AU FIL DES HOMELIES

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L'ANCIEN ET LE NOUVEAU

Mi 5, 1-4 a ; Lc 1, 67-79

Mardi de la quatrième semaine de l'Avent – B

(23 décembre 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, beaucoup d'entre nous connaissent ce très beau poème qu'on a appelé le Benedictus, du nom des premiers mots de la traduction latine : "Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, qui visite et rachète son peuple". Comme vous le savez, ce texte du Benedictus est le parallèle du Magnificat, le cantique que la vierge Marie proclame au moment où elle rend visite à sa cousine Élisabeth et où les deux enfants se reconnaissent dans le sein de leur mère.

A travers ces deux poèmes qui sont exprès insérés dans ce début de l'évangile de saint Luc, qu'on appelle l'évangile de l'enfance, c'est-à-dire qui montre comment la destinée de Jean-Baptiste et de Jésus étaient comme déjà inscrites dans la mission qu'ils avaient à accomplir, et comme si les différences étaient déjà marquées à l'intérieur même de leur vie intra-utérine, puisque c'est Jésus qui vient sanctifier Jean-Baptiste dans le sein de sa mère. Mais Luc en profite pour donner le ton à la fois à son évangile et à ces épisodes.

En effet, l'évangile de Luc s'inscrit assez directement dans cette perspective que Jésus accomplit le dessein du salut universel qui va ensuite culminer dans l'acte de sa mort et de sa résurrection, pour ensuite rayonner jusqu'à Rome à travers le récit de la mission de Pierre, de Paul et des autres apôtres. Il n'est pas étonnant qu'au début de son évangile, il ait mis dans une place de choix le cantique de Zacharie pour montrer que le salut va bien s'accomplir comme Dieu lui-même l'avait annoncé et l'avait voulu depuis toujours.

Ce Bénédictus est comme la soudure entre l'Ancien Testament et le Nouveau Testament. Zacharie fait mémoire de tout ce que Dieu a réalisé dans la tradition des Pères, dans la tradition d'Israël, et va montrer ensuite dans son évangile que ce projet a trouvé sa plénitude et son accomplissement d'abord à travers les préparatifs de la mission de Jean, la mission de salut de Jésus, puis la mission de salut de l'Église.

On est là dans un texte qui fait comme une sorte de nœud, de point de rencontre des deux alliances. Ce qui est intéressant, c'est que Luc souligne que celui qui peut proclamer cette prophétie n'est pas n'importe qui. Celui qui fait cette prophétie, c'est un prêtre qui est donc l'héritier de toute la tradition d'Israël, de toute la tradition du culte et de la louange de Dieu dans la vie du peuple d'Israël. Du point de vue du label de qualification, le label Zacharie est un label sacerdotal, tandis que le label de Marie et celui de la mère du Sauveur, ce n'est pas exactement du même ordre. Pour le label sacerdotal, c'est que les prêtres avaient une fonction spéciale de discernement du dessein de Dieu, dans le fait d'éclairer les consciences des israélites qui venaient au temple. Ici, le fait que ce soit Zacharie qui proclame ce cantique, nous dit que tout l'Ancien Testament et le sacerdoce de Zacharie qui représente le sacerdoce de tout Israël à ce moment-là, vient comme authentifier qu'il s'agit bien du dessein de Dieu.

Cet hymne de Zacharie est comme le moment de l'adhésion de l'Ancienne Alliance, souvenez-vous que Zacharie reçoit l'annonce dans le contexte du culte ancien, il va au temple pour offrir le sacrifice d'encens à l'heure du soir, Zacharie est donc en plein dans le rite ancien de l'Alliance d'Israël, mais c'est au cœur même de cette alliance qu'il proclame que son fils, celui à qui il a donné la vie, aura une mission spéciale, et que lui-même comme prêtre de l'Ancien Testament, l'authentifie et la reconnaît comme une mission venant de Dieu.

Dans ce passage, Luc nous montre toute l'ampleur du problème. Aujourd'hui, tout cela nous semble bien lointain, mais pour les auditeurs de l'évangile de Luc, pour ceux qui le lisaient dans les premières générations chrétiennes, c'était difficile de comprendre quelle était exactement la place d'Israël. C'était difficile de comprendre pourquoi le peuple dans sa majorité n'avait pas accepté le salut. Il fallait donc comme une sorte de caution venant de l'Ancien Testament pour dire ce qui est arrivé de nouveau n'est ni à côté du plan du dessein de Dieu à travers les Pères, ni une invention gratuite, c'est au contraire dans le droit fil de la tradition que les Pères ont attendu et espéré. Je crois que cela même si cela nous paraît un peu lointain, nous ramène à ce qui constitue notre vie habituelle, tout ce que nous vivons comporte toujours une certaine part de nouveauté, mais en même temps, il faut toujours se soucier de le réinsérer dans la part de notre histoire qui nous a précédée, et qui lui donne tout son sens et qui lui permet d'apparaître comme nouveau.

 

AMEN

 

 

 

 
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