AU FIL DES HOMELIES

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NOTRE HISTOIRE DU SALUT

So 3, 14-18 a ; Lc 1, 46-56

Mercredi de la quatrième semaine de l'Avent – A

(22 décembre 2004)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

O

n pourrait se demander comment Marie, au cœur d'un événement aussi intime a vu sa vie s'agrandir au point de toucher les horizons même de l'histoire du monde. Nos difficultés humaines, ou familiales, ou personnelles nous donnent souvent l'impression qu'à l'horizon même des gens avec qui nous partageons, c'est l'addition des jours, des nuits, des saisons qui sont souvent menacés d'une répétition mortelle, d'ennui. Nous pouvons croire que c'est notre pauvre histoire, personnelle, alors qu'il y a derrière cette histoire personnelle, une autre histoire. Les deux s'articulent l'une à l'autre.

Notre histoire est celle du monde, elles s'articulent et se nourrissent les unes et les autres. C'est cela le fruit de l'Incarnation, c'est que désormais, chaque vie humaine ne compte plus pour elle-même. Elle ne s'additionne pas aux autres, elle se nourrit plus profondément en un lieu de communion que nous ignorons, et ce que nous sommes, ce que faisons, ce que nous pensons est autant de choses que nous donnons aux autres sans le savoir.

C'est l'intuition principale de ce Magnificat. Ce n'est pas signe d'orgueil ou de présomption de la part de Marie de croire qu'elle va prendre la première place au cœur du monde. Chaque cœur humain devient un centre du monde puisque Dieu va y habiter. Loin de rejoindre la désespérance habituelle des philosophes, comme Nietzsche qui voyait là une sorte de rétrécissement profond de la conscience, notre vie humaine ne s'arrête pas à notre conscience, mais elle s'ouvre à une perspective plus large, à celle des autres hommes, et plus largement encore à celle du monde, à celle, même, du devenir de ce monde. Nous partageons à la fois négativement et positivement cette solidarité avec tous les autres hommes. Lorsque les hommes souffrent nous souffrons, lorsque les hommes se réjouissent, nous nous réjouissons. Il y a une communion malgré nous, plus profonde. Et d'ailleurs, tous nos égoïsmes, toutes nos étroitesses, sont dans le refus de communion les uns avec les autres, dans un salut plus général qui est le Salut du monde.

La vie chrétienne, quand elle va annoncer que le Verbe s'est fait chair, va agrandir nos consciences humaines, nos prières, nos cœurs, à l'horizon même de tout le cosmos, c'est, en mon cœur, une histoire du monde qui se déroule à nouveau. Le mystère de la fête de Noël est un agrandissement de notre propre cœur. Nous ne sommes pas là uniquement pour nous, ni pour ceux que nous aimons ou ceux que nous côtoyons, mais nous sommes là les uns pour les autres. C'est une grande histoire qui est la manière que Dieu a choisi dans la manière de venir et de s'incarner en nous pour les autres. C'est valable pour chaque homme. Ainsi, en chaque homme, comme cela s'est inauguré en Marie, l'histoire du monde se déroule et cette histoire a besoin de notre propre consentement, de notre propre cœur, de sorte qu'il y ait la matière dont Dieu se sert pour que le Salut gagne les hommes et soit connu de tous les hommes.

C'est pourquoi à Noël, nous proclamerons ce Salut pour que tout homme en ce monde passé, présent et à venir, entende le Salut que Dieu lui a proposé, et lui propose encore en son Fils.

 

AMEN

 

 

 
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