AU FIL DES HOMELIES

Photos

SI TU DÉCHIRAIS LES CIEUX

Is 63, 15-64, 3

(23 décembre 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

L

a première lecture, tirée du prophète Isaïe, reprend une demande que nous ne cessons de renouveler au cours de ce temps de l'Avent : "Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais !" Cette phrase se trouve au centre d'un passage où Isaïe invoque le Seigneur : "Regarde du haut du ciel et vois!" Puis il décrit au Seigneur tout ce qui se passe et lui rappelle ses titres de gloire. "N'es-Tu pas notre père ? N'es-Tu pas notre rédempteur ? Celui qui a fait des merveilles ? Alors pourquoi nous laisser sans toi, hors de tes voies ? Pourquoi endurcis-Tu nos cœurs ? Si Tu déchirais les cieux et si Tu venais, alors toute chose serait renouvelée, tout changerait !"

       Cette expression du prophète Isaïe nous fait saisir la nécessité d'une invocation pour que le Seigneur vienne, la nécessité d'un désir de sa venue. A travers l'expression : "Si tu déchirais les cieux", le prophète montre une certaine transcendance de Dieu qui semble englober toute chose car dans la cosmogonie ancienne, dans la façon de percevoir l'univers, on pensait qu'au-dessus de la terre il y avait une voûte, un firmament et en dessus le Ciel et, au-dessus du ciel, "les cieux des cieux" où le Seigneur régnait sur son trône. Cela signifiait qu'Il dépassait tout l'univers et toute la terre, qu'il fallait faire appel à Lui pour qu'Il se penche vers les hommes et leur vienne en aide.

       Pourtant ce ciel, séjour du Seigneur, c'est aussi ce qui va fournir aux hommes ce dont ils ont besoin. C'est du ciel que descendent les pluies fécondes pour faire pousser les semailles, c'est du ciel que viendra la manne, ce pain qui nourrira les hébreux pendant l'Exode, c'est du ciel que vient le salut, que vient le Seigneur qui, dans une nuée de feu ou dans le tonnerre exprime aussi sa puissance. C'est ainsi que, pour exprimer cette transcendance de Dieu le ciel est l'un des éléments les plus symboliques et les plus expressifs.

       Et pourtant cet oracle du prophète Isaïe : "Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! " se réalise effectivement lorsque saint Marc, au début de son évangile, nous montre que les cieux se déchirent au baptême de Jésus : "Et aussitôt, remontant de l'eau, Il vit les cieux se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre vers Lui." Dès lors que les cieux se déchirent cela signifie qu'il y a communication entre la terre et le ciel, cela signifie qu'il y a relation entre les hommes et Dieu. Dieu qui semble inaccessible, parce que transcendant, s'est fait proche lorsque les cieux se sont ouverts, lorsque finalement cet Enfant que nous attendons et qui va naître dans la crèche, manifestera au plus haut point, à la fois l'union de la terre et du ciel et plus exactement la réconciliation entre l'homme et Dieu, entre la chair et l'Esprit.

        C'est ainsi que notre attente de la venue du Seigneur s'enracine dans le fait qu'il n'y a plus séparation entre Dieu et nous. "Ah ! si tu déchirais les cieux !" Les cieux se sont déchirés et ont laissé couler la pluie féconde, ont laissé germer le Sauveur. "Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais !" Mais ces cieux se sont déchirés et ont laissé la manne descendre du ciel, le pain qui est descendu du ciel et qui donne la vie. "Ah ! si tu déchirais les cieux !" Ces cieux se sont ouverts et déchirés pour que, désormais, nous puissions dire que Dieu nous sauve, car Il a pris notre humanité.

       C'est pour nous l'occasion de saisir, comment, tous les jours, dans la vocation chrétienne notre vie humaine a un sens, elle a une route, elle a une voie, tout simplement parce que Dieu la lui a donnée en s'incarnant, parce que Dieu a donné vie à cette chair et à ce corps, parce que Dieu a sauvé cette humanité, parce que Dieu est le Rédempteur de l'univers. Par le signe de sa croix, comme le dira saint Paul, Dieu unit la terre au ciel. Et saint Marc qui avait commencé son évangile en montrant que les cieux se déchirent au Jourdain, le termine en précisant qu'à la mort du Christ "le voile du Temple se déchire". C'est un autre aspect de ces cieux, c'est-à-dire de la présence de Dieu qui, désormais, emplit l'univers. Et le culte qui s'échappe ainsi des quatre murs du temple, c'est le culte permis à tous les hommes, celui de la relation profonde de notre humanité avec Notre Seigneur. C'est pourquoi chaque eucharistie sera désormais pour nous la découverte de cette fécondité de Dieu, de ce salut de Dieu qui déchire les cieux lorsque le Christ s'identifie à ce pain et à ce vin pour en faire son corps et son sang, c'est-à-dire la réconciliation profonde entre notre propre vie, notre propre humanité, notre propre chair à la divinité du Seigneur. Notre préparation à la fête de Noël, à l'Incarnation commence par cette célébration.

 

       AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public