûr, mais c'était déjà le commencement puisqu'elle allait donner naissance à Isaac puis à tout le peuple hébreu qui allait donner naissance au Messie. Et même si elle juge la chose absolument impossible alors qu'elle est avancée en âge, Dieu est capable de faire des merveilles.

        Alors, à l'autre bout de l'Ancien Testament, nous voyons Marie qui est une jeune femme, fiancée, prête à être prise par son époux dans sa maison, donc qui s'attend à avoir des enfants normalement. Et voilà que l'ange fait à elle aussi une annonciation. Il lui annonce qu'elle va être la Mère du Messie. Marie se trouve à l'autre bout de l'Ancien Testament, elle l'a lu, l'a médité, elle a compris que chaque fois qu'une situation était impossible aux hommes, elle devenait possible à Dieu. Elle a compris à travers tout un enchaînement de la tradition biblique, que la mère du Messie devait être vierge. Alors elle décide, d'elle-même, bien sûr sous l'inspiration de l'Esprit Saint, de rester vierge malgré son état de mariée. Elle opte pour la stérilité. Sara l'était par la force de la nature, Marie le devient par décision libre et par consécration au Seigneur. Et à ce moment-là, elle n'a pas besoin que l'ange lui dise que Dieu est capable de faire des merveilles. C'est elle-même qui en prend conscience, explicitement et qui va le chanter dans son Magnificat. "Oui, le Seigneur a fait des merveilles pour moi !" Ces merveilles que Dieu a faites pour elle, c'est aussi pour nous et c'est cette merveille à laquelle nous nous préparons.

       Toutes ces périodes de doute et de foi de l'Ancien Testament ont enfin abouti finalement à cette foi franche et ferme de Marie qui a tout compris et qui s'est donnée tout entière au Seigneur et qui a compris alors que le Seigneur faisait des merveilles pour elle et pour nous.

 

       AMEN


 

 
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