AU FIL DES HOMELIES

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BENEDICTUS

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25 ; Lc 1, 67-79

Mardi de la quatrième semaine d'Avent – A

(24 décembre 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

'est donc ce cantique de Zacharie, ce Bene­dictus que l'Église met sur nos lèvres, chaque matin à l'Office des Laudes, qui est la der­nière parole que nous adresse la liturgie avant que s'ouvre la fête de Noël. Ce texte est en effet comme la jonction de l'attente d'Israël de l'Ancien Testament, que nous avons revécue et parcourue au cours de ce temps de l'Avent, et de l'aurore nouvelle du salut qui se lève dans nos cœurs et dans le monde, avec la nais­sance de Jésus.

Ce cantique bénit Dieu parce qu'Il visite son peuple. Il le visite comme le soleil levant, comme au matin alors que la nuit semble engloutir le monde, une aurore nouvelle apparaît, inattendue, imprévisible. Une aurore qui est chaque fois comme un miracle puisque tout ce qui s'était englouti dans les ténèbres et dans la nuit, tout à coup reprend forme, reprend vie, redevient présent. Visite de Dieu comme le soleil levant, comme le soleil levant qui est cette miséricor­dieuse tendresse de Dieu, qui est cet amour du cœur de notre Dieu, ces entrailles de miséricorde du Sei­gneur pour nous. Car si le Seigneur vient nous visiter, c'est pour nous racheter. "Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël ! Il visite et rachète son peuple !" Il vient nous racheter, nous arracher, nous délivrer, nous ren­dre libres.

Nous arracher à quoi ? le cantique de Zacha­rie nous donne toutes les images bibliques de cette oppression dont nous devons être rachetés. C'est l'écrasement par nos ennemis c'est la domination de ceux qui nous établissent dans la crainte, c'est ce rè­gne du prince des ténèbres qui met dans notre cœur l'angoisse, l'inquiétude, qui asservit notre cœur, fai­sant de nous les esclaves du mal, nous enfonçant dans le péché qui est la servitude à l'égard de Satan et à l'égard de nos passions. Ce sont les ténèbres, les ténè­bres dans lesquelles nous sommes enfermés. C'est aussi la guerre, la guerre où il n'y a pas de paix, de tranquillité. C'est la division, c'est l'opposition brutale, violente de toutes choses les unes contre les autres et de nous-même contre nous-mêmes, et de nos frères contre nous. C'est l'ombre de la mort.

En définitive, cette oppression, cette servi­tude, c'est la mort, car Satan est le prince de la mort, et son œuvre en nous est une œuvre de mort qui stéri­lise notre vie, qui stérilise en nous tout élan de vita­lité. C'est une œuvre de mort qui tue en nous la capa­cité de don, d'amour qui est la vraie vie. Voilà pour­quoi le Seigneur vient nous visiter. Parce que nous sommes dans les ténèbres, parce que nous sommes dans la mort et que nous avons besoin de cette visite pour être illuminés, pour être rendus à la paix et à la vie, pour connaître ce pardon et cette tendresse de Dieu dont la miséricorde, jaillie de son cœur, pénètre jusqu'au plus profond de notre cœur.

Et cela Dieu l'avait préparé. Zacharie nous l'annonce aussi. Il l'avait préparé depuis longtemps, par ses prophètes. Et au-delà de ses prophètes, Il l'avait préparé par sa promesse à Abraham, par le serment qu'Il avait fait à David, son Bien-aimé. Toute cette histoire des hommes était jalonnée par ces paro­les de Dieu, promettant sans cesse sa visite annonçant l'imminence du moment où nous serions enfin libérés, illuminés et délivrés.

En cette veille de Noël c'est toute cette attente impatiente, cette attente douloureuse, cette attente à certains moments peut-être un peu désespérée de l'humanité écrasée par les ténèbre et par le péché, c'est toute cette attente que nous portons dans notre cœur. C'est avec tout cela que nous allons venir devant l'En­fant, l'Enfant qui est Dieu et que précède cet autre enfant qu'est Jean-Baptiste, l'annonciateur qui prépare les voies C'est avec toute cette angoisse des hommes, avec toutes ces ténèbres et tout ce péché, le nôtre et celui de nos frères et celui du monde entier, c'est avec tout cela que nous nous avançons vers cette crèche, vers cette étoile, vers ce mystère.

Prenons mesure de ce péché du monde dans notre propre cœur, car nous en sommes complices et nous sommes pétris par ce péché. Prenons la mesure de ce péché du monde afin que cette nuit, ce soit vraiment comme des pauvres, comme des hommes perdus qui ont besoin de salut, qui ont besoin d'être sauvés que nous venions à la rencontre de Celui qui vient nous visiter, comme le soleil levant descendant d'en haut, de la miséricordieuse tendresse du cœur de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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