AU FIL DES HOMELIES

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LE DÉSIR DE DIEU

1 S 1, 24 – 2, 1 ; Lc 1, 46-56

Mercredi de la quatrième semaine de l'Avent – A

(22 décembre 2010)

Homélie de Monseigneur Christophe DUFOUR

Aïn-Karem : Magnificat

 

F

rères et sœurs, nous avons entendu, pas tout à fait puisque la prière d'Anne n'a pas été chantée, vous êtes allés directement au Magnificat, deux prières, ou plutôt, "la" prière puisqu'elles se font tellement écho l'une à l'autre, la prière de deux humbles femmes qui est pour toujours, pour les siècles de siècles la source à laquelle nous voulons puiser notre joie.

La prière de la maman de Samuel, Anne, qui pleurait. Elle a longtemps pleuré, désirant, désirant mettre au monde un enfant. Et cet enfant est né, elle lui a donné le nom même de Dieu : Samuel, "son nom est Dieu". Elle vient voir le prêtre Éli pour lui dire : cet enfant est un cadeau, il n'est pas ma propriété, il est à Dieu, tout entier à Dieu, et elle chante sa prière qui est déjà le Magnificat, qui est une source immense de joie. Et nous savons que Samuel sera le premier des prophètes, celui qui va marquer un tournant dans l'histoire du peuple juif qui continuait à chercher son chemin, qui avait bien le pressentiment qu'il devait se laisser guider par Dieu, qui lui avait donné une Loi au Sinaï. Tout le livre des Juges nous rappellera que ce peuple errait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Et le prophète Samuel vient inaugurer des temps nouveaux pour ce peuple.

Et puis, cette prière que nous avons chantée, que vous connaissez par cœur, la prière de Marie, qu'elle a dû chanter pendant trois mois, du matin jusqu'au soir et nuit et jour, avec sa cousine Élisabeth après ce tressaillement de joie qu'elles avaient vécu, ressenti, éprouvé en leur sein dans leur rencontre, pressentant une autre rencontre, celle de Jean-Baptiste et de Jésus.

Ces deux femmes, c'est nous, ces deux femmes c'est notre Église, ces deux femmes, c'est toute notre humanité. Ces quatre semaines du temps de l'Avent nous ont remis dans l'attitude profonde de ces deux femmes. Femmes de désir, non pas ce petit désir qui passe et qui s'en va comme il est venu et que l'on satisfait avec des petits produits de toutes sortes, de consommation de je ne sais quoi. Oui, le désir même de Dieu, le désir de gémissements de l'Esprit, le désir qui est dans l'enfantement d'une humanité recréée, nouvelle, remplie de Dieu, vivant de la vie même de Dieu, une humanité comme en état de manque permanent de cette vie de Dieu. Les prophètes ont tellement bien exprimé ce désir. Ce désir s'appelle "promesse", dans tout le premier testament jusqu'à Marie. Pendant ces quatre semaines, les prophètes sont venus nous faire vibrer de cette promesse de Dieu pour que nous creusions en nous le plus profondément possible ce manque, ce désir, cette espérance qu'il réponde à sa promesse, qu'il l'accomplisse, qu'il la réalise au milieu de nous. Les prophètes n'y sont pas allés par quatre chemins, comme Jean-Baptiste, le dernier des prophètes. Vous ne pouvez pas vous contenter d'une petite religion superficielle comme celle des supermarchés. Creusez le désir, changez de vie, montrez que vous désirez Dieu par toute votre vie. Montrez que vous voulez aimer de cet amour même de Dieu en notre humanité. Dans ces temps difficiles dans lesquels vivaient les prophètes, dans ces temps où l'on se retournait vers Dieu en n'étant pas tout à fait convaincu que Dieu pourrait répondre à leurs cris, les prophètes continuaient de susciter cette espérance. Quand nous contemplons Marie c'est cette espérance vive que nous voulons aussi mettre en nous, cette espérance que s'accomplisse la promesse de Dieu.

Redites ce Magnificat de Marie aujourd'hui tout au long de la journée jusqu'à Noël, redites-le devant la non évidence car quand nous chantons le Magnificat, il faut être fou : "Renvoie les riches les mains vides, détrône les puissants". Malheureusement, ce n'est pas encore le cas, mais c'est le cœur de Dieu qui vibre dans le Magnificat de Marie. Redites abondamment ce Magnificat, car il est, je le redis, la source à laquelle nous boirons tous ces jours d'avant Noël pour aller puiser déjà la joie de Noël. Et puis, gémissons comme Marie, comme Anne, dans cette attente de l'enfantement. Nous le faisons avec toute l'humanité car c'est elle, c'est en son nom que nous attendons la venue de Dieu dans notre humanité.

Je pense que vous avez tous fait une crèche à la maison, et peut-être que dans notre prière devant la crèche nous pouvons redire à Dieu que bien sûr la crèche, c'est chacune de nos maisons, c'est chaque personne, c'est chacun de nous. C'est bien sûr aussi notre Église, chacune de nos communautés chrétiennes rassemblées, mais au fond, n'est-ce pas toute l'humanité qui est appelée à devenir la crèche de Dieu ?

 

 

AMEN

 

 
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