AU FIL DES HOMELIES

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DEMANDE UN SIGNE

Is 7, 10-14

(20 décembre 1988)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Monthermé : L'arbre de Jessé - Achaz 

D

emande un signe au Seigneur ton Dieu, au fond dans le shéol ou vers les hauteurs, au-dessus ..." La manière dont nous est donné le signe de l'Emmanuel est tout à fait surprenante. En effet dans la tradition biblique et dans la tradition sémitique en général, les signes étaient généralement donnés dans les hauteurs ou dans les profondeurs. Le monde des signes était généralement cantonné dans les cieux, les astres. C'est pourquoi il y avait des gens qui lisaient le destin des autres dans les astres. Et les signes de Dieu étaient situés dans la mort. C'est pourquoi dans la plupart des religions sémitiques les rituels funéraires sont si développés et si importants. Pensez par exemple à l'Égypte. Les lieux des signes de Dieu sont ou bien la hauteur ou bien la profondeur. C'est une manière de penser les choses qui a survécu jusque très tard dans l'antiquité, puisque saint Paul encore, quand il parle de l'amour de Dieu dit qu'il dépasse toute hauteur et toute profondeur. C'est dire que le monde humain est comme une fine couche "prise en sandwich" entre les hauteurs et les profondeurs. Et les lieux de signification du divin sont ou au-dessus ou en-dessous, mais rarement au niveau de l'expérience humaine. Est-ce à cause du péché ? Est-ce à cause de l'aveuglement de l'intelligence de l'homme ? Toujours est-il que pour un homme de l'époque du roi Achaz, le fait de demander un signe ne peut être qu'un signe ou du ciel ou venant des profondeurs de la terre. Et quand Achaz ne veut pas de signe, ne veut pas tenter le Seigneur son Dieu, sans doute par manque de foi, on dirait alors que Dieu procède à une surenchère pour manifester précisément que le signe viendra dans le registre de l'existence humaine comme telle, la Vierge qui enfante assurant ainsi la pérennité de la dynastie de David. C'était plus que Achaz n'aurait jamais osé en demander.

       Et je crois qu'une des manières dont le "signe de l'Emmanuel" renvoie précisément à l'Incarnation c'est parce que, par l'Incarnation qui commence effectivement par la venue dans le sein de Marie, Dieu Lui-même commence à cesser l'opposition des lieux d'en haut et d'en bas où Dieu fait signe et des lieux de cette terre où les signes de Dieu sont si rares. Désormais, il va y avoir comme une inversion. Là où apparaissaient les signes et les prodiges, cela deviendra tout simplement le ciel avec les étoiles, toutes prosaïques. Tandis que ce monde-ci va devenir le monde du signe des signes c'est-à-dire la présence de Dieu au cœur de la vie humaine.

       Et c'est pourquoi lorsque nous vénérons Marie nous vénérons celle qui a connu la manière dont Dieu fait signe de la façon la plus intime, la plus proche. L'intimité absolue de la divinité au cœur d'une chair humaine, dans le mystère d'une maternité humaine. Si l'Incarnation est le signe des signes c'est précisément parce qu'elle signifie la présence de Dieu là où on s'attendait le moins à la trouver, là où on attendait le moins qu'elle soit signifiée, qu'elle soit mise à jour et manifestée. Elle ne se donne plus dans les profondeurs de la mort, du shéol et des rites funéraires ; elle ne se donne plus dans l'immensité du ciel étoilé. Cette présence de Dieu se donne dans le signe de cette jeune fille qui devient enceinte, c'est-à-dire qui devient, dans sa chair, le lieu, le sanctuaire la présence même de Dieu qui, à ce moment-là fait signe en personne. C'est Lui qui vient. D'où son nom "Emmanuel" "Dieu avec nous !" non plus Dieu dans les cieux, non plus Dieu dans les profondeurs, mais Dieu qui investit définitivement, pour annoncer et proclamer sa présence, cette zone où jusque-là il n'y avait qu'une sorte de présence clignotante, intermittente et si difficile à déchiffrer.

       En nous préparant à la célébration de ce mystère de Noël, nous n'avons plus à scruter dans les hauteurs ou dans les profondeurs du shéol. Il faut regarder la manière dont nous-mêmes, chacun d'entre nous, peut devenir ce lieu de la manifestation du signe par excellence, ce lieu qu'est notre propre vie, notre amour, notre manière d'être qui devienne, par pure grâce, le lieu de la manifestation de Dieu avec nous l'Emmanuel. Demandons à la vierge Marie qu'elle nous accorde cette grâce dont elle a vécu elle-même et dont elle a été comblée : découvrir Dieu qui nous fait signe et qui nous dit Qui Il est, au cœur de notre propre chair et de notre propre vie.

        AMEN

 

 
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