AU FIL DES HOMELIES

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LES DEUX CANTIQUES

Is 63, 15-64, 3 ; Lc 1, 67-79

Mardi de la quatrième semaine de l'Avent

(23 décembre 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Brienne-le-château
Zacharie

F

rères et sœurs peut-être qu'une certaine routine liturgique, le fait de chanter tous les matins, ce qu'on appelle le cantique de Zacharie, le Benedictus, béni soit le Seigneur, et tous les soirs le cantique de Marie, le Magnificat, mon âme exalte le Seigneur, peut-être que ce ronronnement quotidien de ces cantiques qui ouvrent l'évangile de saint Luc nous empêchent d'en apercevoir toute l'originalité et la singularité. En fait, ces deux cantiques ne se ressemblent pas. Ils ne se ressemblent pas parce que tout simplement, ils ne sont pas construits de la même manière, et c'est très important.

Je commence par la Benedictus. Le cantique est bâti sur deux parties, comme d'ailleurs le Magnificat. La première partie, c'est l'histoire du salut et le plan de Dieu : béni soit le Seigneur, Il a délivré, Il a sauvé, Il a accordé la force qui nous sauve, Il nous a délivré. C'est d'ailleurs assez intéressant, car la manière dont c'est rédigé, c'est au passé. Or, il ne s'est encore pratiquement rien passé, juste la naissance de Jean-Baptiste, Jésus n'est même pas né puisqu'il a six mois de décalage avec Jean. Zacharie chante l'accomplissement du dessein de salut, et c'est seulement après, dans la deuxième partie du Benedictus qu'il dit : "Et toi petit enfant qu'on nommera prophète du Très-Haut". Zacharie est très bon théologien, il sait qu'on ne peut comprendre le ministère de son fils que par rapport à l'ensemble du plan de salut de Dieu. C'est parce que Dieu a décidé de sauver son peuple qu'effectivement il va y avoir ce personnage dont il est le père, et qui est Jean-Baptiste, et qui lui, va s'inscrire dans ce plan. Il n'est pas littéralement de premier plan, il est de second plan, il va s'inscrire dans le dessein de Dieu. Zacharie peut parler du dessein de Dieu au passé, c'est-à-dire, Dieu a déjà éternellement décidé de sauver son peuple, Dieu a déjà éternellement décidé de faire miséricorde, et de nous ouvrir le chemin du salut, et ensuite, il se choisit, Jean, le fils de Zacharie comme celui qui va "illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, et guider nos pas au chemin de la paix", c'est-à-dire comme le précurseur de celui qui apportera la résurrection. Le cantique de Zacharie, c'est d'abord le plan de salut, et ensuite, le personnage.

Dans le Magnificat, vous remarquerez c'est exactement l'inverse. "Mon âme exalte le Seigneur. Le puissant a fait pour moi de grandes choses", et ensuite, on passe à la vue d'ensemble du plan de salut. Autrement dit Marie, je n'ose pas dire s'auto célèbre, puisque précisément, ce n'est pas une auto célébration, mais elle part d'elle, de sa situation de mère de Dieu pour ensuite éclairer le plan de salut qui est évoqué de deux manières : d'une façon générale Dieu qui renverse les situations, et à la fin seulement, le plan de salut : "Il est venu en aide à Israël son serviteur, se souvenant de sa miséricorde selon qu'il l'avait annoncé à nos pères en faveur d'Abraham et de sa descendance à jamais". C'est intéressant de voir les deux démarches. Pourquoi ? Parce que précisément, dans le cas de Marie, c'est le centre à partir duquel tout s'éclaire. Quand elle exalte le Seigneur, c'est parce qu'elle est déjà la mère du Sauveur, le Verbe est déjà actif en elle, le salut est déjà commencé en elle. D'une certaine manière, même si Jean est né, s'il naît six mois avant le Christ, en réalité le processus est déjà déclenché. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de cantique d'Élisabeth, il n'y a qu'un cantique de Zacharie au moment de la naissance de Jean-Baptiste, tandis qu'il y a un cantique de Marie quand elle est enceinte et qu'elle vient voir sa cousine Élisabeth.

Ici, Marie se permet de montrer qu'en elle, c'est le centre de l'histoire du monde qui éclaire pourquoi Dieu agit de telle manière et qui éclaire pourquoi Dieu a agi par des promesses faites à nos pères :"en faveur d'Abraham et de sa descendance à jamais". Les nuances dans les évangiles de l'enfance sont très importantes. Ce n'est pas simplement une activité d'un écrivain qui écrit deux jolis cantiques parce qu'il faut orner un peu la situation et faire valoir l'état intéressant de Marie et la joie de Zacharie quand il recouvre la parole. Ce n'est pas littéraire, c'est un véritable traité de théologie. Dans le premier, il s'agit de montrer que là est le centre même du salut, dans le Verbe incarné dans le sein de Marie, c'est pour cela qu'elle peut commencer en "je" : "Mon âme exalte le Seigneur", Il est là, tandis que Zacharie ne peut qu'évoquer le mystère du plan du salut dont il est lui-même l'héritier, comme prêtre à Jérusalem, etc … et il disait maintenant par révélation prophétique que son fils Jean va être au service de ce dessein de Dieu.

Que cette lecture et cette méditation et surtout la prière que nous faisons jour après jour du Benedictus et du Magnificat, nous arrachent un tout petit peu au ronronnement des paroles pour en retrouver toute la saveur et toute la profondeur théologique.

 

AMEN

 

 
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