AU FIL DES HOMELIES

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LE CIEL S'EST OUVERT

Is 63, 15 – 64, 3 : Lc 1, 57-66

Mercredi de la quatrième semaine de l'Avent – C

(23 décembre 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Les cieux se sont ouverts …

 

F

rères et sœurs, à travers les deux textes de la liturgie de ce jour, nous pourrons peut-être mieux comprendre le côté surprenant et inouï de ce que nous appelons le salut aujourd'hui. Quand vous relisez le texte du prophète Isaïe qui représente le fin du fin de l'attente et l'espérance du peuple d'Israël, vous vous apercevez qu'il est quand même solidaire de cette vision très marquée dans l'Ancien Testament, vision selon laquelle le monde est coupé en deux. Il y a le ciel qui est le domaine de Dieu, domaine de ses décisions imprévisibles, de ses projets, domaine de sa transcendance, qui fait qu'il surpasse tout. Et puis, il y a la terre. La terre, c'est la terre des hommes, la terre où les choses se passent plus ou moins bien, et plutôt mal que bien, la terre sur laquelle on souffre, la terre sur laquelle on vit et on meurt. Entre les deux, il y a cette chose qui aujourd'hui pour nous est simplement une couche d'oxygène, il y a ce bleu du ciel qui pour les anciens, est comme une sorte de cloche à fromage. La terre est plate comme une galette, et dessus est posée comme une cloche qui est censée être de bronze. A l'époque on fabriquait les miroirs avec du métal, on n'avait pas encore inventé le tain derrière la surface vitrée, les miroirs étaient simplement du bronze poli. Les anciens avaient imaginé, en tout cas en Israël, que le ciel était une sorte de grande cloche bien polie qui reflétait la lumière des astres, ce qui lui donnait ses tonalités bleues pendant le jour parce que le soleil lui donnait les reflets métallisés (ce qu'on appelle la peinture métallisée sur les voitures actuelles), tandis que la nuit, comme il y avait beaucoup moins de lumière, cela faisait simplement des petits points lumineux comme dans les devantures des magasins. Ils avaient déjà repéré les deux grandes techniques d'illuminations. Ce firmament, et il faut le comprendre au sens le plus radical du terme, c'était le solide qui était comme ce diaphragme entre le monde céleste au-dessus de la cloche, et puis le monde humain, au-dessous.

Il fallait que le firmament soit extrêmement solide et costaud parce qu'il portait sur lui encore une énorme charge d'eau. Il était comme une sorte de barrage et les eaux pouvaient se déchaîner et tomber en passant à travers des trous mystérieux de cette cloche à fromage, et venir provoquer des dégâts sur la terre. C'est ainsi qu'au moment du déluge, on dit : "Les écluses du ciel s'ouvrirent", c'est-à-dire, soit il y a eu des failles ou des ouvertures de vannes dans le firmament et les eaux se sont accumulées sur la terre, ce qui a fait monter le niveau de l'eau.

Vous comprenez que dans une vision de cette conception du monde (nous aujourd'hui, quand je vous raconte cela vous souriez et vous trouvez cela très drôle, car vous avez lu des tas de livres d'astronomie), mais dans ce monde-là il y a une étanchéité fondamentale entre le monde divin et le monde humain. Certes, Dieu étant le créateur a essayé d'agencer ce monde humain de la terre de la façon la moins mal possible, comme le dit encore Isaïe : "C'est lui qui a façonné la terre non pour qu'elle soit un chaos mais pour qu'elle soit habitable", mais jusque-là, c'est à peu près tout ce qu'on avait vu du pouvoir de Dieu.

De temps en temps, Dieu avait manifesté une sorte de prédilection pour Israël, il s'était montré comme un Père, comme un protecteur spécial, il avait fait quelques interventions particulières. Mais en réalité, ses interventions ne compromettaient pas la séparation et la frontière entre le monde divin et le monde humain. C'est pour cela que le cri d'Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture est une sorte de séisme dans la théologie de l'Ancien Testament. Déchirer les cieux non pas pour re-provoquer un déluge, et l'effondrement du monde terrestre, mais déchirer les cieux pour que Dieu puisse y paraître, passer à travers la faille du firmament et donc venir sur la terre, c'est l'inouï de Dieu. Le prophète imagine non pas positivement, parce qu'il n'a pas du tout idée de ce que Dieu peut faire, mais il a le pressentiment que Dieu peut aller jusque-là. Dieu peut aller jusqu'à la rupture de la limite apparemment infranchissable et réaliser une nouvelle communion du ciel et de la terre, telle qu'on ne l'avait jamais vue jusqu'alors.

C'est pour cela que si on relit le cantique du Benedictus, le cantique de Zacharie à la lumière de cette vision du monde si étanche et fermé, on s'aperçoit qu'en réalité le sens du cantique du Benedictus, et je vous invite à le relire de temps en temps c'est un des morceaux les plus beaux du Nouveau Testament avec le Magnificat, ce que Zacharie chante, c'est le fait que ça y est ! Le ciel est ouvert : "Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, il a visité et racheté son peuple". Ca y est, c'est fait ! Autrement dit, le cantique de Zacharie et tout ce qui suit, cela veut dire cette chose-là. Zacharie, lui, l'incrédule, lui qui pensait que les cieux étaient définitivement fermés, lui qui pensait que Dieu ne pourrait pas rendre féconde sa femme, lui, à la fin de sa période de silence et de mutisme, s'aperçoit que les cieux se sont ouverts et que la naissance de son enfant c'est simplement le début de cette irruption de la vie divine dans le cœur et dans la vie des hommes.

C'est pour cela qu'on relit ce cantique du Benedictus, on relit et on médite cette figure de Jean-Baptiste parce que Jean, tout au long de son ministère ne dira jamais rien d'autre que cette histoire absolument pour lui terrifiante et un peu énigmatique qui devait presque paralyser les foules par sa prédication, cette histoire qui disait : ça y est, les cieux sont définitivement brisés et la présence de Dieu s'est manifesté on ne sait pas comment.

Pour nous aujourd'hui, nous savons et nous croyons que cette rupture des cieux s'est faite sans fracas, sans histoire, dans la discrétion et l'humilité de chacune de nos vies. C'est cela que nous allons fêter à Noël.

 

AMEN

 

 

 
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