AU FIL DES HOMELIES

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MAGNIFICAT !

So 3, 14-18 a; Lc 1, 46-56

Mardi de la quatrième semaine d'Avent – A

(22 décembre 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e Magnificat que nous venons d'entendre, c'est d'abord le chant d'une femme, le chant d'une mère, le chant de Marie qui, dans un présent approfondi par cette présence de Dieu, fait monter vers Lui tout ce qu'elle est : "Mon âme," mon être, "exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'Il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante." En cette année-là, en ce moment-là, en ce lieu-là, cette femme ouvre tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a attendu, toute son espérance vers l'unique, vers Celui qui l'a visitée, vers cet unique moment que les siècles ne connaîtront plus, vers le moment de la visite de Dieu dans le corps d'une femme.

Puis quittant le regard de Dieu, quittant ce face à face, Marie se tourne vers les cohortes d'hom­mes et de femmes qui l'ont précédée et vers ceux qui vont la suivre. "Elle sera appelée bienheureuse" car on reconnaîtra, à travers elle, les merveilles, on re­connaîtra les grandes choses. Maintenant, ce n'est plus Marie qui regarde Dieu et qui répond à Dieu, mais ce sont les hommes et les femmes qui regardent Marie et qui la trouvent et qui la nomment "la bienheureuse", "la choisie", "l'aimée de Dieu". Ensuite, ces mêmes hommes et ces mêmes femmes qui ont nommé Marie bienheureuse, vont maintenant, à travers Marie, voir Dieu en disant : "Saint est son Nom !" car son Nom brille à travers Marie, à travers l'écrin qu'est Marie. On reconnaît non seulement la présence mais aussi l'action, de Dieu, l'efficacité de son salut. C'est pour­quoi le Magnificat se développe encore plus en disant : "Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent !" Non seulement Marie mais tous ceux qui, comme Marie, ont été l'écrin de sa miséricorde et du salut, sont illuminés au point qu'en eux aussi, on voit Dieu, en eux brille tout l'éclat de la majesté de Dieu.

Autour de Marie se regroupent tous ceux qui ont été choisis, élus, dans le passé comme dans l'ave­nir, et qui démontrent la force du bras de Dieu. Et qui sont-ils ces hommes et ces femmes regroupés autour de Marie ? Ce ne sont pas les superbes, au contraire. On a écarté les hommes au cœur superbe, on a écarté les potentats. Mais ce sont les pauvres, les humbles, les anawim, ceux que le Seigneur a choisis dans le secret, sans grande déclaration et qui, autour de Ma­rie, se trouvent comme en famille. Ce sont tous les élus de Dieu. Les affamés aussi s'approchent. Par contre, les riches sont renvoyés, annonçant déjà d'ail­leurs le discours de Jésus dans les Béatitudes.

En fait, derrière Marie, se profile tout Israël puisque la miséricorde est grande infinie. Ils sont tous appelés. Depuis le début de la création, tout Israël a été appelé à ce moment ultime que nous vivons au­jourd'hui. "Mon âme exalte le Seigneur !" C'est Israël aussi qui fait monter vers Dieu son âme, ce qu'il est au plus profond de lui-même malgré ses péchés, mal­gré ses hésitations, malgré ses doutes, malgré le dur­cissement de son cœur, Israël dit : "Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie". Car Israël est fait pour signifier au monde qu'il est fait pour tres­saillir de joie devant le Seigneur, pour exulter de Dieu, pour signifier Dieu tel qu'on aurait pu, qu'on aurait dû voir Dieu à travers Israël.

Le poème se développe encore et rappelle que Dieu est déjà venu, avant, préparer sa visite ultime, ce moment solennel, ce moment intime. Il est venu par­ler à Israël son serviteur. Au début nous avions l'abaissement de la servante, mais Israël, déjà avait préparé l'arrivée, l'acquiescement, le oui de Marie, selon les prophètes qui l'avaient déclaré le serviteur, le bien-aimé de Dieu. Cette histoire est déjà ancienne. Elle a commencé avec Abraham mais en fait depuis toujours dans le cœur d'Israël. Et c'est pourquoi elle n'est pas terminée, car nous sommes, à notre tour, l'humanité qui doit faire monter vers Dieu cette même phrase. "Mon âme exalte le Seigneur !" Mon huma­nité reconnaît Dieu comme son Sauveur, se sait ser­vante, abaissée par son péché mais appelée par la grandeur d'une promesse. C'est tout homme, toute femme, en ce jour et en tout lieu, qui doit maintenant épouser si intimement ce Magnificat qu'au jour de la mort nous puissions faire monter vers Dieu, non seu­lement toutes nos questions, toute notre espérance peut-être maladroite, mais surtout ce grand chant d'amour que Marie a gravé en grandes lettres dans l'histoire de l'humanité.

Si Marie est restée trois mois avec Elisabeth pour approfondir, méditer, entrer au seuil de ce mys­tère, nous avons, nous à rester, à demeurer au seuil de ce mystère, pour que ces mots du Magnificat s'imprè­gnent en nous afin qu'au jour de notre mort, le Sei­gneur puisse les lire dans notre cœur et qu'ainsi, à cause de sa miséricorde, Il oublie tous les autres mots qui ont pu masquer cet unique message d'amour de l'humanité sauvée et reconnue par Dieu et qui le voit enfin, face à face, comme Marie au jour du Magnifi­cat.

 

 

AMEN

 

 
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