AU FIL DES HOMELIES

Photos

DU NOM DE ZACHARIE AU NOM DE JEAN

Ml 3, 1-4+23-24 ; Lc 1, 57-66

Mercredi de la quatrième semaine d'Avent – B

(22 décembre 1993)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

N

ous entrons dans ce que nous appelons, dans l'évangile de Luc, "le cycle de Jean" Nous venons d'écouter le récit de la circoncision de Jean-Baptiste au cours de laquelle il reçut son nom. Saint Luc rapproche deux actes qui, de prime abord, étaient séparés puisque les parents donnaient le nom dès que l'enfant était né et au huitième jour, selon l'Alliance avec Abraham, on procédait à la circonci­sion de l'enfant.

Il y a dans cet événement caractéristique as­sez unique le choix du nom. On voit s'interposer la foule ou en tout cas les gens qui entourent Elisabeth et Zacharie pour se prononcer eux-mêmes sur le nom à donner. On connaît toute l'importance que revêt dans la Bible le choix du nom et comment Dieu, en faisant alliance avec Abraham, lui donne en même temps un nom nouveau, changeant celui d'Abram en Abraham. Nous sommes la dans une époque et dans une attitude assez nouvelle et radicale entre un passage de l'An­cien au Nouveau Testament. C'est d'ailleurs sous cet aspect qu'est présentée la figure de saint Jean-Baptiste qui va éclairer les derniers jours de notre préparation à Noël, comme l'homme charnière entre deux mondes, comme celui qui fait le lien entre l'Ancien et le Nouveau Testament ou l'ancienne Alliance et la nouvelle Alliance. Ainsi, cette manifestation, ce lien, cette charnière est signifiée peut-être aussi par le nom ou le choix même du nom, puisque de Zacharie, le nom de son père, on va passera à celui de Jean, c'est-à-dire du nom qui signifie "Dieu s'est souvenu" au nom qui veut dire "Dieu a fait grâce". Dieu s'est sou­venu puisque Elisabeth qui était stérile devient mère, donc Dieu se souvient de ce qui entachait la vie et la personne d'Elisabeth pour constater et rendre grâces de l'action du Seigneur, pour la miséricorde dont a bénéficié Elisabeth comme le dit la foule, en consta­tant que Dieu fait grâce.

Cela pose pour nous une question assez im­portante et dans laquelle on essaie, durant tout ce temps de l'Avent de se "dépatouiller". En effet nous sommes en train de méditer sur le fait que Dieu va venir, qu'il viendra effectivement dans la Parousie, que nous allons en même temps célébrer sa naissance dans la chair et que nous nous souvenons de ce que le Seigneur a réalisé. On a parfois l'impression qu'il peut y avoir dans notre vie, comme peut-être dans la litur­gie, une sorte de dichotomie, de séparation si ce n'est une tension entre le passé et le futur, et que nous avons peut-être à nous situer entre ce passé et ce fu­tur, mais nous le faisons difficilement. Or la question du nom pour Jean-Baptiste éclaire l'attitude que nous devons avoir par rapport au salut que Dieu nous pro­pose de vivre en ce temps.

Nous avons parfois tendance à considérer no­tre vocation chrétienne comme un moment où Dieu nous a convertis et nous a fait passer d'un monde an­cien à une réalité nouvelle. Donc qu'il y aurait eu changement et que l'histoire avec Dieu commence à partir de ce changement. Ou bien nous avons consi­déré ou nous considérons que si nous avons des diffi­cultés à nous convertir ou à vivre le salut, Dieu, un jour ou l'autre, le réalisera, peut-être en dernière ex­trémité, quand sera venu le temps de sa Parousie. En fait, nous rejetons finalement le problème toujours à l'extérieur de nous-mêmes et toujours à l'extérieur du temps qu'il nous est donné de vivre. Il me semble que Dieu se souvient ou Dieu fait grâce, qu'on s'appelle Zacharie ou qu'on s'appelle Jean, nous avons besoin des deux réalités et de les tenir ensemble pour vivre le salut que Dieu nous propose. Car effectivement Dieu prend en compte toute l'histoire d'Israël, toute l'attente des prophètes et des sages de la venue du Messie, et qu'Il l'accomplit. Et c'est quand Dieu fait grâce que se réalise la véritable Nativité, la manifestation du salut de Dieu en nous et que cela nous pousse dans une dynamique à vivre ce salut pour que, à l'accomplis­sement final, à la Parousie, il y ait l'achèvement de ce que nous avons commencé à vivre.

Il ne peut donc pas y avoir séparation. On dit parfois que dans l'Ancien Testament nous avons des "figures" et que ces figures doivent disparaître au profit de la radicalité nouvelle de l'évangile. Or, il n'y a disparition ni de l'un ni de l'autre, il n'y a pas oppo­sition, il y a surtout continuité et plus que continuité dépassement, plus que dépassement, achèvement de la réalité déjà vécue dans le passé, déjà conclue dans une Alliance et qui aboutit lorsque Dieu fait grâce. La grâce de Dieu en nous ne peut agir que dans une his­toire qui est "récapitulée" dans tout l'humain quel qu'il soit. La grâce de Dieu n'est effective ou l'on ne s'en rend compte que quand on prend en considération là où Dieu fait grâce. Et là où Dieu fait grâce, c'est dans notre passé, dans toute notre histoire humaine et dans un éternel présent. Et je pense que dans ces cas-là on se souviendra effectivement que Dieu veut en nous, bien ou mal, parachever tout ce qu'Il a commencé. Et que tout ce qui est en nous lui sert à nous montrer combien nous sommes des êtres graciés.

Et c'est pourquoi nous vivons finalement sur cette mémoire, sur ce mémorial de notre vie pour nous rendre compte jusqu'à quel point Dieu agit pro­fondément dans nos êtres. Finalement nous avons à nous rendre compte de ce que Dieu réalise en nous qui est une sorte d'eucharistie car dans l'eucharistie nous vivons justement ces deux aspects. Nous disons que nous célébrons le Mémorial. Certes, mais c'est au moment même où Dieu se souvient, car c'est Dieu qui se souvient et dans ce cas-là c'est dans un éternel pré­sent, c'est à ce moment-là que se réalise la grâce de Dieu et que Dieu nous fait entrer dans son éternité. Et toute notre vie est à vivre sur ce même principe qui fait fonctionner cette eucharistie, qui fait qu'il y a effectivement sacrement. C'est que Dieu unit, dans un même projet et dans une même alliance, tout l'humain et tout le divin, le récapitulant pour que nous puis­sions accéder à sa vie nouvelle.

Ainsi donc il n'y a pas opposition, il n'y a pas séparation dans l'histoire religieuse, il n'y a pas di­chotomie, mais il y a plutôt parachèvement de tout ce qui constitue notre humanité récapitulée dans la grâce de Dieu qui se souvient, c'est-à-dire qui réalise la promesse. Je vous ai promis de vous sauver, Je vous sauve effectivement. C'est cette réalité du salut qu'il nous est demandé de vivre aujourd'hui, pas dans le passé, pas dans l'avenir mais dans le présent, en nous rappelant qu'en le vivant aujourd'hui c'est toute notre histoire qui est récapitulée et c'est tout notre être qui est déjà parachevé.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public