AU FIL DES HOMELIES

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LES NOMS DU SAUVEUR

Is 62, 1-5 ; Ac 13, 16-17+22-25 ; Mt 1, 18-24

(24 décembre 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

E

n quelques versets ce passage de saint Matthieu nous donne l'essentiel du mystère de l'Incarnation, du mystère de Noël. Il nous affirme, tout d'abord, les noms du Sauveur, les noms du Messie. Son nom prophétique, annoncé par Isaïe "Emmanuel" c'est-à-dire "Dieu avec nous !" non pas seulement au sens faible, Dieu nous protège, Dieu à nos côtés, Dieu qui vient à notre aide, sens qu'avait peut-être l'oracle d'Isaïe qui visait le roi Achaz, mais "Dieu avec nous" au sens fort, Dieu qui est là, Dieu qui est présent, Dieu qui est l'un de nous, Dieu sur la terre, Dieu fait homme, Dieu qui est homme comme nous. Cette réalité si extraordinaire, si incroyable qui rend notre foi si radicalement différente de toutes les autres religions, puisque pour nous Dieu n'est pas seulement le Tout Puissant, le Créateur, le Transcendant, Celui qui est infiniment au-delà de tout ce que nous sommes et de tout ce qui existe, mais que, en même temps, sans cesser d'être le créateur, sans cesser d'être transcendant, ce Dieu se fait infiniment proche, ce Dieu se met à notre portée, ce Dieu se fait l'un de nous.

       Tout l'Ancien Testament s'avançait vers cette ultime révélation puisque l'essentiel de l'Ancien Testament c'est de manifester la proximité affective de Dieu avec son peuple. Dieu prenant en charge les intérêts de son peuple, Dieu participant aux évènements de l'histoire de son peuple. Mais Dieu ne s'est pas contenté de s'intéresser aux hommes, Dieu ne s'est pas contenté d'aimer les hommes jusqu'à lier parti avec eux, Dieu s'est fait homme Dieu a voulu être l'un de nous : Emmanuel. Puis cet autre nom qui sera le nom propre du Sauveur : Jésus. Jésus veut dire précisément : "Dieu nous sauve !" Ce nom révélé par l'ange, ce nom que nous aimons si souvent redire, ce nom dont saint Bernard disait qu'il était comme du miel dans la bouche, comme une infinie douceur dans le cœur, comme un baume à l'intérieur de notre âme, ce nom de Jésus qui est le prénom propre de Celui que nous aimons, de Celui qui est notre Bien-Aimé, ce nom de Jésus qui ne vient pas d'une imagination humaine mais qui a été choisi par le Père Lui-même, puisqu'il l'a dit par l'ange, ce nom de Jésus qui nous remplit de tendresse et de douceur.

       En même temps que l'évangile nous révèle ainsi les noms prophétiques et le nom propre de Jésus, il nous affirme la virginité de la conception et de la maternité de Marie. A deux reprises, au début, "avant qu'ils eussent mené vie commune, Marie se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint" et à la fin "Joseph ne la connut pas, avant qu'elle enfanta son fils qu'il a appelé du nom de Jésus." Jésus est le fils de Dieu et non pas le fils de Joseph. Jésus est né de l'Esprit Saint. Jésus a été façonné par la puissance même de l'Esprit de Dieu. Enfin cet évangile attire notre attention sur quelque chose qui lui appartient en propre, c'est le rôle de Joseph. Joseph, par lequel Jésus s'enracine dans la lignée davidique, ainsi que nous l'a exprimé la généalogie qui précède, Joseph qui est chargé par l'Ange de donner à Jésus son nom : "Tu l'appelleras du nom de Jésus." Et à la fin : "et il l'appela du nom de Jésus." Joseph est celui qui a été chargé d'insérer Jésus dans la structure de la société humaine. Marie a inséré Jésus, le Fils de Dieu, dans la chair des hommes ; Joseph insère le Fils de Dieu dans le tissu social de l'humanité. Il lui donne une généalogie. Il lui donne des racines. Il lui donne des "pères". Il lui donne un nom.

       C'est par Joseph que Jésus s'est trouvé ainsi place, situé au milieu des hommes. Et ceci est extrêmement important car nous ne sommes pas seulement le fruit biologique de nos parents ; nous sommes aussi, à travers eux, insérés dans le tissu de l'humanité, nous faisons partie de la société humaine ; nous avons des repères à partir desquels nous pouvons être situés dans une famille, dans une race, dans une région, dans un peuple, dans l'humanité tout entière. C'est cela que Joseph a réalisé pour Jésus et c'est un des aspects fondamentaux de la vocation de Joseph qui par ailleurs, comme on le dit couramment était le père nourricier de Jésus. Mais il ne s'agit pas seulement d'un service matériel, d'apporter à Jésus la subsistance. Il s'agit de lui apporter aussi cette réalité sociale qui donne à Jésus d'être membre d'un peuple, d'une famille, d'une lignée.

       Au moment où nous entrons dans le mystère de Noël dans lequel Joseph tient une place humble mais réelle, n'oublions pas de le prier et de le contempler aux côtés de Marie et de Jésus. Joseph n'a pas été simplement un serviteur, un personnage secondaire. Joseph a été au plus près du mystère de Jésus, du mystère de l'incarnation de Jésus, dans un rôle qui ne nous apparaît pas au premier abord mais qui, à la réflexion, est d'une grande importance. Que cette fête soit l'occasion de prier avec Marie et Joseph autour de Jésus qui va naître.

       AMEN


 

 

 
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