AU FIL DES HOMELIES

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MARIE PARTIT EN GRANDE HÂTE

Ct 2, 8-14 ; Lc 1, 39-45

Mercredi de la quatrième semaine d'Avent – A

(21 décembre 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

Collines de Judée

N

 

ous sommes très sensibles à la dimension personnelle, à la dimension intime de la fête de Noël, cette réalité d'un Dieu qui vient prendre chair de notre propre chair, qui vient dans notre cœur comme la lumière, comme la source de la paix, comme la promesse d'un salut qui nous est déjà donné, et dans lequel nous ne cessons d'entrer au fur et à mesure que la liturgie des années nous fait vivre le mystère de Dieu. Ce mystère de Dieu nous ne le célébrons pas uniquement à cause de l'anniversaire historique de sa réalisation, mais nous le célébrons parce que c'est, dans l'histoire et à chaque instant de l'histoire, qu'il s'accomplit pour chacun d'entre nous.

Noël est cette fête de l'Église, où l'Église redevient Mère, où le Christ s'incarne en elle, où chacun des enfants de l'Église va pouvoir vivre de ce salut, va pouvoir vivre dans la vie même de ce Fils premier-né, premier-né parce qu'Il est le don total de Dieu, premier-né parce que c'est Lui qui, en définitive, nous sortira de toutes nos vieillesses et de toutes nos morts.

Ce mystère de Noël, c'est vraiment un mystère de l'intimité entre le Seigneur et son peuple, entre le Seigneur et chacun d'entre nous. Mais ce n'est pas que cela, et il ne faudrait pas vivre que cela, même si nous vivons très bien cela. Il y a une autre dimension qui est encore plus importante, encore plus urgente aujourd'hui. C'est celle qui nous est signifiée par l'évangile de ce jour. Marie a été comblée de grâce. Marie s'est réjouie de l'Incarnation de Jésus en elle. Mais Marie est partie, en grande hâte. Elle n'est pas restée dans sa maison à méditer seule dans la joie et le plaisir intérieur de ce qui lui est arrivé. Elle n'est pas restée à contempler elle-même, en elle-même, et pour elle-même le mystère du don de Dieu. Elle est partie en grande hâte dans une autre région.

Elle est partie annoncer ce que Dieu venait de faire en elle. Et cela a provoqué chez Elisabeth, un tressaillement d'allégresse. Cela a provoqué dans l'enfant que portait Elisabeth un tressaillement de joie et une purification profonde puisque selon la tradition théologique c'est à ce moment-là que Jean-Baptiste a reçu, lui aussi, la plénitude de la grâce de l'Incarnation, la plénitude de la Rédemption, pour qu'il soit le Précurseur pur, le Précurseur parfait de Celui qui venait annoncer la sainteté et la pureté de Dieu, ce salut pour les hommes.

Frères et sœurs, il est urgent que nous, qui allons célébrer Noël, que nous qui, dès aujourd'hui, tressaillons dans notre cœur de la joie de Noël parce que nous en connaissons le mystère, parce que nous en saisissons, autant que faire se peut, toute la dimension profonde, dans la profondeur même de l'amour de Dieu et la profondeur de notre amour pour Dieu, même si celui-ci est imparfait, il faut que nous saisissions aussi et que nous vivions cette Visitation. Car si Dieu vient visiter son Église c'est pour que cette Église visite le monde. Si Dieu prend chair dans l'humanité de l'Église c'est pour que cette Église prenne chair dans l'humanité du monde. Le mystère de l'Incarnation n'est pas un mystère uni-dimensionnel de Dieu et de son Église. Il est ce mystère pluridimensionnel de Dieu pour chacun des hommes, pour chacun des peuples. Et c'est à nous, qui avons reçu le message de l'Incarnation, et c'est à nous qui recevons chaque jour cette chair du Christ, cette grâce de Dieu dans notre propre chair, c'est à nous qu'il est donné, à l'exemple de la vierge Marie, d'être des visiteurs, au nom de Dieu, d'être des visiteurs pour ceux qui attendent, pour ceux qui, dans leur vie, ont aussi de désir d'entendre une parole de Dieu qui les fasse tressaillir du véritable bonheur, qui les fasse tressaillir de la véritable joie, qui les fasse tressaillir de la véritable paix qui vient du don de Dieu, du Fils unique, du Fils qui nous est donné.

Noël ne serait pas un Noël véritable si nous nous contentions de le vivre que pour nous, dans la joie, dans la beauté et dans l'allégresse. Noël c'est un don de Dieu pour tous les hommes, et Celle qui a reçu ce don pour le porter aux hommes, c'est la vierge Marie et c'est nous, aujourd'hui, l'Église. Je suis bien certain que, dans nos voisinages que dans notre famille, il y a des hommes, il y a des femmes qui attendent de notre part, parce qu'ils savent que nous sommes chrétiens, une démarche explicite, un mot révélateur de ce que nous sommes en train de célébrer en Église. Et cela il faut l'accomplir et l'accomplir en grande hâte, pour que ce tressaillement d'allégresse soit le nôtre, mais qu'il irradie, qu'il rayonne et qu'il touche le cœur de ceux qui attendent cette révélation, de façon à ce que, eux aussi, quand Dieu le voudra, comme Il le voudra, mais en tout cas pas sans nous eux aussi puissent croire en l'accomplissement de la Parole de Dieu en eux. Et à ce moment-là, ils pourront peut-être entrer dans ce bonheur que nous allons célébrer. L'humanité doit entendre cette parole : "Bienheureuse celle qui a cru en la Parole qui lui a été donnée par Dieu !" Cette Parole qui nous est donnée par Dieu, c'est le Verbe fait chair pour le bonheur de l'humanité.

Et l'humanité, c'est celle qui nous entoure, ce sont ceux et celles qui sont proches de nous et qui, même s'ils ne le demandent pas explicitement, attendent de l'Église et de chacun des chrétiens, qu'ils puissent, eux aussi, accomplir ce geste de la Visitation de Dieu vers les hommes puisque "Dieu a visité son peuple."

 

AMEN

 
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