AU FIL DES HOMELIES

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LES TROIS DUCATS

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25

Mardi de la quatrième semaine d'Avent – B

(24 décembre 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

M

arie est toute ronde comme la terre, elle porte en elle Celui qui va remplir cette terre et la remplir de son amour. On nous invite aujourd'hui à contempler la figure de Joseph qui va nommer son fils Jésus : Dieu sauve. Etonnant aussi qu'on ait la lecture des actes des apôtres où ce nom est repris encore, ce nom qui et comme déployé à l'extrême, ce nom qui s'est tout ouvert sur la croix, tout ouvert pour nous sauver. Dieu sauve. S'il nous sauve, c'est bien de quelque chose, il n'est pas venu pour rien.

Je voudrais essayer de comprendre avec vous ce matin cette affaire de notre sauvetage à travers un petit conte. Noël c'est un peu la période des contes, parce que peut-être la nuit se fait plus grande et qu'on a plus de temps pour se raconter des histoires et le conte, il a le génie d'être toujours nouveau, le conte c'est ce qui nous met dans l'émerveillement. Le conte, c'est ce qui à travers des réalités très simples et humbles, une naissance, permet d'aller au bout du sens, d'aller au bout de beaucoup de choses.

C'est un conte qui a été raconté par Péguy, il disait le tenir de pèlerin qui avaient raconté cela à sa mère. C'est l'histoire du roi qui est allé se marier et qui revient avec sa toute jeune épouse, la jeune reine, et en revenant dans leur ville, ils s'arrêtent dans un village et les consuls du village veulent offrir à ce roi la régalade d'un pendu, offrir au roi le spectacle d'un pendu. Quand on présente cette affaire à la reine, elle cache sa tête dans ses mains, et refuse de voir le spectacle qu'on veut lui offrir et elle demande à son époux : s'il vous plaît, empêchez cette affaire. Le pau­vre pendu est là, avec sa corde et il attend. Le roi es­saie d'intercéder : messieurs les consuls, vous soyez bien que la reine ne peut pas supporter ce spectacle, délivrez cet homme. Les consuls disent : non, cet homme a trafiqué de la fausse monnaie, il doit mourir. Le roi répond : je connais bien votre loi et pour mille ducats, on peut racheter cet homme. Soit, répondent les consuls, si on trouve mille ducats, on rachètera cet homme. Le roi ouvre sa cassette et en sort huit cents ducats. Pour huit cents ducats, messieurs les consuls, vous allez relâcher cet homme ? Non, monseigneur le roi, c'est mille ducats, et la loi est formelle. La reine regarde dans sa cassette, elle avait cinquante ducats. Messieurs les consuls, pour huit cent cinquante du­cats, vous allez relâcher cet homme ? Non Monsei­gneur le roi, c'est mille ducats. On demande à tous les courtisans, tous les princes qui étaient avec lui, et l'on arrive à la somme fabuleuse de neuf cent quatre-vingt dix-sept ducats. Messieurs les consuls pour cette somme vous allez relâcher cet homme ? Non monsei­gneur le roi. Et tout le monde est un peu triste parce que pour trois ducats, il allait disparaître. Quelqu'un alors a une idée : et si on fouillait les poches de ce pauvre gueux ? Et l'on y trouve les trois ducats. Et le pendu a été libéré.

Cette petite histoire que raconte Péguy veut nous dite tout simplement, certes nous sommes sau­vés par Dieu, par les mérites de la Vierge Marie, la reine et de tous les saints. Goûtons ce salut. Mais ce salut ne nous est pas comme imposé de l'extérieur. Il exige aussi une toute petite collaboration, ce mouve­ment, cet acquiescement auquel nous allons consentir ce soir au pied de la crèche.

 

 

AMEN

 

 
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